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LES AUTRES VILLAGES

Derrière les monuments' grandioses des grandes civilisations asiatiques et africaines, se trouve l’agglomération de tous ces petits villages, de peuplades encore à demi-sauvages, et ce n’est pas la partie la moins curieuse de l’Exposition.

Jamais, jusqu’à ce jour, pareille réunion de types divers n’avait été faite chez aucune nation.

Les langages les plus divers s’y entendent : le malais, le cafre, l’indoustani, le chinois, l’arabe ; tous les costumes, des plus riches, du plus éclatant au plus sommaire, s’y croisent; à côté des sauvages demi-nus, campent les tirailleurs sénégalais et leur capitaine, les cipayes de l’Inde, des spahis, des tirailleurs sakalaves et autres guerriers des tribus africaines.

Et, passant avec majesté, humblement salués par leurs compatriotes, circulent en riches costumes de soie à franges d‘or, un prince annamite et un grand mandarin de la cour de Hué; un mandarin et un interprète duTonkin; de nobles seigneurs japonais, un pliu, deux huyens et huit notables de la Cochinchine.

Les villages dans lesquels vivent comme chez eux les indigènes, sont les reproductions absolument

exactes des cases habitées là-bas par les hommes que nous voyons. Aussi, ciel et foule curieuse à part, peuvent-ils se croire encore dans leur patrie.

Sans plus s’occuper des flots de visiteurs, ils continuent leur vie ordinaire, font cuire leur pitance bizarre sur leur feu de bois sec, dans des vases posés sur trois pierres, tout comme chez eux, et paisiblement forgent, cousent, taillent, et surtout ramassent habilement en échangeant des horions les sous qu’on leur jette.

Les habitants du Gabon, les Afouroux, les Hoangos, les Pahouins, affilent des lances, des hameçons d’or, sculptent des morceaux d’ivoire.

Parmi les Gabonnais, trois sont, dans leur pays, employés dans une factorerie. Ils comprennent quelques mots de français ou d’anglais, mais vingt autres sont de race beaucoup plus sauvage.

Chez eux, ces indigènes portent un costume extrêmement primitif, composé d’un simple pagne fort étroit en écorce, noué à la ceinture. Les femmes aiment à se parer de rangs de perles, elles en ont aux bras, aux genoux, aux pieds, c’est même avec leur petit pagne, qui n’a pas plus de quinze centimètres, leur seul vêtement. Ce pittoresque costume n’a pas pu être conservé chez nous et on leur a fourni des morceaux de cotonnade rayée qu’elles attachent sous les aisselles. Mais elles ne sont pas contentes, ne veulent pas se soumettre à la mode qu’on leur impose, et il leur tarde de voir partir les derniers visiteurs pour se vêtir, ou plutôt se déshabiller en costume national.

Comme ceux des hommes, leurs cheveux, longs et

crépus, sont patiemment réunis en une foule de petites tresses minces. Pour ornement, elles portent dans le petit chignon du haut de la tête de grosses épingles en ivoire sculpté et deux cornes, qu’elles appellent toudos.

Vingt Adoumos et Okandhos, piroguiers de rOgooué, préparent leurs canots et naviguent sur la Seine. Dix Canaques et vingt Tahitiens et Tahitiennes complètent le personnel exotique réuni autour du grand palais colonial.

Un groupe très intéressant à voir, c’est celui des Pahouins, que quelques centimes plongent dans la joie. Leur allégresse se manifeste par des pantomimes bizarres et un rictus laissant voir une double rangée de dents bien blanches et finement limées en pointe.

Ce petit spectacle est très orignal, mais ne laisse pas que de causer une certaine appréhension, quand on se rappelle que ces Pahouins, ainsi que leurs voisins les Canaques, sont quelque peu cannibales.

Voici, du reste, résumés en quelques lignes, les divers éléments dont se compose l’espèce de foire exotique dont nous venons deparler. C’est d’abord, tout de suite après l’exposition tunisienne, le pavillon de Madagascar, et derrière une reproduction de la tour de Saldé, tout un village malgache, un village alfourou, une case de chef canaque, le pavillon de la Sénégambie, un village pahouin, à côté duquel s’élève la maison d’un colon concessionnaire de la Nouvelle-Calédonie; puis, c’est le pavillon de la Guyane, celui de la factorerie du

Gabon, un restaurant créole, un village cochinchinois devant lequel se trouve le théâtre annamite, enfin l’exposition de nos colonies des Antilles.

LE KOMPANG JAVANAIS

Tout en haut de l’Esplanade est situé le Kompang javanais, où l’on ne pénètre qu’avec un supplément de prix de cinquante centimes. Mais c’est peutêtre là le coin le plus curieux de cette partie de l’Exposition.

Arrivés quelques jours avant l'ouverture, les Javanais ont commencé par entourer leur village d’une sorte de muraille en paille, d’une hauteur de deux mètres, qui sert d’enceinte continue à leur installation. Au milieu sont des cases que nous leur avons vu construire, autant avec les pieds qu’avec les mains, le plus adroitement du monde.

Là vit une communauté de cinquante ou soixante Javanais, hommes et femmes, tous de petite taille, vêtus de costumes qui parfois ont quelque analogie avec ceux que portaient les pauvres gens, en France, sous Louis XV. La culotte courte, surtout, est tout à fait identique.

Dans ce Kompang, les habitants, comme dans les autres villages exotiques, se livrent à leurs travaux ordinaires, font leur cuisine, boivent, mangent, et même quelquefois nous montrent un certain dédain pour ce qu’on appelle, chez nous, la morale publique.

Ils ont des jeux et des spectacles. Des danseuses de Java et de Sumatra se donnent en spectacle,

prenant des poses lascives, et exécutant avec un art infini la plupart des figures qui sont familières aux bayadères de l'Inde. Il en est une surtout qui obtient auprès des peintres, artistes et gens dégoût, un succès de lignes et de plastique qui va heureusement faire cesser l’enthousiasme pour les fatmas idiotes dont on nous rabattait les oreilles depuis cinq ans.

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