M. CHARLES GARNIER ET SON PROJET
Je suppose, que, revenu de votre ascension à la Tour Eiffel, et malgré l’admiration dont vous êtes pénétré, ce n’est pas sans un certain plaisir que vous retrouvez la terre ferme; vos pieds, en tou-
chant le sol, y puisent, comme Antée, une vigueur nouvelle, et vous êtes ravi de vous mouvoir sous le gigantesque monument.
Pour donner un aliment à ce besoin d’activité, sans accroître immodérément la lassitude bien pardonnable que vous commencez à ressentir, venez visiter, non sans indolence, l’Histoire de l’habitation. Vous savez ce que c’est :
M. Charles Garnier, architecte de l’Opéra et membre de l’Institut de France, a imaginé de bâtir, sur le bord même du Champ-de-Mars, le long de la voie ferrée, une série de maisons appartenant à tous les âges et à tous les peuples. C’est, â proprement parler, une exposition rétrospective des demeures humaines — nous sommes beaucoup pour la rétrospectivité en 1889.
Le malheur est que l’entreprise de M. Garnier ne pouvait réussir autant qu’il l’aurait désiré luimême sans doute. Le champ était trop vaste. Il lui eût fallu la moitié de l’Exposition pour faire quelque chose qui eût un intérêt architectural et historique. Le cadre et l’espace restreint que le directeur lui attribua dès le début, a forcé l’éminent architecte à réduire ses prétentions, et il nous a donné des document un peu tronqués, mais intéressants, car les divers spécimens de demeures humaines qu’il groupe à l’ombre de la Tour Eiffel constituent, en somme, un attrait suffisamment pittoresque et forment une des curiosités de l’Exposition.