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FONTAINES LUMINEUSES

La partie centrale des jardins, dans l’axe du Trocadéro et du grand dôme des industries diverses, est ornée de deux fontaines aux proportions monumentales. — La première, adossée à la terrasse, est due au sculpteur Coutan qui l’a élevée d’après les plans de M. Formigé, architecte. Le groupe principal de cette fontaine, qui a trois étages, émerge d’un bassin qui lui-même domine une nappe d’eau rappelant, par sa forme générale, la disposition si justement célèbre du parc de Saint-Cloud.

Le sujet de cette grande composition allégorique comporte une quinzaine de personnages plus grands que nature et qui font un effet considérable. Une femme symbolisant le Progrès, et tenant dans sa main droite un flambeau, est assise sur un trône porté sur un vaisseau dont la proue, en forme de tête de bélier, supporte un coq, sonnant à plein bec un chant de victoire.

L'Art, le Commerce, l’Industrie, l’Agriculture se pressent autour du trône. La France, personnifiée par une belle figure de femme, Lient la barre du gouvernail. — Dans le bassin, des personnages jouent dans des poses agitées, avec des tritons, qui projettent des torrents d’eau. Tout cet ensemble est d’un grand effet décoratif. Machinée par des procédés nouveaux et jusqu’ici inconnus en France, cette fontaine, éclairée chaquesoiràlalumièrc électrique, lance à de grandes hauteurs des jets d’eau colorés qui s'irradient en poussière alternativement rouge, violette, bleue, verte ou jaune. Le coup d’œil est vraiment miraculeux. — Tandis que la grande gerbe lance au milieu de l’Exposition sa note éblouissante, tous les jets d’eau de la fontaine et du canal s’illuminent en même temps ; aucune partie ne reste dans l’ombre et on produit ainsi un effet décoratif absolument différent de tous ceux obtenus jusqu’à ce jour.

Nous devons louer sans réserve M. le Directeur des travaux qui a conçu et installé dans le parc du Chainp-de-Mars ces « fontaines magiques. »

On a beaucoup admiré à l’Expositon coloniale et indienne, tenue à Londres en 1887, une gerbe qu’illuminaient de façon surprenante de puissants foyers à arc voltaïque parfaitement dissimulés, et donnant l’illusion d’un véritable feu d’artifice, sans fumée, sans odeur; sans danger d’incendie. L’expérience s’est renouvelée depuis, avec un succès croissant à l’Exposition de Manchester, et, l’année dernière, à Glasgow et à Barcelone.

L’Exposition de 1889 ne devait pas évidemment

négliger cet élément d’attraction. Il était même nécessaire, qu’en raison de l’immensité du cadre, elle fît beaucoup mieux que ses devancières. — C’est ce qui est arrivé. Ces fontaines lumineuses sont un des grands succès des soirées au Champ-de-Mars. — K i : es feront courir tout Paris, tout l’univers.

La seconde fontaine, celle de M. Saint-Vidal, élève de Carpeaux, monte, comme un point décoratif, à la hauteur d’n ne dizaine de mètres, au centre même des arcades de la Tour Eiffel, entre les quatre pieds du colosse de fer.

Elle comprend un groupe de onze grandes figures : cinq en bas qui représentent les cinq parties du monde, quatre plus haut soutiennent un globe terrestre tout enveloppé de nuages, et sur le globe, deux autres figures représentant : « la Nuit cherchant à retenir le Génie de la lumière qui s’efforce d’éclairer la Vérité. »

Du groupe s’élance, ailes déployées, une torche à la main, le génie de la Lumière qui dégage de ses voiles l’Humanité, — celle-ci est représentée par une figure de femme assise sur la sphère.

L’eau très abondante tombe en cascades des draperies qui relient ensemble les figures du groupe central et s’échappe en pluie et poussière très fine des groupes de nuages, ménagés à cet effet, au milieu desquels la sphère et les six figures centrales paraissent comme suspendues. Le soir, éclairée par des feux variés de couleurs, cette fontaine produit un très grand effet décoratif. Nous félicitons très sincèrement M. Saint-Vidal de son œuvre magistrale.

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