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LE PALAIS DES PROTECTORATS

De nouveau, nous voici plongés, ici, dans l’enchantement. Comme en rêve, nous voyageons dans un pays chimérique sur une grande route que bordent des palais tous plus merveilleux les uns que les autres. Ce n’est plus une place parisienne que foulent nos pieds, mais, par une sorte de féerie étincelante et diaprée, nous sommes transportés tantôt en pays arabe poétique, tantôt dans cet Orient- Extrême, pleins de surprises, et jusque sur les bords du Congo qui reste énigmatique pour les gens civilisés, et au cœur même de ce continent noir

dont tant de voyageurs ont tenté de connaître les terribles mystères.

Le plus saillant au milieu de tous ces palais de l’Exposition coloniale est sans contredit le grand palais des Protectorats. Par une artistique ingéniosité, l’architecte M. Sauvestre a su réunir dans ce palais et marier dans un ensemble du plus gracieux effet, un peu du style de chacun des pavillons de nos autres colonies.

Les styles indien, chinois, algérien même, qui sont si différents entre eux sont fondus ensemble et forment un bâtiment hardi, rappelant l’élégance de la Renaissance française présentant un caractèi'e dont l’étrangeté surprend tout d’abord.

La couleur dominante du palais est le rouge, et ce ton vif s’harmonise parfaitement au feuillage vert des arbres de l’Esplanade des Invalides qui lui servent de fond. Il est couvert de tuiles vivement colorées et s’ouvre par trois portes monumentales, également rouges.

A l’intérieur, il se compose d’un vestibule central qui sépare deux salles immenses prenant toute la hauteur de l’édifice. Des galeries intérieures en charpentes saillantes peintes de couleurs vives où le jaune, le vert, le rouge encore dominent, font le tour de ces salles et permettent, comme dans un panorama pittoresque, de parcourir tous les panneaux où les produits des colonies sont exposés.

C’est le comble de l’exotisme. De tous côtés nous voyons des fresques aux sujets extrêmement variés; des panoplies d’armes bizarres, gracieuses, sinistres, perfides, de chapeaux tressés en paille peinte,

Pavillon annamite et Palais central des Colonies.

de boucliers en bois ornés de pendeloques fétiches, d’instruments de musique, enfin de tout ce qui sert à l’usage habituel de cent peuplades diverses.

A côté de cet assemblage qui forme une décoration pittoresque, faisant le plus grand honneur au bon goût de MM. Henrique, commissaire général, Descourcelles etRévoil, commissaires adjoints, Bilbaut, conservateur adjoint de l’exposition permanente des colonies, nous voyons les divers envois des pays dont l’importance n’est pas assez grande pour nécessiter un emplacement spécial. Puis viennent les collections de l’Etat, les expositions des travaux publics, celles qui font partie de l’exposition permanente du palais de l’Industrie, et des quantités de documents géographiques et des statistiques de la plus grande importance pour les commerçants.

Au rez-de-chaussée, on distingue les expositions particulières des produits de la Martinique, de la Guadeloupe, de Madagascar, de Saïgon, etc.

Au milieu du grand dôme, nous admirons une pyramide fort curieuse formée par la réunion de tous les dieux adorés par les peuplades sauvages. Il y a là une infinité de Boudhas, de dieux en bronze, grimaçants et cornus, barbus et horriblement peints, des idoles en bois, dieux redoutables du Sénégal, auxquels tant de victimes humaines ont été sacrifiées, des gris-gris, des fétiches, etc., etc.

Au premier étage, de chaque côté des grandes portes, a été dressé un rassemblement de tous les bois aux nuances variées et riches de la Guyane, que surmonte un immense serpent python aux

écailles d’un coloris si curieux. Comme pendant, nous trouvons une curieuse panoplie de divers objets du Gabon, du Sénégal, que domine un gigantesque gorille tout grimaçant.

Puis dans les salles dont le plafond vitré laisse pénétrer une lumière tamisée par des carreaux bariolés très étrangement, nous pouvons admirer, dans des vitrines, des lingots de cet or du Sénégal d’une beauté si claire, si parfaite, qu’il est appelé or merveilleux.

Et pour achever ce tableau exotique, voici une série de mannequins représentant un guerrier canaque en tenue de guerre, un chef Raucouyenne, à l’air terrible, et à ses côtés un tisserand sénégalais tramant paisiblement sa toile.

Enfin, sur les pièces d’eau, devant le palais, des pirogues montées par des indigènes de nos diverses colonies, nous font voir l’adroite façon dont est manœuvré ce canot rudimentaire creusé au feu dans un tronc d’arbre.

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