CONCLUSION
Nous voici enfin arrivés au bout de cette étude, heureux si nous avons pu donner une faible idée de la grandeur de l’œuvre. Pour conclure rappelons ce que disait le Scientific American , en 1874, lorsqu’il fut question de construire à Philadelphie une Tour de 1000 pieds, pour célébrer le centenaire de l’Indépendance des États-Unis :
« Le caractère du projet se rattache au but de son érection ; le centième anniversaire de notre existence nationale ne devait point passer sans un souvenir permanent qu’une Exposition de quelques mois ne peut fournir.
» Il est évident que, dans l’espace de deux années, nul monument d’un aspect si imposant, d’une conception si originale, ne pourrait être construit avec d’autres matériaux que du fer; à tous les points de vue, nous ne pouvions choisir une construction plus nationale.
» Nous célébrerons notre centenaire par la plus colossale construction de fer que jamais l’homme ait conçue. »
Mot pour mot, nous pouvons nous appliquer ces paroles. Le projet américain n’aboutit pas. Mais la grande nation amie de la France ne sera pas jalouse de ce qu'un Français ait réalisé cette grandiose conception.
La Tour de Babel fut autrefois la cause de la confusion des langues et de l’inimitié des peuples. Espérons que « la Tour du Centenaire », les rapprochant sous sa grande ombre, leur fera faire un bon pas vers l’universelle confraternité, cette sublime utopie qui hanta si souvent les rêves de notre grand Victor Hugo.
Post-scriptum. — On frappe en ce moment une médaille commémorative de la Tour Eiffel; c’est M. Levillain qui a été chargé de composer les sujets qui seront gravés sur cette médaille.
La médaille sera offerte au nom du Conseil municipal, d’abord à M. Eiffel, puis à son contremaître et enfin aux ouvriers qui ont pris part d’une façon continue, depuis le commencement des travaux jusqu’à la fin, à l’élévation de la Tour.
Sur deux cents ouvriers qui ont travaillé à la Tour, soixante-quinze restent dans cette catégorie. Cette médaille sera pour eux un titre de noblesse industrielle.