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CHAPITRE XI

Noceurs royaux et, princiers.

Noceurs roïalx et pri>ciers. — Les ascendants de Guillaume II. — L'empereur et le nu. — Quelques AMITIÉS CONNUES. Le DOSSIER ET l'hYPOTHÈ-

que DE MISS Low. — Guillaume L' en 1848. — Le

PREMIER voyageur DE COMMERCE DE l'EuROPE. —

Guillaume II a Paris. — A propos des millionnaires AMÉRICAINS. — Le roi DE SaXE. — OtTO

de Schaumbourg- Lippe. — Le prince deWaldeck- Pyrmont. — Le phince de Salm-Salm.

Je n'a\ais fait qu'effleurer ce chapitre dans ma brochure, et je n'y reviendrais pas aujourd'hui si difl'érents journaux, toujours à plat ventre devant le gouvernement, la Strassburger Post en premier lieu, ne m'avaient accusé de mensonge.

Les choses étant ainsi, je suis obligé de riposter et de démontrer l'exactitude des faits que j'ai avancés.

Un vieux diplomate a dit que les Hohenzollern n'ont jamais été des ascètes et qu'ils ont toujours eu un faible pour le beau sexe.

Si nous remontons à l'origine, pas bien lointaine, de la dynastie prussienne, c'est-à-dire jusqu'au xvin^ siècle, nous constatons que Frédéric le Grand. « le vieux Fritz », a été accusé, à raison ou à tort, je n'en sais rien, d'être un homosexuel. La chose n'est pas démontrée d'une façon irréfutable, et même, à lire entre les lignes d'une lettre peu connue de Frédéric II, elle ne paraît pas probable.

Etant prince royal, le 4 septembre 1782, il a écrit ce qui suit au général de Grumbkow, au sujet du mariage que son père lui imposait avec la princesse de Brunswick-Bevern, pour laquelle il éprouvait une véritable aversion.

« On veut à force de coups de bâton me rendre amoureux ; malheureusement, je n'ai pas la nature des ânes et je crains fort qu'on n'arrive à rien par ce procédé. On devrait pourtant se rappeler que ce mariage m'a été proposé nolens volens et que ma liberté en était le prix. Mais je crois que la grosse femme, la digne duchesse, me joue celte farce. Je souhaite du fond de l'àme c[ue le diable la fricasse.

» Je me plais à espérer que le roi ne se mêlera pas de mes affaires, lors(|ue je serai marié. Ce mariage me rend majeur ; et. aussilôt que je le serai. je serai le maître absolu dans ma maison et ma femme n'aura pas d'ordres à y donner; car jamais, nulle part au monde, la femme ne doit lenirles rênes. Un homme qui se laisse gouverner par les femmes est, à mes yeux, le plus grand couillon. Je me marie en galant homme, c'est-à-dire que je laisserai madame faire ce que bon lui semblera et, moi aussi, je ferai ce qu'il me plaira, et vive la liberté! ! !

» Vous m'accorderez cpie la violence et l'amour sont deux choses absolument différentes et que

l'amour ne s'impose pas. J'aime le sexe, mais mon amour est très inconstant, je ne le veux que pour la jouissance, et, ensuite, je le méprise. Jugez, maintenant, si je suis du bois avec lequel on fait de bons époux. J'enrage, à la pensée d'en devenir un, mais je ferai de « nécessité vertu n. Je tiendrai ma parole, je me marierai; mais après ça l'histoire sera finie, et bonjour, madame, et bon voyage ! »

De ce qui précède, il est permis de déduire que Frédéric le Grand n'était pas l'iiomme qui ne voulait rien savoir des femmes.

Il eut pour successeur Frédéric-Guillaume II, auquel le peuple prussien a décerné le surnom de (( roi Guillaume ». Ce prince et sa cour ont joui d'une réputation très défavorable au point de vue des mœurs.

De nombreux écrivains, décrivant l'exislencc que l'on menait à sa cour, se sont servis de l'expression « vie de cochons ».

En ce qui concerne les grands parents de l'empereur actuel, ce n'est un secret pour aucun Allemand que l'empereur Guillaume 1""", dans sa jeunesse, a mené une existence très orageuse et que l'impératrice Augusta avait un faible, un très grand faible même, pour les officiers de la garde. Des aventures amoureuses de Guillaume I" sont nés une masse de rejetons illégitimes, qui, par la suite, sont entrés dans l'armée, sous des noms cxlièmement aristocratiques, et sont devenus généraux.

Ainsi que je l'ai dit, tout ce qui précède est le secret de polichinelle en Allemagne; mais, par crainte des terribles paragraphes punissant le crime de lèse-majesté, cette science si dangereuse

ne se transmet qu'à voix basse de génération en génération. Par la suite, l'empereur Guillaume I", en sa qualité de vainqueur de 1870. de saint militaire et de vieillard a été aimé et respecté universellement. (En 1S48, le contraire était vrai.)

Sur ses vieux jours, l'impératrice Augusia était devenue très bigote; on prétend même qu'elle s'était convertie au catholicisme dans l'espoir que celui-ci lui permettrait, plus efficacement, de faire son salut. Ni ceci ni cela ne modifie la vérité de ce qui a été dit à leur sujet.

Les histoires suivantes, concernant la vie amoureuse de Guillaume II, sont des vérités courantes.J

La sensualité est très développée chez lui, ainsi que le prouve suffisamment l'existence de ses sept enfants. Dans ses appartements privés, sur les tables et sur les murs, on voit des photographies et des tableaux représentant des femmes nues ou à peu près. Sur son bureau, est placé un portrait de la duchesse d'Aoste, née Laetitia Bonaparte. Ce portrait. qu'il est formellement interdit de déplacer, se distingue par cette particularité, que l'opulente poitrine de la princesse n'est cachée que par un collier de perles.

L'impératrice, à la fois très bigote et très jalouse, est scandalisée par cette photographie que, de temps à autre, elle s'efforce de faire enlever. Jusqu'à présent, tous ses efforts, dans ce sens, ont été infructueux.

Etant encore simple prince de Prusse, en 188 1, Guillaume II alla à Vienne et, de compagnie avec son cher ami, le prince Rodolphe qui a péri de si tragique façon, mena une vie de bâton de chaise dont

on parla longtemps dans cette ville, où l'existence est si facile.

A cette occasion, il entra en relations avec une beauté viennoise appartenant au cercle des connaissances de son ami, une certaine Caroline Seiffert, dont il eut un enfant en août 1882. Tout d'abord, on chercha à imputer la paternité de ce bâtard à un autre personnage ; mais finalement, la Seiffert commençant à devenir gênante avec ses menaces, M. de Bismarck intervint auprès du prince de Reuss qui, à l'époque, était ambassadeur d'Allemagne à Vienne, et celui-ci arrangea l'affaire.

En tout temps, Guillaume II entretient avec les dames de sa cour des relations, il est vrai de courte durée. Parmi celles qui ont marqué, l'on cite ses liaisons avec la comtesse de Panafiel, femme de l'ambassadeur du Portugal à Berlin, avec Mme de Kotze, épouse du maître des cérémonies de la cour, et avec la comtesse de Hohenau. C'est surtout pour cette dernière, une personne admirablement belle, que l'empereur a éprouvé une passion profonde. Elle l'a entraîné, un jour, à commettre une imprudence très grave consistant en ceci :

Certain soir, à une heure très tardive, il s'évada de la cour et. de compagnie avec la comtesse de Hohenau, s'en alla en traîneau à Potsdam, où il passa la nuit avec elle.

11 est de notoriété publique que dilTérentes cours princières ne sont pas précisément des foyers où s'abritent des mœurs rigoureuses. Aussi bien des représentants de la vieille noblesse prussienne, ne sont-ils ni honorés ni enchantés de voir leur fille recevoir l'ordre d'aller faire le service à la cour. Il

y a quelques années, le capitaine de vaisseau d'Oppeln. de la marine impériale, a dil en présence de la gouvernante de ses enfants :

« Jamais je ne permettrai à un de mes enfants d'aller à la cour de Berlin, car les tilles de la noblesse sont uniquement destinées à peupler le b de la cour. )>

Cet homme savait à quoi s'en tenir. (C'est la gouvernante, en présence de qui cette réllexion a été faite, qui nous l'a rapportée à ma femme et à moi.)

J'ajouterai encore que l'empereur est un grand amateur d'anecdotes très épicées et d'histoires graveleuses, bien entendu lorsqu'il se trouve en petit comité.

Lans ma première brochure, j'ai énoncé que l'empereur Guillaume, étant prince de Prusse, a eu une liaison avec miss Low. une personne très connue. A ce propos, la Strassbiinjer Post m'a accusé d'avoir menti grossièrement et d'avoir insulté Sa Majesté.

Comme le prouvera la suite, ce reproche manque de tout fondement et il me sera facile de le démontrer, tant à l'aide de documents qu'en me basant sur les témoignages de personnes qui sont encore de ce monde.

Occupons-nous d'abord des documents écrits.

J'ai raconté dans ma brochure que les négociations, ultra-confidentielles, auxquelles cette liaison a donné lieu, sont confirmées par des documents, par des papiers conservés jalousement à la présidence de Strasbourg.

Les mots « conservés jalousement » impliquent le fait qu'ils sont confiés à la garde d'une seule et unique personne, qui ne doit en donner connaissance à àme qui vive.

Comment ai-je réussi à jeter un coup d'œil sur ce dossier secret?

A cette question je répondrai que l'endroit sur où ces papiers sont déposés a perdu de sa (( sûreté » pendant un court espace de temps, grâce à la négligence de son gardien, le conseiller de police Zinch.

Voici comment les choses se sont passées :

Etant commissaire criminel, attaché à la présidence de police de Strasbourg, j'allai, un aprèsmidi, trouver à son bureau le conseiller de police Zinch, avec lequel j'avais à causer d'une affaire de service. Or, c'est dans ce bureau que se trouve l'armoire contenant les dossiers confidentiels et ultra-confidentiels.

A peine avais-je entamé la conversation avec lui qu'un planton vint lui dire que le président de police désirait le voir sur le champ, 11 me pria donc, en s'en allant, de rester assis et d'attendre son retour.

Je passai l'inspection de la pièce, dans l'intention de trouver un livre ou un journal qui me permît de tuer le temps. Et, tout à coup, mes regards s'arrêtèrent sur le sanctuaire de la présidence de police, sur l'armoire secrète; avec un eifroi mélangé de respect, je constatai que la porte de cet abri u si sûr » était entrebâillée. Sur le premier moment, je me promis de résister à la tentation; mais je ne tardai pas à me convaincre que « l'occasion l'ait le

larron ». En conséquence, je passai une inspection rapide du contenu de cette précieuse armoire. Et je ne tardai point à découvrir le dossier relatif à l'affaire de miss Low.

En raison des confidences qui m'avaient été faites précédemment à ce sujet, ma curiosité fut piquée au plus haut point; je tirai donc le dossier des profondeurs de l'armoire et je m'absorbai dans la lecture de son contenu.

Je pus me livrer à cette occupation d'autant plus à mon aise que le conseiller Zinch resta fort longtemps absent, peut-être une demi-heure, et que, d'ailleurs, j'étais assuré de l'entendre revenir.

En quoi consistait ce fameux dossier?

Il renfermait exactement les papiers dont j'ai parlé dans ma première brochure, et, en plus, d'autres que je n'avais pas cités, parce que j'avais jugé que ce n'était pas convenable. Dès l'instant que l'on m'a accusé de ne pas dire la vérité, je n'hésite plus et je vends la mèche. Voici les faits :

Miss Low, ainsi qu'il arrive toujours en pareil cas, chercha à exploiter de son mieux la liaison passagère qu'elle avait eue avec le prince Guillaume; par conséquent, elle l'assaillit d'incessantes demandes d'argent. Ces procédés confinant au chantage devaient, forcément, lasser celui qu'elle poursuivait ainsi. Pour y couper court, on recourut, en haut lieu, à la mesure suivante, pour mettre un terme à ces incessants tapages.

La première fois que miss Low fit une nouvelle demande d'argent, le cabinet civil (c'est-à-dire M. de Lucanus qui était son chef) lui envoya, pour solde de tout compte, vme somme de r 7,000 mark,

mais en même temps, pouf s'assurer une (jarantie et un moyen d'intimidation, il prit une hypothèque de pareille valeur sur la maison de cette personne. Le plus réussi de cette affaire, c'est que l'on inscrivit comme créancier hypothécaire M. Feichler, qui, à l'époque, était président de police. Ce monsieur, au su de tout le monde, était aussi loin d'être un Crésus que le Soleil est loin de la Terre, et c'aurait été pour lui un tour de force impossible à réaliser que de réunir une somme pareille.

A vrai dire, M. le président de police Feichter n'avait été mis là que comme homme de paille.

Miss LoAveut, d'un gros négociant de Strasbourg, un fils illégitime, dont le tuteur, un avocat de la ville, s'adressa plus tard au cabinet civil de Berlin, pour savoir quel sens il fallait attachera cette hypothèque. Cet avocat ne reçut jamais de réponse à sa demande; mais, en revanche, il ne fut jamais inquiété pour avoir parlé très abondamment et très crûment, dans sa lettre, des relations nullement platoniques qui avaient existé entre le prince Guillaume et miss Low.

Finalement, par suite d'achat et de transfert, cette hypothèque passa entre les mains d'un commerçant de Strasbourg, nommé Blum ; voilà pour les documents écrits.

Passons maintenant aux témoins vivants.

Je citerai, en première ligne, le commissaire de police qui, par ordre de M. le président Feichter, a mené les négociations avec miss Low et qui, d'une façon générale, a été chargé de tout ce qui concerne cette atfaire. C'est lui-même qui, jadis, m'a fait des confidences ; confidences dont j'ai pu constater la

sincérité, le jour où j'ai eu la chance d'avoir sous la main et d'étudier jusque dans ses moindres détails, le dossier conservé à la présidence de police. Ce fonctionnaire n'est autre que M. le commissaire de police Lingel, chef du deuxième district de Strasbourg, et qui, depuis peu de temps, est inspecteur de la police executive.

En sus de lui, vivent encore un grand nombre de personnes qui sont en mesure d'attester la véracité de mes assertions. Pour l'instanl, je ne les nomme pas; mais, en cas de besoin, c'est-à-dire si je suis poursuivi pour lèse-majesté, je sortirai leurs noms.

Grâce à une démonstration qui est strictement conforme à la vérité, je crois maintenant que le lecteur est en mesure de se faire une opinion exacte de la créance qu'il faut attacher aux appréciations formulées par la Strasshiirger Posl, à mon égard.

Evidemment, pour un juge d'instruction, le fait d'avoir dit ce que contient le dossier ne constitue as une preuve suffisante, d'autant plus que jamais de la vie les autorités ne consentiraient à montrer ce dossier. Pour des raisons tellement transparentes qu'il n'est pas nécessaire d'y insister, la présidence de police refuseraitde s'en dessaisir et, pour ce faire, elle s'appuierait sur l'article 96 du code pénal de l'empire, disant que la communication de ce dossier pourrait faire du tort à l'empire ou à l'un des États fédérés. On n'ignore pas, qu'en Allemagne, du moins dans le monde du gouvernement, un ridicule infligé au chef de l'État correspond à un préjudice causé à l'empire.

Donc, nul œil profane ne verra ce dossier si dangereux : il demeurera aux yeux du public « l'image

voilée ». Le gouvernement, fidèle à ses procédés habituels, niera tout ce que l'on ne pourra pas lui prouver directement.

Donc, les Hohenzollern n'ont aucune disposition pour l'ascétisme en matière de beau sexe. Une nouvelle preuve à l'appui de ceci a été fournie récemment par le prince impérial qui, pendant ses années d'études à l'université de Bonn, a eu des relations avec une jeune fille appartenant à l'une des familles les plus considérées de cette ville. Cette jeune personne a conservé de lui un souvenir très vivace, sous la forme d'un enfant, qui a été la sanction de son rêve d'amour.

Soit dit en passant, la presse allemande, qui est toujours à plat ventre devant le trône et qui fait un vacarme épouvantable dès qu'elle soupçonne quelqu'un de vouloir insulter Sa Majesté, trouve un malin plaisir à se moquer des aventures ajnoureuses des autres monarques.

On ferait des volumes a Vec tout ce que ces feuilles ont écrit sur le roi actuel d'Angleterre, le « gros Edouard » ou « le premier gentilhomme de l'Europe », comme elle l'appelle.

Ce serait un travail surhumain que de vouloir recueillir toutes les histoires piquantes colportées par la presse allemande concernant le roi Léopold de Belgique, ce « vieil épicurien » et « sa Cleo ».

Les rédacteurs de ces journaux sont des loques hypocrites qui se pâment respectueusement à la vue du premier crottin de cheval provenant des écuries impériales, des êtres qui, à force d'être éblouis parle soleil impérial, ne voient plus clair et

auxquels il serait inutile de dire : « Pourquoi donc regarder ce qui se passe au loin? »

Cette conduite écœurante des byzantins allemands donne des haut-le-cœur à tout être indépendant et le pousse à examiner, d'un œil sévère, les agissements de notre propre élite, — hauts fonctionnaires et officiers. — De cet examen des gens « par la grâce de Dieu » résulte la constatation que les apparences sont trompeuses et que tout ce qui brille n'est pas or.

Revenons, maintenant, au premier empereur de l'empire d'Allemagne ressuscité, à Guillaume P". En nous basant sur des données historiques d'une stricte vérité, nous obtenons de lui le portrait suivant tracé à grands traits :

En 1848 et 1849, le prince Guillaume de Prusse, le futur empereur Guillaume I'■^ était l'homme 1-e plus détesté de toute l'Allemagne.

Cela tenait à ce qu'il empêchait son frère, le roi Frédéric-Guillaume IV, de donner une constitution à son peuple, lequel, à ses yeux, n'était qu'un ramassis d'esclaves. A la suite de quoi, en avril

1847, le peuple de Berlin s'insurgea, lui brisa les vitres de son palais Unter den Linden et jeta des excréments sur sa voiture.

Lorsque l'émeute eût éclaté à Berlin, le i5 mars

1848, le prince Guillaume insulta le gouverneur, parce que celui-ci n'avait pas tiré sur le peuple. Ceci donna lieu au célèbre combat des barricades du II mars 1848, à Berlin, combat où le prince Guillaume gagna le titre, peu honorable, dé '.( prince-Mitraille ».

Le lendemain, 19 mars, unedêputation demanda

au roi d'éloigner son frère de Berlin. Après une scène très violente, avec Frédéric-Guillaume IV, l'autre obéit et s'enfuit honteusement, à l'abri d'un déguisement, à Spandau. Quand sa retraite fut découverte, chassé de partout, après avoir failli être assommé à Nauen, il gagna Grabov, en Mecklembourg, d'où il fut obligé de s'enfuir à son tour, après avoir failli être tué d'un coup de fourche à fumier. De là en toute hâte, il alla à Ludwigslust ; mais il en fut chassé le 24 mars et forcé de se réfugier à Hagenowr. Là il monta dans un train express, à destination de Hambourg; mais il fut obligé de le quitter en arrivant à Bergedorf. car les plus grands dangers le menaçaient de toutes parts. Enfin, de là, il se réfugia sur le vapeur anglais John-Bail qui le transporta en Angleterre.

Quand il est revenu delà-bas, il n'était plus le même homme; il avait appris, pendant son séjour en Grande-Bretagne, que certains hommes ont parfois l'avantage de mettre de l'eau dans leur vin. Le « prince- Mitraille » de 1848 est devenu, plus tard, le « fondateur de l'empire d'Allemagne » et l'empereur Guillaume « le Grand ». Lui qui était jadis universellement haï est devenu, en quelque sorte, le « saint national ».

Tout change ici-bas.

Il a eu pour successeur Frédéric III, d l'empereur des cent jours », le martyr couronné, qui, dans l'esprit du publie restera toujours u notre Fritz » etauquel l'historien strict, n'envisageant que les faits dans leur nudité et ne se laissant pas influencer parles circonstances atténuantes, donnera un bulletin libellé ainsi: « Aurait pu faire mieux ».

Leur successeur, Guillaume II, a mérilé, de la part d'un sur-byzantin, cette appréciation : « L'em pereur Guillaume est le premier voyageur de commerce de l'Europe ».

Se considérant comme (( de droit divin », il estime être infaillible dans toutes ses décisions; et, comme il n'admet pas d'autre volonté que la sienne, ses < ministres responsables » jouent le rôle de véritables pantins; au lieu de lui imposer les conseils dictés par les circonstances, par leur servilité ils le coniîrment dans le sentiment de son infaillibilité.

A son propre avis, Guillaume est versé en tout, et ses jugements sont décisifs. Il se considère comme un grand homme de guerre, comme un orateur de première force, comme un politicien de première taille et il a abordé tous les» domaines de l'art et de la science, la musique, la peinture, l'architecture ; il est même le grand aumônier de son armée. En un mot, l'empereur Guillaume II sait tout.

En toute circonstance, il se pousse au premier plan et empêche les autres de parler. Son entourage s'arrange en conséquence, son chancelier de BuloAv le premier. En raison de son caractère, Guillaume n'est en outre agréable pour aucune cour étrangère.

N'ayant pas l'intention décrire son histoire, je me borne à citer les particularités et les actes grâce auxquels il prête à rire et se fait peu aimer tant en Allemagne qu'à l'étranger. Son orgueil et sa suffisance ne connaissent pas de bornes. Il n'a d'égard pour rien ni pour personne et souffre de

la maladie que les Romains appelaient la folie césarienne. Ce n'est pas depuis son avènement au trône qu'il est atteint de cette maladie; il l'a eue dès son enfance, ainsi que le prouve la note insérée par le prince de Hohenlohe — l'oncle, Glovis — dans ses mémoires. En effet, à la date du 20 mai i88i, il écrit ceci :

« Le prince Guillaume est un jeune homme qui n'a d'égard pour rien ni pour personne, dont sa mère a peur, et qui a de fréquentes discussions avec le kronprinz son père. >>

Il y a quelques mois, il a gratifié 'plusieurs régiments du 6" corps des bustes des personnalités, princes ou généraux, dont ces corps portent les noms. A cette occasion, il a adressé au régiment de fusiliers n" 38, l'ordre de cabinet suivant qui est toiit simplement ridicule :

(( J'ai décidé de donner au régiment de fusiliers « général-feld-maréchal de Moltke», n" 38, le buste du graad capitaine dont je l'ai jugé digne de porter le nom. J'ai l'espoir que ce régiment se montrera toujours digne de ma grâce royale par le fidèle accomplissement de ses devoirs. »

Guillaume affecte par trop de suffisance et de surhiimanité;\\ abuse beaucoup trop du mot « grâce». Lui qui est le grand aumônier de son armée, qui ne manque pas une occasion d'affirmer sa croyance en Dieu, il devrait pourtant savoir que nul mortel, fût-il couronné, n'a le moyen d'accorder « la grâce)).Gecin'apparlient qu'à Dieu; par conséquent de telles paroles dans la bouche d'un homme ne sont passeulementinexactes, elles sont encore^^grotesques.

Par ses discours publics, ses télégrammes, ses voyages, etc., il a excitéle mécontentement général et provoqué les sarcasmes du monde entier. Il n'a de mesure en rien ; après avoir fait la cour, jadis, aux Russes, aux Français et aux Anglais, le voici maintenant qui court après les Américains. En dépit du voyage de son frère en Amérique, en dépit de l'échange des professeurs et en dépit du cadeau qu'il a fait de la statue du vieux Fritz, l'intimité entre l'Allemagne et l'Amérique n'a pas grandi, et le mépris du Yankee pour le diilshman n'a pas diminué de l'épaisseur d'un millimètre.

Il a cru se concilier la sympathie des autres nations par les cadeaux qu'il leur faisait, mais il s'est vu obligé de constater que ces libéralités, qu'on ne lui demandait pas, ne lui valaient que des plaisanteries. Après avoir donné aux Américains la statue de Frédéric le Grand et aux Italiens celle de Goethe (on sait les mauvais traitements que ces deux monuments ont subis), il s'est avisé, tout récemment, d'expédier aux Anglais une statue de Guillaume d'Orange et à la commune de Carouge, dans le canton de Genève, un certain nombre d'objets d'art en terre cuite.

Les m'amours qu'il fait à la France sont tout simplement écœurantes.

Il ne s'est pas passé d'événement dans ce pays à l'occasion duquel Guillaume II, toujours bon premier, n'ait adressé un télégramme de félicitations ou de condoléances. Ces manifestations sont accueillies avec une froitle politesse; mais elles demeurent impuissantes à amener une modification des sentiments de la France vis-à-vis de l'Allemagne. L'an-

nexion de l'Alsace-Lorraine sépare pour toujours les deux peuples. Dès l'instant que Guillaume II n'est pas décidé à lui restituer ces deux provinces, il ferait beaucoup mieux de s'épargner toutes les démonstrations inutiles.

Dans l'état de choses présent, ses tentatives en vue d'amener une entente cordiale entre les deux pays sont inutiles et ne sont bonnes qu'à le faire paraître sous un jour ridicule et indigne de lui.

Ceci m'amène à revenir sur ce que j'ai dit dans ma première brochure, à sa voir queGuillaume II est allé incognito à Paris en 1900. Comme il fallait s'y attendre, les organes reptiliens allemands m'ont infligé un démenti. Quoi que puissent dire la Sti^assburgér Post et l'ensemble de ses correspondants berlinois, je maintiens mon affirmation dans toute son intégrité, car elle est absolument conforme à la vérité.

Etant au bureau central de la police, au ministère de l'Alsace-Lorraine, j'ai eu sous les yeux tous les documents officiels, concernant le voyage de l'empereur Guillaume à Paris. Loin d'avoir inventé quoi que ce soit, je me suis borné à reproduire ce que j'ai vu, noir sur blanc. Or, il me semble fort douteux que le bureau central de la police se soit permis d'inventer cette histoire. Au surplus, rien de plus naturel que ces démentis, concernant un fait que l'empereur lui-même avait tout intérêt à tenir secret.

Evidemment, le fait que le monarque s'est introduit à Paris, la nuit, à la façon d'un voleur, ne contribuerait guère à relever son prestige Sans m'ctendre davantage sur ce sujet, je me borne à

enregistrer le diclon : « Tout comprendre, c'est tout pardonner ».

Plus que tout autre prince, Guillaume II sacrifie au veau d'or; il éprouve un tel respect, à l'endroit de l'argent, que, lors d'une visite faite à quelque port de guerre allemand par des milliardaires américains, il a toléré que ceux-ci le traitassent avec le dernier sans-gêne. C'est ainsi, par exemple, que le célèbre X... lui donna des tapes amicales sur l'épaule, tandis que le non moins fameux Vanderbilt, d'un air pro tecteur, lui déclarait qu'il était « un bon bougre ». 11 a accepté toutes ces familiarités sans en être choqué le moins du monde.

C'est également sous l'influence du même respect pour l'argent qu'il a éprouvé le besoin d'assister au mariage de Mlle Berlha Krupp, avec M. de Bohlen. A cette occasion, il a prononcé un toast au cours duquel il lui a échappé certaines paroles qui ont provoqué d'innombrables hochements de tète. Notamment, il a traité la jeune femme de « chère Berlha » et de « chère fille ». En lui parlant de son père, il a dit mon cher et bien-aimé « ami ». Jamais jusqu'à ce jour, l'empereur n'avait décerné ce titre de chère fille, même aux jeunes personnes appartenant à la plus haute aristocratie; de plus, on a été assez péniblement surpris de l'entendre qualifier de <( cher et tendre ami » un homosexuel qui s'est suicidé dans les conditions que l'on sait.

S'il s'est imaginé, en le traitant de cher et tendre ami, réhabiliter sa mémoire, il s'est fait une opinion complètement erronée de l'efFel de ses paroles. Cet incident a dû lui prouver une fois de plus qu'un souverain commet toujours une grosse

faute en voulant intervenir en faveur de gens qui ont été condamnés par le monde entier.

C'a été une autre gaffe, de sa part, d'aller conférer l'ordre pour le Mérite au général Stœssel, ce lâche qui a livré aux Japonais la forteresse de Port- Arthur et qui, pour ce fait, vient d'être condamné à mort.

Autre gaffe : la collation de l'ordre de l'Aigle- Noir au prince de Monaco, à ce principicule qui se fait entretenir par une bande de vampires et sur qui pèsent les malédictions de tout le monde civilisé.

11 se montre particulièrement généreux dans la distribution des décorations. Chaque année, à propos de n'importe quoi, il en lance des poignées aux quatre coins de son empire. A ce point de vue l'Alsacc-Lorraine est particulièrement favorisée. Dans ce but les sous-préfets font parvenir aux commissaires de police une liste intitulée: « Propositions pour l'obtention de titres et de décorations ».

Dans ces conditions, puisqu'il faut que quelqu'un y soit inscrit, on prend le premier venu, qu'il puisse faire valoir des services ou non. La seule condition exigée c'est que la personne proposée soit « irréprochable », c'est-à-dire appartienne à cette catégorie d'individus qui promènent leur patriotisme sur un plateau.

Une année, j'avais proposé M. Oppenheimer, propriétaire d'une fabrique à Lingolsheim, un homme qui était tout désigné pour obtenir une distinction. J'avais demandé pour lui le titre de conseiller de commerce ; le sous-préfet me répondit par ces mois : « Allons donc, ce juif! »

Les trois cas suivants montrent la valeur que

possèdent les décorations et la bêtise avec laquelle on les répartit :

Lors d'un séjour que lempereur a fait, en 1902, à Strasbourg, le président de police fut avisé qu'une croix de l'ordre de la Couronne était mise à sa disposition L'autre nous réunit alors et prononça ces paroles mémorables :

« Je vous remets la décoration de l'ordre de la Couronne, monsieur le commissaire de police Bannicke, parce que vous êtes le plus âgé de la bande. »

A la même occasion, le même président de police remit la médaille d'bonneur à un agent qui en avait déjà été titulaire.

Etant commissaire de police, je me trouvais, un jour, dans le traniAvay à vapeur de Strasbourg, en compagnie de l'inspecteur des travaux hydrauliques du canton d'Erstein. Celui-ci dit à une tierce personne qu'il allait remettre la médaille d'honneur à un éclusier du canal et il ajouta d'un ton sarcastique :

(' Me voilà obligé de faire un discours à cet individu, afin qu'il comprenne bien la haute valeur que possède cette machine. »

En matière de titre. l'Allemagne se livre à une gymnastique des plus extravagantes. On ne peut pas s'imaginer tout ce qui a été inventé sous ce rapport. La dernière création, c'est le «conseiller intime des archives », et on ne s'arrêtera pas là.

Il est certain que les décorations et les titres sont plus faciles à accorder et reviennent moins cher que

l'augmentation des traitements. D'ailleurs, en haut lieu, on est d'une économie rigoureuse; ainsi quand l'empereur accepte d'être le parrain d'un septième fils, il est bien entendu à l'avance que nul appel ne sera adressé à son porte-monnaie.

C'est pour 'cela que toujours les autorités administratives sont invitées à établir un rapport concernant la situation de fortune de la famille qui a fait la demande.

L'empereur ne dénoue que très rarement les cordons de sa bourse ; encore n'est-ce que dans des circonstances extraordinaires.

Le 2 février 1907, la Strassbarger Post, délirante' de joie, a reproduit cette correspondance de Barr :

« Absolument sain et vigoureux de corps et d'esprit, hier le couple Benjamin Dontenwill et Francisca, née Scholl, a célébré la fête peu commune de ses noces d'or. Le jubilaire, un ancien combattant de Crimée, a 78 ans. et sa femme 70 ans. L'heureux couple a eu l'honneur et la joie de recevoir de Sa Majesté un cadeau de trente mark. »

Comme on voit, l'empereur ne s'était pas fendu. En Allemagne, on ne donne à pleines mains que lorsque ça ne coûte rien.

A ma grande stupeur les feuilles reptiliennes n'ont pas soufflé mot à propos de ce que j'uvais avancé, concernant le roi de Saxe et n'ont pas signalé le crime de lèse-majesté, dont je m'étais rendu coupable envers ce monarque. L'explication de la chose est facile, car la Strassbarger Post, entr autres, savait bien qu^ elle éprouverait un fiasco remarquable, le jour 011 elle entreprendrait de

dénienlir ce qui est le secret de Polichinelle, à Strasbourg, l'ancien « lieu d'études » du roi Frédéric-Auguste.

La Slrassburger Posl, qui se pâme à la vue d'un simple laquais de la cour, a gardé le même silence à propos d'Ollo de Schaumbourg-Lippe.ce prince si vaillant dans les domaines de Baccliusetde Vénus.

C'est qu'elle avait des raisons excellentes de ne pas entreprendre sa défense, les aptitudes particulières de cette Altesse élant également trop connues des habitants de Metz.

En ce qui concerne les princes non régnants et les princes apanages, une expérience journalière nous apprend qu'eux aussi sont nés de la femme et nullement tombés du haut des cieux.

Les esclandres qu'ils commettent sont vile connus, élant donné qu'ils ne sont pas étoufles par l'almospiière des cours.

Sous ce rapport, je me bornerai à signaler le prince de Waldeck-Pvrmont, jadis major au 9* régiment de dragons, à Metz ; il y a mené une telle existence que sa villa de Plappeville et tout son mobilier ont été vendus, par ordre de la justice.

Ensuite, il y eut le vilain procès en divorce du prince Philippe de Saxe-Cobourg-Gotha; enfin, tout récemment, l'histoire très malpropre dont les principaux personnages étaient le prince Joachim Albert de Prusse, l'actrice Marie Sulzer et son mari dupé, le baron Liebenberg.

\t Le comte de Halzfeld connaissait bien tout ce monde-là. C'était lui qui disait :

I' U y avait là une foule de petits princes et... m'a

de nouveau ennuyé au delà de toute expression. Un personnage de la cour m'a dit hier : « A rester longtemps ici, on devient républicain ».

Malheureusement, la Prusse -Allemagne est la terre classique du plat byzantinisme, de la servilité la plus abjecte, un pays dans lequel toutes les classes de la société sont subjuguées par le servilisme, la bassesse et le ventre-à-terre.

La nation allemande, en majeure partie, n'est heureuse que quand elle peut faire le pied de veau sous les yeux de l'autorité ; c'est une nation dans laquelle se manifeste un fétichisme tel que, à l'approche d'une simple voiture de la cour, les hommes qui, pourtant, ont été créés pour marcher et se tenir droit, se plient en deux et courbent la tête et, dans l'ivresse de leur enthousiasme, ne se demandent même pas pourquoi, ni pour qui ils s'enthousiasment.

Les autorités administratives, sans exception, et ce que l'on appelle la presse reptilienne sont saturées en Allemagne d'un byzantinisme revêtant les formes les plus écœurantes.

Si, par exemple, telle ou telle feuille qui meurt du respect que lui inspirent le trône et l'autel reproduit une dépêche télégraphique disant que l'empereur est arrivé, tel jour, à telle heure, à tel endroit, a vu tel régiment et a pris ses repas ici ou là; instinctivement, on se demande si ce fait a réellement une importance telle qu'il y ait nécessité de l'annoncer par la voie télégraphique.

Cette presse byzantine est absolument grotesque lorsqu'elle parle des aptitudes et nobles traits de

l'empereur et de sa famille. C'est à mourir de rire quand on en voit parler de l'extraordinaire adresse au tir dont fait preuve Sa Majesté. Qu'est-ce que cela peut nous faire en somme que l'empereur ait tué, le i!\ novembre, un renard et un lièvre; le 28, quinze renards et le 17, quatre-vingt-cinq? Comme si la chasse des souverains était intéressante! Tout le monde sait que le gibier, traqué de toutes parts par des laquais de la cour, vient s'offrir en masse aux coups des têtes couronnées. Ils n'ont qu'à tirer droit devant eux sans s'occuper de rien, sans viser, pour massacrer un tas de pauvres bêles.

Sur tous les tons, on loue l'empereur en qualité de détenteur de la science infuse dans tous les domaines.

A ce propos, le comte Reventlow a fait une observation extrêmement juste.

« Darîs les premières années du règne de Guillaume II. dit-il, les gens de la cour s'étaient répartis la besogne de façon que chacun pût jouer son rolet de Byzantin. Si, par hasard, lempereur émettait une opinion, immédiatement un murmure s'élevait dun certain côté et on entendait dire : « C'est tout à fait Frédéric le Grand ». Quand il émettait une deuxième appré^^iation on entendait souffler dans un autre coin ces mots : « Ma parole, on croirait entendre le Grand Electeur. » Ça n'a pas dû beaucoup changer depuis et. en tout cas, on continue de s'elTorcer de faire croire à l'empereur qu'il ressemble aux grands hommes et aux esprits d'élite pour lesquels il professe une admiration particulière. »

D'ailleurs, ces actes de courtisanerie ne s'exercent

pas seulement vis-à-vis de lui; c'est ainsi que, lorsque le kronprinz a eu son premier enfant, toute la presse à la dévotion de la cour a reproduit des comptes rendus analogues à celui-ci :

« Le petit prince est un enfant d'une vigueur extraordinaire ; il pousse à vue d'œil. Incontestablement, il ressemble à son père, surtout de profil; il a des yeux bleu très clair, une abondante chevelure blonde couvre sa tête. L'enfant prospère et c'est avec une joie véritable que les médecins constatent la constante augmentation de son poids. »

Est-il possible d'inventer quelque chose de plus idiot que cela ?

Cet esprit servile règne en souverain maître dans la Prusse-Allemagne. Ci-après un exemple qui le caractérise à merveille :

Le prince héritier de Salm-Salm et son épouse ayant fait un séjour à Gronau en Westphalie, le journal de cette localité a célébré cet événement historique dans les termes que voici:

« Statlohn, aS juillet. — Lundi, vers midi, Son Altesse Sérénissime, le prince héritier de Salm- Salm, accompagné de Son Altesse son épouse Ghristiane, née archiduchesse d'Autriche, et des princesses ses nièces, venant du château de Rheda est arrivée ici, dans une automobile construite avec la dernière élégance. Leurs Très Hautes Seigneuries ont passé le temps de leur séjour ici à l'hètel Sonntag, où elles ont daigné avoir une conversation très longue et des plus aimables avec les dames de la maison. Pendant que Leurs Altesses Sérénissimes sont restées à l'hôtel Sonntag elles ont déjeuné, puis pris un dîner somptueux et ont daigné exprimer,

dans les termes les plus gracieux, le bon souvenir qu'elles conserveront des plats et des vins parfaits qui leur ont été servis » !

Je ne pense pas que l'on puisse pousser plus loin le servilisnie byzantin.

Les autorités administratives de l'Etat sont infectées par le byzantinisme. Il est impossible de trouver, dans aucun pays du monde, une platitude pareille à celle qui distingue MM. les fonctionnaires allemands.

Dans une circulaire du 22 mars 190G, le ministre de la justice du Reichsland, M. le D' Pétri, invita tout le personnel de l'administration de la justice de l'Alsace-Lor raine ainsi que les avocats, à se procurer un portrait de la famille impériale. Celte circulaire ministérielle avait été précédée d'une autre adressée aux. instituteurs, auxquels elle donnait à comprendre, en termes très clairs, que l'autorité désirait que chacun d'eux lit l'acquisition du portrait bien connu intitulé : « Quatre générations d'empereurs ».

Ceci n'est pas seulement pitoyable, c'est encore d'un ridicule achevé.

Cette piatitude vis-à-vis de l'empereur ne respecte rien, |)as plus la fortune de l'Etat que celle des communes. On gaspille les sommes les plus phénoménales, parfois, pour des motifs absurdes, dans l'unique but de se faire bien voir du souverain. Il y a quelques années, le secrétaire d'Etat, comte Posadowski, pour enlever le vote de la somme nécessaircà la restau ration du château de llolikœnigsburg, oITerl à l'emijcreur par la ville tie SclilestadI.

n'a pas hésité à prétendre que cette restauration avait une importance considérable au point de vue national.

Comme il s'adressait à une cohue d'êtres serviles, les sommes exorbitantes qu'il demandait ont été votées.

Un souhait de l'empereur allemand est un ordre pour ses sujets. En octobre 1906, la municipalité de Cassel, après avoir voté une somme de six cent mille mark pour la reconstruction du théâtre de la Cour, — chose qui lui était demandée par l'empereur — n'hésita pas à voter, après une discussion orageuse, une somme complémentaire de sept cent mille mark.

Etant donnés le caractère et la sensibilité exagérée de l'empereur Guillaume 11, étant donné aussi qu'il n'aime pas regarder certaines vérités en face, on peut dire que les mémoires du prince de Hohenlohe l'ont cinglé à la façon d'un coup de fouet. L'exaspération qu'il en a ressentie s'est traduite par son fameux télégramme au fils de l'auteur, au prince Philippe de Hohenlohe.

Evidemment, il n'y aurait qu'un moyen de contenter ce monarque si chatouilleux : les articles politiques de tous les journaux devraient, avant de paraître, être soumis à son approbation.

Etant donné la tournure d'esprit de l'empereur Guillaume, toute vérité que l'on dit sur son compte et qui ne le montre pas sous un jour extrêmement favorable est, sur le champ, considérée comme une attaque injustifiée contre sa personne ou comme une appréciation déshonorante.

Toute critique, si minime soitelle, formulée à son

endroit, est envisagée comme une manœuvre destinée à déprécier et à ridiculiser le chef de l'Etat.

Et, comme les choses en sont à ce point, aaalgré quej aie simplement rapporté des faits authentiques, le procureur du roi entamera des poursuites contre moi.

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