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LA GENÈSE DE LA TOUR

Maintenant que nous avons vu la Tour sous toutes ses faces, que nous y avons déjeuné, qu’elle n’a, pour ainsi dire, plus de secrets pour nous, depuis le drapeau jusqu’aux soubassements, les trois quarts de nos lecteurs, au moins, seront avides, certainement, d’apprendre comment elle a été construite, ce qu'elle coûte, par quelles péripéties elle a passé avant d’être l’étonnement et la joie de l’univers, combien il a fallu de tonnes de. fer pour sa construction, etc., etc.

Ce sont ces renseignements qui vont faire l'objet des pages suivantes. Persuadé que le visiteur était d’abord pressé de voir, nous l’avons satisfait dans la mesure du possible. Nous allons le satisfaire encore quand, un peu calmé, il veut, à présent, savoir et ruminer son admiration.

Lorsque l’Exposition universelle de 1889 — l’Exposition du Centenaire, fut décidée, M. l’ingénieur Eiffel proposa au gouvernement d’élever, au Champde-Mars, une tour monumentale de 300 mètres.

On se récria d'abord sur l’énormité de ce projet, mais M. Eiffel sut faire valoir, en sa faveur, de si bonnes raisons, démontra si complètement la possibilité de sa réalisation, qu’il fut adopté en principe;

et l’on décida que « la. Tout Eiffel » serait érigée à l’entrée de l’Exposition, à laquelle elle servirait, pour ainsi dire, de prologue.

Cette conception grandiose était née dans l’esprit de l’ingénieur à la suite des études particulières qu’il avait faites sur de hautes piles métalliques, lors de la construction des deux plus hauts viaducs de France — les premiers débuts de M. Eiffel dans l’impossible — le viaduc de Tardes, près de Montluçon, et celui de Gabarit, dans le Cantal, le premier s’élevant à quatre-vingts mètres au-dessus du sol, et le second à cent vingt-quatre mètres.

Ces études l’avaient amené à conclure théoriquement qu’on pouvait établir des piles métalliques beaucoup plus hautes encore. Et, comme dans notre siècle de science et de progrès, la pratique, faisant des pas de géant, est devenue tout à fait voisine de la théorie, surtout en matière de construction, il résolut d’en faire l’épreuve, la considérant comme immanquable.

Il se présentait d’ailleurs une belle occasion d’étonner l’Europe, conviée à la grande Exposition de Î889.

M. Eiffel présenta ses plans à M. Lockroy qui, disons-le à sa louange, les accueillit sans hésitation, et la construction du colosse fut décidée.

La voilà finie, vous l’avez vue. On peut juger de l’audace et applaudir au succès de l’ingénieur, dont le hardi monument domine non seulement l’Exposition, mais Paris entier, sans l’écraser, toutefois, quoi qu’on ait pu dire, et ce n’est pas ce qu’il y a de moins merveilleux dans l’œuvre de M. Eiffel, que la

robuste élégance avec laquelle la moderne Babel porte jusqu’aux nues ses interminables trois cents mètres. Bien déconfits sont ceux qui nous prédisaient, avec une envie trop peu déguisée, un monument lourd et mal venu. Au moins, la géante du Champ-de-Mars n’a de commun, avec les femmes colosses ordinaires, que les dimensions inusitées de sa taille; elle a, en plus, une beauté gracieuse qui lui concilie tous les suffrages, voire ceux des jaloux Marseillais.

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