AUTOUR DU CHAMP-DE-MARS
J’imagine, ami visiteur, que vous avez l’ambition de tout approfondir dans cette Exposition et que vous trouverez naturel de pénétrer chaque jour dans l’enceinte par une porte différente. O’est le vrai moyen de connaître les plus petits détails. Ainsi, pour cette troisième journée, je vous conseille de prendre le chemin de fer de ceinture. Il vous portera jusqu’à la gare spéciale du Champ-de-Mars, laquelle gare vide sa foule sur la porte nord de l’avenue de Suffren, une de celles, assurément, qui voient chaque jour passer le plus de monde.
Bon, nous voici dedans.
Tout d’abord, rien n’étonne les yeux. A droite sont les bureaux de la douane, voisins eux-mêmes de la manutention. Passons. Mais quel est donc cet édifice rutilant? un bouillon Duval? Malepeste, comme il reluit au soleil. Jamais on ne vit fabricant de potage en un semblable palais. Et pourtant rien n’est plus démocratique. Chaque repas, dans ce res-
taurant, ne doit pas coûter plus de vingt sous, diton. Informez-vous cependant avant de vous risquer.
Mais qu’est-ce que cette profusion de dômes, de flèches, de clochetons, de tours et de tourelles? mon Dieu ! que de fer, que de pierre, que de plâtre, que de briques ! Il est certainement impossible de voir nulle part au monde, tant de surprises architecturales en si peu d’espace. C’est que nous voilà en pleine Amérique. Une émulation incroyable a poussé les républiques sœurs du continent découvert par Colomb à faire plus grand les unes que les autres.
C’est donc ici le commencement d’un véritable tour du monde que nous allons entreprendre et qui, croyez-moi, sera fécond en découvertes. Toute la terre y passera, car toute la terre nous attend, postée sur notre passage. Les nations sont venues à nous, pour nous éviter la peine d’aller à elles et je vous assure que pour la circonstance elles ont pris leurs habits de cérémonie. Néanmoins vos jambes auront fort à faire, mais vous avez déjà le pied marin.
Partons donc, si vous voulez, partons du pied droit... de la Tour Eiffel.
Ne faisons tout d’abord au pavillon des canaux de Suez et de Panama qu’une station très courte. Le premier est connu depuis longtemps, et le malheureux temps d’arrêt des travaux du second diminue un peu l’attrait de cette visite. Par bonheur, l’espérance n’est pas morte.