DANS LE PALAIS DES EXPOSITIONS DIVERSES
La plupart des nations de l’Europe, de l’Amérique et des autres continents prennent part, dans les conditions qu’on a pu voir au commencement de cet ouvrage, à l’Exposition universelle. Leurs produits sont disséminés sur divers points, selon qu’elles participent aux concours des Beaux-Arts, des Arts libéraux, aux industries diverses, c’est-àdire aux différents groupes qui constituent les divisions établies.
Nous avons retrouvé les unes et les autres au fur et à mesure que nous avancions dans nos visites, et nous en avons parlé comme il convient, mais quelle que soit l’attention que nous ayons prêtée à leurs premières manifestations, elle ne pouvait être aussi grande qu’à l’occasion, qui se présente maintenant, de l’exposition des produits commerciaux et industriels particuliers à chaque peuple, et qui sont comme la marque de son génie propre.
Pour cette partie de nos incursions journalières,
nous ne quitterons pas le palais Bouvart. Les sections étrangères y ont été installées dans les bâtiments en retour sur le Palais des Beaux-Arts et sur celui des Arts libéraux. C’est là que nous allons les parcourir, en commençant, si vous voulez, par celle de la Grande-Bretagne, à laquelle on accède parla grande allée où nous accueille tout un peuple de statues. Au lieu de tourner à droite comme pour les Beaux-Arts, vous prenez à gauche et vous y êtes.
Grande-Bretagne.
Pour pénétrer dans la section de l’Angleterre, plusieurs portiques très élégants, en bois sculpté et peints en blanc, nous ouvrent, tout larges, leurs deux battants. Chaque portique est surmonté des trois écussons du Royaume-Uni, de l’Ecosse et de l’Irlande, qu’entourent des trophées de drapeaux.
Les traverses du plafond du pavillon portent les noms et les devises des principales villes de l’Angleterre, et du faîte de la galerie descendent des bannières qui, par leurs couleurs, indiquent les cités qui ont envoyé leurs produits à l’Exposition.
Cette section, une des plus fréquentées, offre un aspect agréable et d’une originalité luxueuse. Les vitrines, pour le plus grand nombre, sont resplendissantes sous l’or semé à profusion.
Parmi les constructions, celle qui obtient le succès le plus marqué, c’est la petite pagode indienne qui, avec sa délicate structure orientale, a l’air véritablement d’un bijou façonné par les mains d’un patient artiste indien.
Avec elle, un immense vase de Chine, le plus grand qui soit en Europe, excite aussi l’admiration de tous les visiteurs.
L’Exposition anglaise est remarquable en tous points, et cependant l’Angleterre n’apoint voulu participer officiellement à l'Exposition. Cela n’a point empêché les citoyens des trois royaumes, à la vérité, de nous envoyer la fine fleur de leurs produits.
En genSIpratiques, du reste, ils étaient prêts les premiers, et n’ont point voulu attendre les derniers jours où, dans la presse, les objets fragiles, les œuvres délicates pouvaient être endommagés.
Colonies anglaises.
A côté de l’Exposition de la Grande-Bretagne et dans le même sens, on trouve la section des colonies anglaises qui, comme toujours, brillent par une extrême abondance de produits et par l’originalité et la bonne grâce de l’agencement.
Le Canada qui, par tradition, tient beaucoup à se montrer sous un jour complet aux expositions françaises, a envoyé une quantité de curiosités qu’on pourrait presque appeler inédites. Mais, ce qui est le plus remarquable, c’est son exposition de pelleteries.
L’Australie, dont le développement commercial est un des étonnements de ce siècle, donne également des preuves d’extraordinaire vitalité. Elle envoie, bien entendu, de l’or de ses mines, mais aussi, et ce qui est nouveau pour nous, des produits de sa jeune industrie. Avec cela, des spécimens
toujours singuliers de son histoire naturelle, qui ne ressemble en rien à celle du reste du monde.
L’Inde nous étonne aussi et provoque notre admiration par ses curiosités de toute sorte. Mais le gros de l’attraction hindoue se trouve, comme nous l’avons dit, au palais construit sur l’avenue Suffren, et qui attire l’attention par une singularité sanglante dont nous avons donné l’explication dans la troisième journée.
Ceylan a envoyé des éblouissements de saphirs et des ouvrages en bambou, et des peaux de serpents, et de l’ivoire, et mille autres choses dont les Européens sont très curieux.
Le Cap aussi, nous montre, outre ses diamants, installés dans leurs meubles en un pavillon voisin, quelques-uns des éléments de barbarie qui l’entourent de toute part et les élégances hygiéniques que la vieille Europe a imaginées pour faire supporter l'existence aux Colons et aux employés du civil service.
Malte, Chypre, Gibraltar et Hong-Kong, cinquante îles disséminées sur toutes les mers et qui appartiennent à la Grande-Bretagne, ont concouru dans la mesure de leur force à mettre en relief la puissance et le génie commercial de l’Angleterre.
La Belgique.
Grâce à la parfaite amabilité de M. Carlier, commissaire général de la Belgique, nous pouvons donner des renseignements exacts sur l’Exposition de ce pays.
Plus de 13,000 mètres carrés sont occupés par les exposants Belges. Les divers produits industriels couvrent une surface de 3,750 mètres ; dans la galerie des machines, un espace de 400 mètres, augmenté de 400 mètres réservéssurlesbalcons, est occupé par l’Exposition de l’industrie mécanique ; des pavillons d’exposition particulière s’étendent, dans les jardins, sur une surface de 12 à 1,500 mètres carrés.
Dans le Palais des Beaux-Arts, la Belgique, a un emplacement de 430 mètres; avec 280 mètres de cimaise et plus 60 mètres carrés peut-être, réservés pour l’Exposition rétrospective du travail, comme on l’a vu.
La participation belge s’affirme aussi dans les section de l’économie sociale (150 mètres environ) ; de l’agriculture, des Produits alimentaires (environ 950 mètres) ; la sylviculture (90 mètres) et enfin l’exposition militaire occupe un emplacement de 40 mètres.
L’importance de ces chiffres indique à quel point la Belgique a répondu à l’appel de la France, admirablement secondée du reste par M. le commissaire général et le comité exécutif. Ajoutons qu’un crédit de 600,000 fr. demandé parle gouvernement et voté par le parlement belge a largement encouragé la participation de ces nationaux à la grande fête industrielle de Paris. De plus, afin de témoigner d’une manière efficace sa sympathie à l’œuvre de paix que la France accomplit, le gouvernement belge a mis à la disposition du commissaire général son matériel pour les transports, son personnel pour la manutention, etc.
Installation de la Section belge. — Le pavillon du commissariat est un petit chef-d’œuvre de construction et de décoration. A côté des bureaux, on y voit, admirablement aménagée, une grande salle réservée aux correspondances de tous les exposants belges. Chacun y a sa case et vient y prendre ses lettres. Le service téléphonique entre Bruxelles et le Champ-de-Mars y est installé ; enfin une salle est réservée à l’ambulance, où trois médecins se tiennent en permanence pour les différentes éventualités qui peuvent se produire.
La façade de la Section belge a 50 mètres de développement et comprend un double portique de cinq travées chacun, dont les montants sont formés d’objets d’exposition ; elle est en vieux bois, imitant la teinte des vieuxbahuts. Au-dessus de chaque porte se trouve une carte en relief de la Belgique et de l’Afrique avec l’État du Congo.
A droite et à gauche du commissariat, des expositions de la Vieille-Montagne, de Mariemont (la plus puissante maison de Belgique), de Solvoy (produits chimiques, etc.).
Sous la porte d’entrée, l’intéressante exposition du génie civil d’Anvers. En pénétrant dans l’intérieur, nous admirons d’abord les dentelles, l’ameublement, les équipements militaires, la maroquinerie, les armes ; dans la deuxième travée, les tissus, la carrosserie, la verrerie, le bronze, la céramique, etc.
Dans la galerie des machines on trouve les noms des grandes maisons, comme Cokerill, de Neyer, Carels, Le Phénix, Thiery et Notrebond, enfin un très beau train de la Compagnie des wagons-lits.
Au premier étage, sur le balcon, les produits des mines, des charbonnages, les installations téléphoniques et télégraphiques de Van Rysselberghe.
Dans l’exposition d’Economie politique et sociale, la Belgique est représentée par les nombreux et savants travaux sur toutes les questions qu’embrasse cette science.
Terminons en disant que les ingénieurs électriciens de Belgique sont entrés dans le syndicat des électriciens chargés de l’éclairage électrique.
Le Danemark.
Voici un pays ami, un pays fidèle qui, lui aussi, tient, à chaque Exposition universelle, à figurer aussi complètement que possible à nos côtés.
Cette fois-ci, l’effort des Danois a été considérable. C'est avec un goût qui se ressent de la sympathie unissant les deux peuples que le portique de cette charmante section a été dessiné et érigé. A droite et àgauche, sur les cloisons, des peintures représentent des paysages et des oiseaux de la contrée. Ajoutons que les exposants du Danemark, comme les Anglais > ont tenu à honneur d’être prêts pour l’ouverture et c’est un compliment qu’on ne peut pas faire à tout le monde, surtout aux Français.
Les produits du Danemark sont principalement des bois et des engins de pèche, ainsique des étoffes particulières au pays, des bijoux originaux. On remarque aussi certains instruments de musique, des coiffures appartenant aux anciennes provinces et des objets servant au transport et à la locomotion, comme
des patins gigantesques pour voyager sur la glace.
Il faut remercier ce brave petit pays — que des malheurs immérités et semblables aux nôtres nous font aimer davantage — d’avoir prêté à notre Exposition un concours aussi empressé.
Les Pays-Bas.
Les Chambres Néerlandaises ont voté une somme considérable pour venir en aide au Comité qui s’était chargé de la participation des Pays-Bas à l’Exposition de Paris. Mais, disons-le tout de suite, ce n’est pas la partie afférente aux expositions diverses qui sera la plus intéressante. On y voit à la vérité des curiosités de premier ordre et des objets industriels qui témoignent d’un mouvement commercial très étendu.
Les colonies de la Hollande, qui sont si florissantes, ont envoyé la fine fleur de leurs produits.
Nous croyons cependant qu’il faut chercher la supériorité de ce vaillant petit pays dans le groupe des Arts-Libéraux, à la section de l’Instruction publique. Il est en effet peu de nations qui aient poussé aussi loin l’art de l’enseignement pratique. Pour les détails, nous engageons le lecteur à se rapporter à ce que nous avons dit lors de notre cinquième visite.
Autriche-Hongrie.
On ne pouvait être surpris que la maison de Habsbourg refusât de participer officiellement à
l’Exposition du Centenaire. Aussi le mouvement qui a amené la plupart des peuples soumis à la domination de l’empereur François-Joseph est-il réellement parti de Paris. Mais, une fois l’élan donné, le commerce et l’industrie Austro-Hongrois se sont préparés avec ardeur à la fête du Champ-de- Mars. En Autriche, comme ailleurs du reste, l’empressement des peuples a fait un contraste très marqué avec l’indifférence ou l’animosité des gouvernants.
On se rappelle que M. Tisza, au Parlement de Buda-Pesth, prononça des paroles inexplicables, par lesquelles il prétendait démontrer que ses nationaux ne trouveraient chez nous aucune sécurité. Depuis, Vienne et Buda-Pesth même, ont été extrêmement troublées par des émeutes de longue durée. Nous n’en triompherons pas ; on a trop de bon sens en France, pour renvoyer ses propres accusations au ministre hongrois.
Nous sommes assez heureux, d’ailleurs, de voir l’empressement que les diverses fractions delà monarchie ont mis à nous envoyer leurs produits.
L’exposition Austro-Hongroise, ne le cède en rien à ses voisines ; elle brille surtout par un art très fin, très délicat, et qui montre, chez les industriels Viennois principalement, un goût excessivement pur. La plupart des articles de luxe tant en orfèvrerie, qu’en maroquinerie, en nikelerie, rivalisent d’une façon indisc utable avec ce qui a fait longtemps la gloire du commerce parisien, nous voulons parler de l’article de Paris.
On éprouve donc un vif sentiment de plaisir et
quelquefois d’admiration à l’aspect des vitrines Austro-Hongroises. C’est pimpant c’est gai, et souvent même spirituel autant que n’importe quel produit français.
Il serait difficile, nous le répétons encore une fois, de dresser un catalogue complet des beautés qui y frappent l’œil et l’esprit. Nous nous contenterons de citer un tour de force d’orfèvrerie. C’est une chaine en or qui tient dans un dé à coudre et qui mesure cependant six mètres de longueur. On parle aussi d’un arbre colossal mesurant six mètres de circonférence à sa base et qui pèse 14,000 kilogrammes avec une longueur de huit mètres. Cet envoi végétal peut être rapproché de celui d’une liane expédiée des bords de l’Amazone, qui ne pèse pas moins de 347 kilogrammes et qui mesure 231 mètres de longueur. Voir cette dernière dans le pavillon du Brésil.
Nous parlons dans une autre partie de cet ouvrage du restaurant hongrois, situé sur le quai d’Orsay, non loin du Palais des Produits alimentaires, dans lequel d’ailleurs l’Autriche, la Moravie, la Silésie, le Tvrol, etc., occupent une place importante.
Etats-Unis.
Parmi les nations qui ont accepté avec le plus d’empressement l’invitation de participer à nos grandes assises industrielles, il n’en est pas qui l’aient fait plus spontanément que les États-Unis de l’Amérique du Nord. Dès le début les commis-
saires désignés pour s’occuper de leur section ont sollicité l’octroi d’un emplacement considérable. Et, en fait, ce sont les États-Unis qui occupent le plus de terrain dans le Palais des expositions diverses.
De la galerie Desaix, jusqu’à l’allée qui sépare en deux l’exposition du Japon, la section américaine s’étend sur un vaste hall, admirablement décoré aux deux extrémités, et dont les voûtes portent inscrits les noms de tous les États de l’Union. Quelque considérable que soit cet emplacement, il est resté cependant trop exigu et les diverses installations sont extraordinairement rapprochées les unes des autres.
On y trouve, comme partout, des choses faites pour tirer l’œil, mais les objets qui excitent l’étonnement y sont peut-être plus nombreux qu’ailleurs, les Américains ayant, comme on sait, le goût des choses extraordinaires et le tempérament porté vers l’excessif. Nous ne nous appesantirons donc pas outre mesure sur ces frondaisons extra-vigoureuses de l’arbre yanliee, l’observateur ayant à faire des études plus pratiques et plus utiles à tous les points de vue sur un développement prodigieux des industries dont l’Europe avait autrefois le monopole et que les États-Unis sont parvenus à exercer d’une façon inquiétante pour les autres nations.
C’est ainsi que les draps, les fleurs artificielles, des soies, de la ganterie, des cuirs, des parfums, des corsets, de la poterie d’art, des cannes et généralement toutes les industries du luxe se sont développées depuis quelques années chez ce peuple, jeune et puissant, de façon à faire prévoir pour l’a-
venir une concurrence redoutable aux produits similaires de la vieille Europe.
La Suisse.
La première nation qui envoya son adhésion officielle à notre Exposition fut la Suisse.
En votant cette décision, le Conseil fédéral de l’antique Helvétie alloua 450,000 francs au comité d’organisation, en vue de parer aux premiers frais. Mais bientôt les Cantons les plus intéressés votèrent des subventions complémentaires pour certaines catégories, notamment Genève et Neufchatel, pour l’horlogerie, Bâle, pour la dentelle et la soierie.
Dans le principe, le commissariat général avait été confié à M. le colonel Voëgli-Bodner, mais une chute de cheval l’a contraint à priver ses concitoyens de son précieux concours ; c’est M. Duplan, le commissaire général adjoint, qui a été désigné pour le remplacer provisoirement. Comme toutes les autres nations, la Suisse a élevé à la porte de l’emplacement qui lui a été réservé une façade monumentale qui est due à M. Fivatz. Elle se trouve à côté des Etats-Unis où elle fait excellente figure.
Comme toujours les Cantons helvétiques obtiennent un succès légitime avec leur horlogerie, presque sans rivale et dont la renommée est universelle. On remarquera aussi des soieries et des broderies extrêmement remarquables.
Mais ce qui constitue le clou de cette exposition, c’est la reproduction exacte de tous les costumes
suisses à travers les âges. On se presse en foule déjà autour de ces intéressants spécimens.
Il est juste de parler aussi des ouvrages en bois et des fameux chalets suisses, quoique cette industrie ne soit pas en grand progrès.
Mais notre voisine des Alpes ne se contente pas de cette participation aux industries diverses. Elle est aussi représentée aux Arts libéraux, où son exposition scolaire a l’importance convenant à un pays qui, le premier, a répandu dans les masses l’instruction générale. Nous devons également constater le gros succès de l’Ecole génevoise des Arts décoratifs ainsi que celui des cartes de géographie et de topographie qui sont tout à fait remarquables.
Au Palais des machines, la Suisse, située au centre, expose des Machines de Sülzer, d’Escher- Wyss, d’Arlikon et Winterthür qui fournissent la force motrice.
Enfin, elle brille surtout à l’Exposition des produits alimentaires, où l’on peut apprécier ses laitages, des fromages de Gruyère et les vins du Valais, particulièrement le vin de Fully et celui du Bois- Noir près Saint-Maurice.
Italie.
C’est en Italie surtout que s’est produit d’une façon éclatante l’antagonisme existant, à propos de l’Exposition, entre le gouvernement dont M. Crispi est l’expression, et le peuple qui se considère toujours comme un ami de la France. Il est certainement des provinces que le ministère italien est
parvenu à décourager de toute intervention dans notre fête industrielle, mais, en revanche, il en est d’autres qui se sont élancées vers Paris, avec une ardeur tout à fait enthousiaste.
Parmi ces dernières nous pouvons citer particulièrement la Lombardie, la Vénétie et même le Piémont. Milan à elle seule occupe une place considérable dans la section italienne. On ne saurait se faire une idée de ce que les chemins de fer ont transporté au Champ-de-Mars pour faire partie, soit en matière d’art, soit en matière d’industrie, de l’Exposition italienne.
Aussi est-elle fort belle, aussi belle que peut le désirer la nation la plus difficile. Elle atteste d’un effort extraordinaire. Les petites industries d’art décoratif ont fait dans ce pays des progrès où l’on remarque principalement l’épurement du bon goût.
Pour les meubles en bois tourné, les Italiens rivalisent avec la fabrication de Vienne, de Trieste qui jusqu'alors semblaient avoir le monopole de cette industrie nouvelle. Ils savent donner à leurs produits les formes les plus gracieuses, les plus commodes, et sont parvenus à faire des vraies merveilles d’élégance et de confortable.
Une des curiosités de la section italienne, est la partie qui comprend les mosaïques. C’est à croire vraiment que les Italiens ont retrouvé le secret de leurs aïeux de l’ancienne Rome. Les pièces de mosaïques qu’ils nous offrent sont absolument admirables et d’une finesse d’exécution qui semble être le dernier point de cette branche si difficile. Ce sont de véritables tableaux, aux sujets variés, aux cou-
leurs vives et le plus artistement fondus en pierre. Voir principalement deux chefs-d’œuvre de MM. Salviati.
A côté de ces superbes mosaïques, prennent place dans notre admiration des objets en filigrane qui, dans un autre genre, sont des chefs-d’œuvre de bon goût artistique, d’adresse et de patient travail.
Espagne.
Un grand écrivain a dit dans un élan d’enthousiasme : « La Catalogne peut se passer de tout le reste du monde, elle a chez elle tout ce qui est nécessaire aux autres peuples ! » Cette phrase peut s’appliquer, non seulement à la Catalogne, mais aussi bien à toute l’Espagne ; la section Ibérique nous le prouve, car nous y trouvons de tout.
Etoffe, velours, dentelles merveilleuses, pompons et brandebourgs, sont exposés en assez grande quantité, puis des ouvrages de sparterie, des cordes, des espadrilles, des tresses, des peausseries, des parfums fournis par les belles fleurs des jardins de Cordoue, de Grenade, etc., etc.
De grands rayons remplis de superbes échantillons déminerai, du fer, du plomb en saumon, de l’argent même montrent la richesse intérieure de ce sol, qui à sa surface offre tant de fertilité.
Viennent ensuite des outils, des couteaux de toutes dimensions, et une série de lames de Tolède, comme se faisaient gloire d’en posséder les chevaliers d’autrefois, à côté d'une série d’épées de matador à lame claire.
Des instruments de musique, des guitares dont quelques-unes sont incrustées avec le plus grand art, de morceaux de nacre ; des tambours-debasque. Comme dans les montagnes, la même main qui tient la castagnette manie l’escopette ; sur les mêmes rayons voici des tromblons à large tube, célébrés si souvent, et pour achever le tableau pittoresque de riches costumes de toréador, tout ornés de pierreries, de broderies d’or et d’argent.
Les ingénieurs qui font de grands progrès dans les diverses parties de leur art, ont envoyé des plans, des photographies, des vues des travaux exécutés dans ce pays.
Les parties célèbres des palais des rois maures ont été moulés et leurs riches reproductions sont exposées aux Palais des Arts libéraux.
Mais où la vraie richesse de l’Espagne se manifeste principalement c’est dans le Palais des produits alimentaires, où nous conduirons tout à l’heure le lecteur.
Le Portugal.
Quoique ne participant pas officiellement à PExposition, le gouvernement portugais a donné au Comité qui s’était 'formé une subvention qui dépasse cent cinquante mille francs.
L’emplacement réservé à ce pays dans les galeries des Expositions diverses n’étant pas suffisamment considérable, les délégués et commissaires généraux ont fait construire au bord de l'eau un très élégant
pavillon où se manifestera le principal effet de la section portugaise.
Quant aux produits exposés dans le Palais des industries variées, ils sont complètement identiques à ceux de l'Espagne et nous tomberions en les énumérant dans d’inévitables redites.
Roumanie.
Jamais, sans l’ardente, sans l’obstinée intervention du prince Bibesco, jamais la Roumanie ne serait parvenue à figurer, comme il convient à un Etat de son importance, dans le Palais des Expositions diverses.
C’est lui qui a mis les choses en train. C’est lui qui a relevé les courages, qui aobjurgué les ministres, lui qui a forcé la main du président du conseil. Le Comité qui s’est formé lui a dû la vie et la subvention un peu maigre du gouvernement roumain. Certes ! il n’a pas réussi autant qu’il l’espérait, mais enfin il a réussi et aujourd’hui ceux qui l’ont suivi fidèlement dans sa campagne et lui-même doivent être heureux du succès de leur Exposition... car elle est bien eux.
Quant à la France elle les remercie. Elle remercie principalement le prince Bibesco... et ce n’est pas lq première fois, du reste.
Norwège.
Des filets, des engins dépêché, des embarcations, des fourrures, des cordages, des ouvrages en bois
et principalement toute la menuiserie sur modèle uniforme qui se fabrique à Bergheim et ailleurs ; des costumes en peau de phoque, des animaux étranges, de l’huile de foie de morue, tel est approximativement l’apport de la Norwège dont la façade tout en bois ciré est certainement l’une des curiosités de cette section et produit un effet d’autant plus extraordinaire qu’elle est juste vis-à-vis du morceau de Kremlin que la section russe a placé là pour lui servir de porte sans rivale.
Russie.
On trouvera plus facilement la section Russe, dans le Palais des Expositions diverses, en arrivant par le pavillon des Pays du Soleil, et entrant par la porte qui coupe en deux l’Exposition du Japon.
La Russie se reconnaît tout de suite alors, grâce à sa façade, qui est la reproduction exacte d’une des portes du fameux Kremlin ; c’est d’une exécution parfaite et d’un style délicieux.
Le plus cordial empressement s’est manifesté dans cette section qui mérite on ne peut plus le succès qu’elle obtient.
On y voit des rayons considérables de minerai, et à côté des échantillons précieux, voici ceux d’un métal plus pratique, le graphite, la plantagine qu’extraient des célèbres mines de la Sibérie-Noire, les forçats russes. Voici à présent des objets en malachite, depuis des bijoux jusqu’à des tables, des meubles, puis des agates sous toutes les formes.
Mais une des merveilles qui étonnent le plus,
c’est, à côté de ces somptueux draps en or tissé, étoffes royales d’un travail précieux et d’une richesse inestimable, c’est, dis-je, ces tissus de mousseline, si fins, si délicats, qu’on ne croirait pas des doigts humains assez légers pour en tisser les trames. On les fait passer dans une bague, en les froissant à peine.
Puis voici des bijoux, de formes particulières et toutes originales, des plaques d’or et d’argent relevées de gracieuses figurines, des boucles d’oreilles, larges anneaux, des ceintures en filigranes, qui ceignent les blouses des filles de Nijni-Novogorod et les vestons des hommes de Kiew.
Puis, au milieu de ces parures, des armes aux formes bizarres, des sabres arméniens enrichis de coquillages, de pierreries ; des fusils à longues crosses incrustées de nacre et d’or, aux canons sculptés artistement, des casques, des harnachements d’une richesse inouïe, etc.
Enfin des produits, des armes et des outils des nouveaux pays conquis par la Russie et que traverse le nouveau chemin de fer de Samarcande.
Grèce.
Par un contraste original, juste en face du pavillon chinois, où tout est bizarre, éti'ange, où le laid même est célébré, se trouve le pavillon de la Grèce, cette mère du beau, de l’architecture grandiose et bien ordonnée.
La Grèce a adhéré tout de suite à l’invitation faite par le gouvernement français de participer à notre
Exposition. En nation restée toujours amie, elle a tenu à honneur d’apporter l’antique relief de ses chefs-d’œuvre inestimables, qui inspirèrent tous ceux de l’univers, dans ce grand concours des nations.
La place qu’occupe ce sympathique peuple n’est pas grande, mais c’est peut-être la plus belle, la plus riche. Riche, non pas au point de vue commercial, car ce qu’elle offre surtout à notre admiration, ce ne sont point des objets que l’on cote sur les marchés, mais de ces pièces de marbre idéales, dont les sœurs font l’orgueil des musées qui les possèdent.
Devant cela, il n’y a pas à discuter ni à en apprécier la valeur, il n’y a qu’à admirer.
La Grèce a envoyé ce qu’elle avait de plus beau, et sa galerie a vu passer ce que le monde compte de savants, de littérateurs et d’artistes. Cet hommage rendu au berceau de la poésie de l’art est le plus flatteur, n’est-ce pas, qui se puisse rendre, et doit seul, suffire à la gloire d’une nation.
Saint-Marin.
La plus ancienne république du monde, celle qui, à la rigueur, pourrait se déclarer l’héritière de la République romaine, ne pouvait manquer de se faire représenter à l’Exposition de 1889.
Elle y tient en effet une place honorable, grâce à l'activité et au dévouement de M. le baron Morin de Malsabrier, qui a obtenu qu’on doublât l’emplacement à elle primitivement affecté.
On pénètre dans cette section par une façade monumentale d’un grand caractère, et l’on est surpris, dès l’entrée, de l’ensemble que forme l’agencement des produits exposés par ce brave petit peuple de quelques milliers d’âmes.
Le froment, le maïs, l’huile, des fromages, la laine, le vin, le soufre, les racines d’iris, une excellente qualité d’absinthe et des pierres très recherchées, tels sont les produits principaux de cette république microscopique.
Serbie.
La Serbie, un des cinq Etats européens qui aient adhéré officiellement à l’Exposition, a obtenu un emplacement relativement considérable.
Sa façade, sans pouvoir rivaliser avec celle du Japon, est fort remarquable, et l’exposition très attrayante. Ce qu’on y remarque de plus curieux, c’est une quantité extraordinaire de dentelles dans le genre de celles qu’on portait en France sous Louis XIII, et qui sont fabriquées par des hommes.
Les costumes du pays sont intéressants... Il faut examiner attentivement des bijoux assez frustes, mais très originaux, et des objets de sellerie d’une forme peu commune.
La Serbie s’est manifestée d’une façon beaucoup plus complète dans l’Exposition des produits alimentaires.
Le Japon.
Les peuples de l’Extrême-Orient ne sont pas créateurs, mais ils ont un goût artistique, grâce auquel ils peuvent tenir une place presque sans rivale pour la fabrication de certains objets de luxe, tels que les bagues, les armures, les incrustations, les porcelaines, etc., etc.
Nous ne croyons pas que l’industrie japonaise ait rien imaginé de bien nouveau pour figurer à notre exposition. Mais il reste à ce pays de la fantaisie et de la joie tant de secrets à nous dévoiler, tant d’étonnements à nous procurer, que pendant des années et des années il pourra nous charmer par l’exhibition d’œuvres décoratives ou artistiques dont la splendeur est vraiment incomparable.
A une autre place nous avons parlé de la façade sans rivale de cette section. Si vous entrez, c’est un éblouissement. La coquetterie, la fraîcheur des objets, la sympathie des couleurs, l’habileté de l’arrangement, tout contribuera encore une fois à faire de ce petit coin le rendez-vous des amateurs et des curie ux .
Siam.
Voici l’Indo-Chine avec ses arts d’une extrême simplicité ou d’une surprenante grandeur.
Le royaume de Siam, très heureusement installé à quelques pas de la rue du Caire, montre aux visiteurs des ouvrages en ivoire, des petits travaux en
bambous et les reproductions du monument ou règne pour ainsi dire le fameux éléphant blanc.
Egypte.
Nous vous avons, à propos de la rue du Caire, au cours de notre troisième journée, nous vous avops dit les charmantes imaginations que les Français en Egypte ont trouvées pour faire de cette partie du Champ-de-Mars la plus originale et la plus attrayante petite foire que l’on puisse voir.
Nous n’y reviendrons pas, si ce n’est pour constater encore une fois le succès qu’elle obtient.
Perse.
Comme Sa Majesté le Shah de Perse doit venir visiter l’Exposition vers la fin de juillet, la section persane, grâce aux soins de M. Nazare-Agha, sera le plus parfait résumé de toutes les curiosités et de tous les produits du pays de Nass-er-Eddin.
Mais ce qui dépassera en splendeur tout ce qu’on peut imaginer, ce sont les tapis de haute laine dans lesquels les pieds s’enfoncent comme en des toisons et où les couleurs incomparables se marient entre elles de la plus miraculeuse façon.
Là aussi on voit une façade étonnamment curieuse que nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs.