LES PREMIERS ARCEAUX
Au-dessus des massifs de fondations s’élèvent les quatre montants d’angle de la Tour. C’est dans la forme de caissons courbes à grands treillis qu’affecte ces montants, forme calculée de façon à résister énergiquement à l’action du vent, que consiste l’invention de M. Eiffel. Cette disposition permet en effet de se débarrasser, dans la construction des piles métalliques, de quantité de pièces accessoires et de diminuer ainsi beaucoup le poids delapile au profit de la hauteur.
Chaque montant offre une section carrée décroissante de la base au sommet, ayant comme dimension maxima 15 mètres et comme minima 5 mètres.
Les pieds delà Tour sont écartés de 100 mètres d’axe en axe. Il existe donc entre eux un vaste espace occupé en partie par un immense bassin de 24 mètres de diamètre au milieu duquel s’élève la fontaine monumentale haute d’environ 9 mètres, de M. Saint-Vidal.
On sait que toutes les pièces de la tour ont été préparées et mises au point dans les ateliers de M. Eiffel, à Levallois-Perret. Voici comment on procédait :
Les planches de fer destinées à l’édification de
la Tour une fois reçues, étaient d’abord dressées, c’est-à-dire rendues parfaitement rectilignes ; après venait l’opération du poinçonnage et les pièces, une fois prêtes à être posées, étaient expédiées au Champde-Mars. La moindre pesait 1.500 kilos. La Tour entière ne pèse pas loin de 7 millions de kilos.
On a parlé d’équipes d’ouvriers spéciaux pour faire le montage de la Tour. A de telles hauteurs, des ouvriers quelconques, croyait-on, auraient eu trop facilement le vertige.
Eh bien! c’est une erreur absolue : la tendance au vertige n’augmente pas avec la hauteur, elle diminue plutôt. Et, de plus, les ouvriers ne travaillent pas dans le vide, mais sur un plancher de 15 mètres de côté au moins. Aussi, n'y a-t-il pas eu d’équipe spéciale. On n’en avait d’ailleurs pas davantage pour la construction du viaduc de Garabit, où les ouvriers travaillaient absolument dans le vide.
MM. Roux, Oombaluzier et Lepape ont songé, pour la construction des ascenseurs de la Tour, dont la course s’opère le long de l’un des montants suivant une ligne inclinée et de courbure variable, à fractionner le piston rectiligne et rigide des ascenseurs ordinaires, et à constituer ce piston par une série de tiges qui viennent s’adapter les unes aux autres et forment ainsi un piston articulé. Cet organe agit par compression comme un piston ordinaire, et il est renfermé dans une gaine qui s’oppose à tout déplacement latéral. Cette gaine de fer est munie de nervures qui servent de chemin de roulement aux galets de guidage dont la tête de chaque tige articulée est munie.
Cette grande chaîne rigide est actionnée par une roue à empreintes située au niveau du sol et autour de laquelle elle s’enroule, à la façon d’une chaîne de drague, de manière à former une chaîne sans ûn supportée par une poulie à la hauteur du premier étage.
L’une des parois de la cabine est reliée à l’un des brins de cette chaîne et suit son mouvement ; l’autre paroi est reliée à une chaîne semblable. La cabine est donc entraînée par un double système de chaînes, agissant simultanément, à la façon du piston des ascenseurs ordinaires, et en outre la plus grande partie du poids mort des chaînes et de la cabine se trouve naturellement et constamment équilibrée par suite de la disposition en chaîne sans fin; de plus, en cas de rupture dans la chaîne des pistons, tous les éléments se trouvant emprisonnés dans une chaîne rigide, le contact de l’un à l’autre a toujours lieu et empêche ainsi toute chute de se produire : tout au plus un arrêt peutil avoir lieu.
Le mouvement est imprimé aux chaînes par un double système de pistons plongeurs de 1 mètre de diamètre et 5 mètres de course, sous l’action de l’eau emmagasinée dans des réservoirs placés à 115 mètres de hauteur. Le déplacement des plongeurs est transmis avec un rapport de 1 à 13 à l’extrémité des dents des roues à empreintes, par l’intermédiaire de chaînes Galle, conduisant des pignons calés sur l’arbre de ces roues.
La vitesse d’ascension sera de un mètre par seconde, et la cabine contiendra 100 voyageurs, qui
atteindront ainsi en une minute le niveau de la première plate-forme.