RESTAURANT ANNAMITE
En sortant du théâtre annamite, nous pouvons, si le cœur nous en dit, aller festoyer au restaurant également annamite qui vous ouvre ses portes à quelques pas derrière le palais des Protectorats.
Je ne saurais vous dire si la cuisine sera de votre goût, mais si vous ne craignez pas un morceau de porc frais ou si, par curiosité, vous voulez manger
un fragment de chien comestible, tous pouvez vous risquer. Ce sera toujours une partie non banale que de vous attabler pour faire un repas à la mode tonkinoise et avec les aliments ordinaires des enfants de l’An nam.
ANNAM ET TONXIN
On ne pouvait mieux représenter l’Annam et le Tonkin qu’en reproduisant, sur la façade du pavillon, la porte de la pagode de Quan-Yen, célèbre dans l’histoire de notre nouvelle possession. C’est une idée heureuse qui a valu à M. Yildieu, l’architecte du monument, de chaleureuses félicitations.
La pagode rappelle beaucoup les constructions chinoises avec ses toits multiples et élégamment ornés qui sont très relevés et terminés par des ornements très gracieux.
Les panneaux intérieurs, entre les colonnes, sont décorés de peintures légères et du plus riant effet dans lesquelles sont encastrés des tableaux en céramique formés par la réunion de menus morceaux de porcelaine diversement teintés et de tessons de faïence.
En outre il y a une infinité de sentences peintes un peu partout.
Mais le morceau vraiment curieux, le clou, pour me servir du terme à la mode, c’est la statue en bronze qui se trouve sur un haut baldaquin à huit colonnes dans la cour du palais Annamite.
Trophée de guerre pris à Hanoï, cela représentait le grand Boudah de la capitale. Cette statue mesure
près de quatre mètres de haut sur huit de large ; elle est toute en bronze entièrement ouvragé et pèse sept mille « cans » de cuivre.
On nous affirme que cette idole est celle du Génie Huyen-Vû, dont la mission est de détruire tous les peuples qui tenteraient d’approcher des terres Annamites. Mais le bon magot si puissant se relâche un peu de sa consigne depuis quelque temps. Nos soldats s’en sont aperçus dans les glorieuses journées de Tuyen-Quan et de Son-Tay.
Derrière le pavillon se trouve une vaste serre où les fleurs les plus bizarres sont prodiguées, et montrant ce qu’une industrie originale, et surtout une patience inouïe, peuvent obtenir. C’est une des curiosités du pavillon, et bien que beaucoup de plantes soient mortes durant la traversée, l’exposition n’en est pas moins attrayante.