CAMBRIDGE 38. MASS
5t LES COULISSES
de belles moustaches à M. Mauzurier^ sergent-major commandant le poste des soldante gardes françaises qui faisaient le service de l'Opéra.
Boismaison vit son malheur, le jugea irréparable, et ne pensa plus qu'à la vengeance.
Un soir, au coin de la rue Saint-Nicaise, où était situé rhôtel de FAcadémie, comme on disait alors, il attendit, après le spectacle, le passage des gardes françaises et alla résolument prendre à la gorge son heureux rival. Mauzurier eut d'abord l'idée de tuer sur la place son agresseur; mais sa jeunesse et sa petite taille firent sourire le galant soldat. Sur son ordre, trois hommes détachèrent les bretelles de leurs fusils, attachèrent le jeune furieux et le déposèrent sous le péristyle de l'Opéra, où il passa la nuit ainsi garrotté.
Le lendemain, de grand matin, le sieur Demeru, gardien de la salle, trouva Boismaison, qui avait fait de vains efforts pour se délier, apprit de lui l'aventure de la veille, en rit beaucoup pour sa part, et ne manqua pas d'en égayer tout le théâtre.
Boismaison, bafoué par ses camarades^ eut la fièyre^ se mit au lit, et mourut en faisant un singulier testament.
Il léguait son corps à M. Lamairan, médecin attaché à rOpéra, et qui avait un cabinet dans Thôtel même.
Le pauvre jeune homme priait M. Lamairan de garder son squelette dans ce cabinet^ pour être, après sa mort encore^ près de celle qu^il avait aimée.
Malgré les vicissitudes de TAcadémie royale de musique, les incendies et les autres causes qui l'ont transportée jusqu'à la rue Lepelletier, peutêtre aussi par un respect traditionnel pour la dernière \olonté du jeune figurant, son squelette n'a pas cessé de faire partie du matériel de l'établisse* ment.
Et la vie de théâtre a recommencé pour lui.
Le public a quelques préjugés : il croit que le pied de la danseuse, si élégamment cambré, si
souple, si fort, si gracieux, quand il est revêlu du bas de soie et du chaussou piqué.
Il croit que ce pied nu est une monstruosité ; il slmagine un volume de chair plus ou moins gros, rougie et tuméfiée par un exercice violent et continu, des articulations ossifiées, des doigts tordus en sens contraire, des ongles enfouis dans des replis durs comme la corne, une peau irritée, calleuse et agréablement bigarrée de durillons, de cors et d'ampoules : voilà ce qu'il croit produit par l'étude des enirechals, des piroueltes et des pointée.
Il n'en est rien; on a vu, on a moulé même de charmants pieds de danseuse.
Le public croit aussi que les danseuses, mal réparties du côté des mollets, se font faire des mollets de coton. Cela n'est pas possible, le mouvement des entrechats bouleverserait tout et ramènerait les suppléments sur le devant du tibia.
L'entrée des coulisses de l'Opéra était jadis, comme nous l'avons dit, une prérogative très-re-
cherchée, très-défendue, et que se partageaient les intimes de la maison du roi.
Par suite du système d'entreprise particulière, la concession de ces entrées appartint au directeur, <]ui sut s'en faire un moyen d'administration.
H admit successivement, mais toujours de sa propre volonté et sans créer un droit;, la plupart des abonnés fidèles ou influents de son théâtre. Il étendit cette faveur à des députés, à des pairs> aux employés supérieurs des ministères, aux journalistes, aux artistes distingués, en un mot, à toutes les perionnes dont les rapports pouvaient lui être utiles ou seulement agréables.
Cette combinaison a produit les résultats prévus.
Les coulisses ont cessé d'être une mine exploitée par cinq ou six gentilshommes ridés; mais elles n*ont rien perdu sous le rapport de la tenue et du bon ordre. Des ministres n'ont pas cru déroger à la sévérité de leurs fonctions en venant voir comment se machine le troisième acte de Robert,
Et aucun jeune homme de famille n'est dévenu
fou d'amour pour avoir parlé à une danseuse.
Voici en quoi consiste la jouissance de ces entrées. Une petite porte, placée au bas de Tescalier voisin du côté gauche de Torchestre, est surveillée par un employé gardien de la liste des privilégiés, et communique à trois petits paliers puants^ gras, infectés d'huile, qui conduisent sur le théâtre, à peine éclairé quand le rideau est baissé (1).
Dans la pénombre de ce lieu si magique de loin, si repoussant de près, passent et repassent des formes de figurantes, de chanteurs, de danseuses.
Aux cris du machiniste se mêlent les ricanements niais des petites filles, les gloussements licencieux des petits garçons, les roulades préparatoires du ténor, et les allocutions véhémentes des chefs de service.
Ceux qu'une permission récente vient d'admettre
(1) Aujourd'hui cette topographie est changée : rentrée, parfaitement assainie, est à droite; elle consiste en un petit escalier élégant et ruide qui prend son point de départ dans un vestibule convenable.
dans cette terre promise s^y présentent d'abord avec l'embarras et l'indécision de gens qui surprendraient des femmes turques au bain.
j Errant d'une coulisse à l'autre, ils prennent part
seulement par le sourire aux conversations grivoises que ne ménagent pas les habitués vétérans.
Us sont plus enhardis dans le foyer de la danse.
C'est un ancien salon doré de l'hôtel Choiseul, coupé en deux dans sa hauteur, et dont les pilastres enfumés, les glaces cintrées et les ornements noircis attestent encore la richesse passée. Une pente légère du plancher est destinée à reproduire l'inclinaison du théâtre; tout autour de la pièce sont adaptées des barres d'appui contre lesquelles les sujets dansants viennent se tordre les pieds, se cambrer les reins, se renverser les jambes.
Voyez, pour l'intelligence, le premier tableau du deuxième acte du Diable Boiteux.
Devant la cheminée se tiennent les enfants et le fretin du ballet.
A côte des deux chambranles s'assoupissent^ digèrent, bavardent^ les mère&de ce menu inonde.
N'oublions i)as la feuille. de présence^ sur laquelle chaque figurant mâle ou femelle vient
signer son. nom ou dessiner une simple croix^ s'il y a lieu.
Au milieu de la pièce^ un groupe d'hommes habillés avec soin, le chapeau à la main, chuchotant, riant, semble attendre quelque chose.
Ce sont les habitués. Qu'attendent-ils? L'arrivée des premiers sujets, qui vont s'exercer avant le lever du rideau.
Ces dames tardent le moins possible à paraître.
On les voit venir une à une, descendre avec une grâce étudiée un petit escalier de quatre pas, marcher avec ce déhanchement qui n^appartient qu'aux danseuses, le pied en dehors, tout d'une pièce et chaussé d'une guêtre large qui leur donne assez Taspect de petites poules anglaises blanches.
Ces guêtres sont destinées à garantir le lustre de
leure souliers de satin et la netteté de leui*s bas.
Avec le petit arrosoir qu'elles portent du bout du doigt, en façon de jardinières de Watteau, elles versent un peu d'eau sur un espace de trois pieds carre's; puis, soulevant avec la main la tournure de leur robe, elles envoient dans la glace une œillade générale au groupe qui se tient derrière elles, et les voilà parties s'anondlssant, pirouettant, s'enlevant, travaillant les sourires, les langueurs, les entrechats, pendant cinq minutes.
Ici un peu de repos.
Le groupe d'hommes se disloque, les plus intimes s'approchent et profitent de cette courte halte.
Ce qui se dit, ce qui s'arrange, ce sont des secrets que nous ignorons ou que nous voulons taire.
L'avertisseur vient jeter sa voix de crécelle au milieu de ces gazouillements de femmes et déjeunes gens :
— Messieurs et dames, on commence, (Ce n'est pas vrai.)
Cet incident est utile à celles de ces dames qui veulent couper court à une conversation ennuyeuse ou trop pressante :
Leur réponse est un entrechat.
L'avertisseur revient :
— Messieurs et dames. Von a commencé. (C'est à peu près vrai.)
On défait alors les guêtres, on remet son aiTOsoir à sa mère, à sa femme de chambre, ou à la personne qui est Tune et l'autre, et Ton prend, en se déhanchant de plus belle, en donnant à son corps les saillies les plus déraisonnables, le chemin de la scène.
Le foyer est un salon ; les mères regrettent le temps où c'était un bazar.
11 s'y fait beaucoup de conversations et peu d'affaires; on y parle assez facilement d'amour, rarement d'argent.
Les hommes riches de l'époque penseraient jouer du grand seigneur d'autrefois s'ils convoitaient des danseuses de premier ordre; ils se croiraient des
Guéménëe^ des Soubise^ et se précipitent dans la figurante^ afin d'être aimés pour eux-mêmes.
Vieillards^ ventrus^ catarrheux, goutteux^ ils ont tous cette prétention.
Le personnel des habitués se compose donc des abonnés saillants^ des jeunes gens à la mode^ qui occupent leur soirée avec les petits bruits et les petits faits du lieu.
Quelques étrangers ont été reçus dans les coulisses^ et^ parmi les députés qui ne dédaignaient pas les pompes et les œuvres secrètes du théâtre^ on a souvent compté plusieurs membres de cette nuance qu'on appelle stupidement la doctrine, parce qu'en France il est peu de choses qui ne reçoivent une dénomination imbécile.
Le début dans ce monde nouveau leur a été ménagé par une personne qui s'est attribué l'entreprise générale de leur éducation.
Un accent méridional, assaisonné de gasconisme grivois, une sorte d'œil noir assez provocateur et un nez basque, constituaient toute la séduction.
Celte pauvre personne, bonne fille s'il en fut, remplit avec tant de conscience ses fonctions d'institutrice, qu'on finit par l'appeler le canapé de la Doctrine
Il nous reste à parler des loges de ces dames, dont nous n'avons pas vu une seule, comme on pense.
Une psyché, un divan^ une toilette et des armoires en composent le mobilier nécessaire. En fait d'ornement, des gravures^ le plus souvent des portraits de Vestris, de Gardel> de Duport> de Bigottini.
La loge de mademoiselle No;.. offre une collection complète des illustrations de la danse passée et présente.
Celle de mademoiselle Leg... était un oratoire profane, un boudoir dévot, dans lequel se rencontraient un prie-Dieu et un pot de rouge, un livre d'heures et des rôles de ballet, un bénitier et un flacon d'essence. Dans un enlr'acte, mademoiselle Leg... avait le temps de se sanctifiet et de se dam-
DE L'OPÉRA Ci
ner vingt fois, de se parfumer et de faire le signe de la croix, de réciter trois Ave et de se farder le visage.
Ses camarades iront en enfer, elle comptait sur le purgatoire.
Le corps de ballet est réparti dans des chambres de quinze, dix, cinq ou trois femmes.
11 se pousse là des cris inconnus^ des éclats de rire de l'autre monde*
On chante, on se déshabille^ on médit, on bat les coiffeurs, on désole les habilleuses, et Ton se paye des petits verres de cassis ou de la bière, jusqu'au coup de cloche de Tavertisseur;
Quand la bande est tout entière étuvée> peignée^ vêtue à la moyen âge, à la péruvienne, à la grecque, à la sauvage, coiffée à la mal contenir à l^italienne; paysannes, pages, grandes dames> sylphides, roulent dans les escaliers, à grand bruit, comme deâ pavés de Fontainebleau qu'on décharge sur la voie publique.
De tous ces détails et de toutes ces considérations
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Enfin, dit-on quelquefois, voilà le beau temps! Nous étouffons î
Le mois de mai el le mois de juin ont été, celte année, tels que doivent être, à Paris, de vrais mois de mai et de juin, c'est-à-dire des mois quintcux, humides, changeants, inquiets.
Car on ne sait vraiment en vertu de quelle astronomie, en vertu de quel préjugé poétique, les Parisiens, placés à peu près au quarante-huitième degré de latitude, croient avoir droit à im printemps. Depuis que nous existons, nous avons toujours vu le bon Dieu répondre à cette prétention par des giboulées et de laçrêle; rien ne nous corrige.
A peine nous sortons de la cohue carnavalesque, à peine Musard a-t-il serré son violon dans rétui> à
peine les truffes commenceut-elles à s'aigrir, que nous transformons Paris en un Naples septentrional, le far nienle s'organise^ le grand lazzaronisme commence et se manifeste sous les formes les plus exagérées. Le feu disparaît des cheminées, qui profitent de leur inaction pour souffler des vents coulis; les
bourrelets s'arrachent d'eux-mêmes des fenêtres; les tapis râpés demandent merci, les fourrures deviennent chauves, les salons se ferment, les pianos se taisent, les intrigues s'ajournent, les liaisons se liquident, le délire printanier commence, à cause de ce grand événement végétal :
Les petits pois s'annoncent.
Le boulevard devient une chiata^ les balayeurs ont à peine raclé la dernière neige et donné le der* nier coup de brosse à l'asphalte, que des chaises et des tables de café s'y dressent à la hâte, que des promeneurs débraillés, la cravate lâche, l'œil déjà voluptueux, à la manière des pays chauds, les lèvres cuivrées par le cigare, affectent de se dilater conune s'ils aspiraient ime brise de Portici.
LES SPECTACLES D'ÉTÉ fi7
Les anciens bourgeois de Paris s'étaient loyalement rendus ridicules dans toute l'Europe par leurs parties de campagne aux Prés-Saint-Gervais et leurs dîners sur Therbe.
Depuis la découverte de la couleur locale^ depuis qu'on ne parle plus, qu'on né rime plus, qu'on ne peint plus qu'Espagne, Antilles, Italie, Orient, les badauds modernes, à l'instar des enfants qui improvisent des jardins avec des branches d'acacia, vont se faire, dans un rayon de cinq lieues, des Italies et des Espagnes à leur fantaisie et à leur proportion.
On ne s'imagine pas toutes les illusions créées ainsi pour échapper à cette cuisante latitude de quarante-huit degrés. •
Désormais les maisons de campagne de la petite propriété sont des villas^ dont les toits de zinc s'aplatissent en terrasses, où l'on se réunit le soir pour respirer des rhumatismes.
Dans l'intérieur de ces bouchons italiens, on fume sur les divans, dans des pipes longues comme des
hommes; les arbres des jardins^ quand il y a des arbres, se courbent sous les ondulations des hamacs, au fond desquels d'indolents créoles du faubourg Montmartre commettent des calembours ou chantent le Désert de M. Félicien David.
La transformation du Parisien ne s'est pas arrêtée là.
Depuis la mode des chants de pêcheurs et des barcaroli^s, tout le monde a regretté de ne pas être marin de la Belle-Poule; de là ce goût si singulier pour cette marine d'eau douce appelée canotage.
Le canotage ne peut être ici étudié à fond ; il suffit de dire qu'aux jours de fête les chemins de fer débarquent sur toutes les rives de la Semé environ dix mille homme? très-religieusement travestis en marins; leur chapeau se penche en arrière, repoussé par une touffe de cheveux bouclée au sommet du front; une vareuse grossière flotte sur leur dos; leur col se rabat avec celte giâcc enfantine et pittoresque qui est propre aux matelots ; une ample couche de goudron donne à tout ce déguisement
un vernis et un parfum de Brest, et les chefs d'équipage portent les insignes du commandement, uniforme bleu^ sabre, ëpaulettes.
Qui n'a pas vu, aux stations d'Asnières, de Maisons, de Sèvres, descendre nos Jean-Bart de la banlieue, ne peut se faire une idée de cette innocente démence.
A peine débarqués, tous ces équipages courent à leurs bords respectifs, et passent la journée à ramer, à voguer. Puis, le soir, quand la manœuvre a bien marcbé, quand on a découvert beaucoup d'iles au pont de Neuilly, quand on a exploré toutes les haiesy toutes les ansesy toutes les criques de I Saint-Denis et de Saint-Ouen, on rentre, en se hc-
I lanl de canot à canot, et en chantant des ])arca-
roUes, à moins qu'une querelle de pavillon ne s'al- 1 hune au milieu de la croisière, et qu'on n*en vienne
1 à l'abordage. Alors la gendarmerie est forcée de
faire la coupe pour mettre le holà.
Eugène Sue est cause que la plupart des canotiers s'appellent Flamharls,
11 n'est pas jusqu'à la pêche à la ligne qui n'ait pris des allures romantiques.
Autrefois un pêcheur avait une grande casquette, un panier, une ligne, se posait sur une pierre et attendait la bonne volonté du goujon.
Depuis le tableau de Léopold Robert, représentant les pêcheiu-s de l'Adriatique, les pêcheurs à la ligne se sont aussi composé des accoutrements pittoresques pour guerroyer contre le barbillon; un célèbre pêcheur des environs de Paris, qui est, pardessus le marché, chanteur à l'Opéra, ne sort pour aller jeter sa hgne qu'habillé en Masaniello.
La science de la pêche à la ligne est un trèsvieux préjugé qu'il faut respecter.
On né peut empêcher les pêcheurs accoutrés en Vénitiens de prétendre que le poisson est assez dé- j bonnaire pour aller mordre à leur hameçon de pré- i férence à l'hameçon du pêcheur novice; mais ce qu'on ne saurait trop flétrir, c'est le genre de poisson que fournit la Seine.
H suffit d'avoir regardé en face le monstre qu'on
appelle barbillon^ monstre mou^ blanc ^ visqueux et lippu, pour renoncer éternellement à toutes espèces de matelotes.
Des simulacres de villas, de marine et de pêche ont donc la propriété d'émouvoir, hors de toute mesure, le Parisien moyen, tandis que le Parisien huppé prend la poste à l'approche de ce printemps fantastique, qui ne se déclare jamais qu'au milieu de l'été, qui, lui-même, est toujours en retard.
11 se manifeste ainsi dans toutes les classes une exaltation, un besoin d'impressions méridionales assez défavorables, il faut le dire, aux théâtres, qui, pendant neuf mois, n'ont pas fait autre chose que de marier au dénoûment mademoiselle Henriette et M. Gustave.
Cet étemel mariage de M. Gustave commençant à paraître trop établi, quand les feuilles poussent aux arbres, il faut inventer, pour réveiller l'épiderme du public, des systèmes de frictions trèsénergiques.
De là les alcides, les équilibristes, les ménage-
ries, les nains et les géants qu'on voit se produire sur nos scènes aux lieu et place de nos grands acteurs, qui prennent des congés et vont en été faire ratifier par la province tous les mariages qui ont été célébrés sur les différents théâtres de Paris pendant Thiver.
Chaque année voit apparaître de ces phénomènes caniculaires.
Le public ne se demande jamais comment les directeurs de théâtres se procurent ces lucratives excentricités, qui, la plupart, viennent d'Amérique; il faut le lui dire.
Il existe aux États-Unis des maisons de commerce organisées pour l'exploitation des curiosités. Elles entreprennent les cirques, les animaux, les jongleurs, et en général tout ce qui concerne le spectacle.
La plus célèbre de ces maisons est celle de M. Titus. Le beau nom!
M. Titus voyage bien plus que le Juif errant. S'il connaît dans un coin du monde l'existence d'un
animal ou d'un homme recommandable par sa force, son adresse, sa grâce ou sa voracité, il arrive à grande vapeur sur le lieu désigné , achète, loue ou prend à bail cet objet extraordinaire.
Un itinéraire est tracé, un bill de dépenses fix^, un commis choisi.
Le commis part avec des instructions, et à la fin de sa tournée se trouve exactement à un rendez-vous convenu, pour compter avec M. Titus, à Calcutta, à Mexico, à Londres ou à Paris.
Parmi les occupations qui composent l'existence . de cet entrepreneur, la plus singulière est la recherche des bêtes féroces ; car c'est de ses mains que Carter et Van Amburgh ont reçu ces charmants léopards qui faisaient nos délices et notre ten*eur.
Quand M. Titus a écrit le plan d'une ménagerie, comme un auteur ordonne le plan d'une pièce, on le voit partir pour se procurer les acteurs qu'il a désignés.
En Amérique, sa patrie, il met lui-même la main à la besogne, et quand on le rencontre sur les ba-
teaux à vapeur ou sur les railways innombrables qui traversent l'Union, il raconte très^froidement qu'il est à la recherche d'un boa qui lui manque.
Ses absences sont longues quelquefois^ jamais infructueuses. Il revient toujours avec sa bête, ayant battu les contrées sauvages, vécu, chassé, mangé avec les Indiens, sans être tout à fait mangé.
Quant aux animaux de l'Asie efe de l'Afrique, il ne les chasse pas lui-même ; un émissaire est envoyé à des chefs de peuplades dont M. Titus est parfai- . tement connu ; un rendez-vous est pris, et, au jour fixé, M. Titus vient, avec son argent, prendre livraison des éléphants, des panthères, des crocodiles qu'il a commandés.
Une fois ces individus plus ou moins féroces, mais toujours jeunes, réimis dans un point central, M. Titus les met au collège.
Là commence l'emploi de ces procédés puissants qui domptent la bête et la civilisent : peu à peu la troupe se forme, l'éducation se complète à coups de barre de fer rouge; on règle avec un grand art
et une étude approfondie des contrastes, des groupes où doivent figui^er un tigre rageur, un jaguaicaressant, un lion endormi, une panthère amoureuse, une hyène criarde; et tout ce bétail, une fois en état d'accomplir son roman comique, est dirigé, sous la conduite d'tm Carter ou d'un Van Ambm*gh, vers les pays qui éprouvent le besoin des acteui-s à quatre pattes.
Ces sortes de spectacles sont généralement goûtés en Europe, parce qu'on espère un peu yqjf les conducteurs de bêtes mangés par leur marchandise 3 mais l'on sera toujours attrapé si l'on compte sur ce divertissement : M. Titus répond de ses élèves, et dit hautement qu'il a plus peur d'un chien qu'il ne connaît pas que d*un tigre élevé par lui.
M. Titus a toute l'apparence d'un gentleman; quand il se promène avec ses deux enfants habillés en highlanders, il peut ôtre pris pour un membre du parlement en vacances qui voyage avec sa famille sur le continent.
Il faut remarquer que les Anglais et les Améri-
ricains n'ont jamais l'air de leur état, mais simplement l'air d'Anglais ou d'Américains. Ce n'est qu'en France qu'on cherche à avoir l'air militaire, l'air notaire, l'air peintre, l'air sculpteur, l'air ténor, l'air contre-basse, l'air avocat, l'air poète.
L'entrepreneur de Tom-Pouee, car le général était à l'entreprise, est un nommé Barnum, qui a déployé une véritable capacité dans l'exploitation de ce fœtus.
MlBamum est aussi Américain : tous les Américains sont négociants, et vendent n'importe quelle marchandise, sans distinction et sans préjugé; ils pratiquent hardiment, loyalement, toute espèce de commerce; ceux qui nous ont apporté des tours de force, des jongleries, des animaux, des enfants, laissent tous un bon souvenir de leur droiture et de leur habileté.
Le cirque des Champs-Elysées fait invariablement tourner en rond des chevaux pies qui ont la propriété d'appeler chaque fois la foule.
L'Hippodrome est constamment rempli de phé-
LtS SPECTACLES D'ÉTÉ 77
nomènes ; sauteurs de corde, sleeple-chase, ballons, taureaux, tout lui est bon ; il nous proinet de se transformer en véritable cirque romain. Nous y pourrons voir des chrétiens livrés aux bêtes ! Quelle fortune !
Tous ces efforts tentés sur le public, tout ce remue-ménage de nains, de jongleurs, de sauteurs, de chevaux, de singes, qu'on remarque de mai à septembre, n'a pas d'autre cause que la guerre impitoyable faite aux théâtres par ce globe lumineux qu'on appelle le soleil.
Le soleil est la plus brillante des sept grandes planètes. Toutes les planètes tournent autour de lui : la lune seule montre assez d'indépendance et de bon goût pour s'abstenir de cette rojtation courtisanesque.
Le soleil n'étant pour nous qu'un astre et non pas un dieu, il n'y a aucune irrévérence à lui dire son fait.
11 n'est pas difficile, au reste, de démontrer que le soleil n'est bon qu*à réjouir Mér y, le poète héliomane.
El) un mot, si le blé pouvait venir en serre
chaude, on pourrait tout à fait se passer des caresses brûlantes de ce gros astre aux yeux d'escarboucle, dont la face s'encadre dans une auréole d'allumettes chimiques en combustion.
Il s'agit de compter les bienfaits qu'il répand sur les pays objets de sa prédilection, et de comparer ces pays à ceux qu'il se conteiite de frotter dédaigneusement de l'extrémité de sa crinière ardente.
La peste, le choléra, la stérilité de la terre, la brièveté de la vie, les bêtes féroces, voilà ce qu'il donne aux climats du sud.
Sous son influence, les royaumes croulent, les sociétés périssent, les races dégénèrent, l'esclavage se perpétue.
L'aspect seul de notre Europe suftit pour faire détester son despotisme.
Le Nord est tout entier intelligent, actif, courageux, organisé.
Le Midi, apathique, mou, arriéré, anarchique.
C'est la race blonde qui fait la loi à la race brune.
Pour amener le sexe à notre opinion, nous rap-
^ pellerons que dans l'Orient les femmes se vendent, ^ et que le Nord a enfanté les druidesses, les Norma, les Velléda,
De ces considérations générales^ descendons aux ^ détails de notre vie particulière.
Que gagnons-nous donc, nous aulres Parisiens, aux visites du soleil? — De la chaleui\
Ah ! vraiment, que Paris est beau par un jour de canicule! Ah ! les fraîches émanations qui s'échappent de cet amas de pierres malpropres!
Que cette population glutipeuse est belle à voir !
Ah! les beaux visages rouges et perlés, les beaux cheveux frisés en chandelles, les belles mains gon* fiées, la belle poussière, la bonne asphyxie^ les bons chiens enragés !
Mais le blé n'est qu'à ce prix*
Si le soleil jouissait encore un peu de cette estime qui lui valait la divinité dans quelque pays, et que lui ont retirée depuis longtemps les gens sensés et les véritables épicuriens, on pourrait l'embaiTasser et le confondre à tout jamais par cette simple question :
a Soleil! toi qui te dis vivifiant, toi qui prête » féconder la terre et mûrir ses produits, dis-t» » donc, soleil, pourquoi, par tes propres forces, » n'as jamais pu nous donner de bons fruits et » bons légumes?
» 11 n*y a que les poètes qui mangent de tes gi » nades, de tes figues, de tes pastèques, de tes c » drats, de tes limons et de tes raisins coriaces.
» Nous autres, avec notre artifice, et sans le st )) cours de ton brutal calorifère, nous nous donnoE )) ponctuellement, et sans t'attendre, des petits poi » très-tendres et que tu rendrais durs, des asperge » savoureuses et que tu ferais grimper, des fraise » exquises dont tu pomperais le pai'fum; tâclu )) donc, soleil, dans tes climats du sud, de donner l » tes adorateurs des pêches comme celles de Mon- » treuil, des raisins comme le chasselas de Thomery; » la serre chaude et la cloche de verre sont plus » puissantes que toi; Potel te bat sur le melon. » Jamais le soleil ne répondra.
C'c^t assez parler de végétalioo. Tuute la vie in
LES SPECTAGLKS D'ÉTÉ 81
sUectuelle n'est-ellc pas troublée par le regard ^.discret de cet astre orgueilleux?
Qu'est-ce qu'on fait au grand jour^ si ce n'est des iffaires?
Qui a de l'esprit^ des idées^ des passions^ de la beauté en plein jour ?
De Tappétit même? Qui est-ce qui déjeune, excepté les militaires après la manœuvre?
C'est avec la bougie que les vrais gastronomes éclairent les chefs-d'œuvre de leur sensualité, parce que rien n'est laid comme une sauce vue au soleil. On a voulu créer la mode des matinées dansantes ; les femmes ont fui devant ces exhibitions périlleuses; dans le fait, il n'y a que les paysans qui puissent sauter en plein midi.
La nature elle-même s'enlaidit au grand éclat de la lumière; la verdure n'est belle, les lointains n'ont de mystère et la végétation ne rit que sous le voile des nuages ; le soleil déchiqueté les contours des arbres, durcit les mouvements de terrains, plombe le firmament et dessèche la perspec-
IWe ; il n'y a pas en Italie un paysage qui vaille v
percée du parc de Windsor.
Les adomteurs les plus fanatiques du soleil n'ap-l précient même que son lever et son coucher, c'esvl à-dire le moment où il ne brille pas encore et I$| moment où il disparaît.
Le soleil apporte cependant un bienfait^ qui est ^ le résumé de toutes lea jpoiasanoes :ten.*estres : U paresse.
La paresse! dont on a dit tant de mal^ parce qu'elle ne se défend pas, et qui a été réhabilitée pai* le mot tout philosophique de M. Royei^Gollard.
On déplorait dtivant lui le mouvement des gén& rations modernes, qui s'agitent sans avancer, qui bouleversent tout et ne créent pas, qui travaillent beaucoup pour ne rien faire.
« Ah ! s'écria-t-il, les paresseux sont la réserve » de la France ! »
LES
Jamais^ à aucune époque, il n'y eut moins qu'aujourd'hui de vertus intérieures, de vertus de famille :
Tout ce qu'on donnait à des affections intimes, à des devoirs domestiques, on le reporte sur des ambitions insensées, et tout extérieures.
Les mœurs privées, et surtout les sentiments privés, sont corrompus et viciés; mais les mœurs publiques ont meilleure apparence.
11 y a moins d'tionnôtes gen?, et plus de gens moraux.
C'est-à-dire qu'au temps des plus intolérables tracasseries religieuses on ne compta jamais plus d'hommes soumis à l'opinion de certains autres.
On craignait un peu Dieu; on ne craint plus que la publicité.
^ On aime bien plutôt vivre en paix avec des jour-
naux qu'on redoute, avec des électeurs dont on i besoin, qu'on ne cherchait à mériter Tabsolutioa d'un confesseur commode.
La Charte a fait plus d'hypocrites que l'Église.
Parlons des actrices.
Le temps est loin où mademoiselle Clotilde, la célèbre danseuse de l'Opéra, adorée par le brillant Pignatelli, comte d'Egmont, et par l'amiral espagnol Mazaredo, dépensait quinze cent mille francs par an.
D'abord, qui est-ce qui a encore, et qui est-ce qui donnerait à présent quinze cent raille francs?
L'hypocrisie publique n'encourage que l'usure qui se cache, et ne pardonne plus à la prodigalité qui se montre.
Ce qui fait que l'art dramatique marche à sa perte.
Au produit modestement rétribué, d'un talent remarquable, une actrice ajoutait jadis le produit d'un Anglais follement riche, ou d'un général qui avait fait fortune.
sdm:
Aujourd'hui, ce sont les théâtres qui payent les ritffiï
actrices, comme d'anciens Anglais, comme d'anciens généraux ; tous les entrepreneurs s'y ruineront; c'est pourquoi l'art dramatique marche à sa pei-te.
En attendant, voici ce qui se passe :
A défaut de gens riches, ou prodigues, ou indé-, pendants de l'opinion des chambres et des journaux, l'actrice s'arrange une vie d'épargne et de lésine, un intérieur de prose et d'ennui, et se livre aux tristes et froids détails du pot-au-feu.
Elle se marie.
vain.
ma 'h ïu
Au lieu de rêver un grand état de maison, de riches toilettes, elle abaisse ses regards sur les
charmes d'un petit ménage maussade, mais légi-
time, et l'époux qu'elle choisit, c'est celui qui vocalise le matin avec elle, qui se poignarde le soir pour elle, qui bat des entrechats dans ses jambes, avec qui elle a l'habitude de vivre, de travailler, de
V voyager; avec qui elle confond sa voix, son haleine, qu'elle embrasse, qu'elle tutoie. Elle épouse
f6 LES PETITS MÉNAGES
un acteur^ un chanteur^ un danseur, ou un àé d'orchestre.
Tous deux vivent dans leur coque, utilisent leof mères mutuelles, soit par la cuisine^ soit par la raccommodages, rançonnent leurs directeurs, coarent la province, ramassent des gros sous, qu'à placent à la caisse d'épaigne, prennent du vente et font souche d*huissiers ou d'avocals.
Ou bien, elle ne se marie pas.
Elle écoute son cœur; son cœur lui dit :
Tiens, voilà un ;homme de lettres, spirituel^ il n'a pas d'argent.
Tiens, voilà un jeune homme du monde, élégant, bien né; il n'a d'argent que ce qu'il lui en faut pour payer la stalle d'où il te lorgne.
Tiens, voilà un homme d^affaires, un spéculateur; il ne possède que son cabriolet.
Tiens, voilà un journaliste, un vaudevilliste, ce que tu voudras, tu as le choix; tu peux les airaei-: les ruiner, non.
Et elle aime.
Commence alors un pelU ménage illégitime. Pour
oes unions les deux dots sont réglées : deux cœurs^
C'est effrayant comme on s'aime ! A la différence
des liaisons d'autrefois; qui consistaient en visites
attendues^ et dont les conventions étaient': d'une
part, beaucoup d'argent; de l'autre, peu d'amour,
on se voit sans cesse, on ne se quitte pas, on se voit
trop, et l'on arrête ainsi ses conditions : de Tamoui'
tous les jours; de l'argent quelquefois. '
Vépoux de ce pelii ménage s'identifie avec la profession de son épouse^ et, à l'inverse de ce qui se passait quand l'actrice devenait, par les sacrifices fastueux de son protecteur, en quelque sorlc une grande dame,
C'est lui, au contraire, qui devient acteiu*, plus acteur même que Factrice à qui son existence est Uée.
Quand elle est sur les planches, il respire pour die, parle pour elle, l'accompagne du regard, la souffle quand la mémoire lui manque, s'émeut, s'agite, frissonne, passe du froid au chaud, du rouge
au pâle^ et joue tout seul^ sans interlocuteur^ un drame intime et réel.
A la fin du spectacle, c'est lui qui vient l'attenilre, la couvrir d'une foule d'attentions et de cache-nez, visiter l'agrafe de ses socques, et la hisser, avec ou sans sa mère, dans un fiacre.
Dans les petits ménages^ le cachemire est une fiction, la voiture un mythe; la nourriture est assez bonne : le veau en est la base.
La mode des petits ménages s'est étendue à tous les degrés.
Aux figurantes, on n'adresse même plus de ces propositions frivoles que se permettaient des étourdis ayant de l'or à la poche et du vin à la tête; on propose un petit ménage, ou, pour mieux parler la langue pratique, à!être avec.
Encore plus d'égards et moins d'argent.
Ce n'est phis une actrice, une femme quelque peu formée par une éducation indispensable, par Tétude de la déclamation ou de la musique ; c'est un petit être joli, mais inculte, plein de grâce et d'igno-
rance, d*une ânerie adorable, mais inquiétante pour l'avenir.
On lui cherche alors des maîtres à bon marché, pour lui démontrer que la langue maternelle n'est pas la langue française, et lui apprendre qu'il y a des meubles appelés pianos.
On achète avant tout une armoire à glace, puis un peu de linge, un cachemire français, un manteau tartan, six couverts et un fauteuil Voltaire, dans lequel on s'abrutit le soir à fumer et boire du vin chaud.
Dans tous les petits ménages, c'est Yépoux qui se charge des véritables et sérieux intérêts de sa moitié, c'est lui qui s'occupe des costumes, des rôles, qui menace les directeurs d'une extinction de voix ou d'une entorse, et visite les journalistes.
Le langage de la maison est très-chaste : les vilaines locutions en sont bannies, et le tutoiement n'est même pas risqué devant la belle-mère.
Les petits ménages se voient entre eux, se font des visites qui servent à établir la statistique des autres
petits ménac^e^y à parler de ceux qui se projettent et de ceux qui se rompent.
On arrange des parties de campagne ou de spectacle : ce sont les grands jours; les rivalités de chapeaux et de robes, les jalousies d^ëcharpcs et de bracelets, se mettent à nu, et, après des efibrls réciproques pour mettre en harmonie toutes les toilettes, on s'empile dans des voitures et des loges payées à frais communs.
Le petit ménage se distingue généralement par un air propret à Textérieur; mais Tintérieur en est rendu peu ragoûtant par les habitudes et les manies de la belle-naère.
La mère d'une femme de théâtre est un ôtre auquel ne correspond aucune analogie de l'ordre social :
Elle prend du tabac et en sème partout; dans ses poches, elle entasse mille objets, des fichus décolorés, des clefs, des quatre mendiants, des écheveaux de fil, de vieux journaux, des pots de rouge et des chaussons; ses bas de laine tombent à gros
►lis sur ses chevilles engorgées ; son bonnet coueur de beurre tourne, mal attaché, sur des cheveux mêlés comme du foin ; sa robe, ouverte dans le dos, bâille sur un corset aux œillets arrachés; et tout ce vêtement, qui tient pai' des fils usés, par des cordons précaires, exhale une odeur de chat et de vieux linge.
Elle a l'air de ne s'être jamais habillée ni déshabillée.
Pour sa toilette de ville, elle possède un chapeau couleur de suie mouillée, et un châle dont les franges pleuj^rdes balayent le trottoh-.
Le ton de la mère est grognon; elle allume le feu avec la grammaire de sa fille, et reçoit le linge sur son piano.
Elle cause trop avec la portière, et s'entend avec elle pour donner un sobriquet à V époux de sa fille. En général, les petits ménages sont stériles. On compte aussi quelques petits ménages de hrelies, mais ils sont rares et peu dignes.
U n'y en a jamais eu qu'un de célèbre. 11 est
\ rompu depuis quelques années. C'était un ménage
modèle : on s'y battait et Ton y riait tout le jour La Chaussée-d'Antin a gardé le souvenir de ses querelles et de la gaieté de ses amis.
Toute une génération contemporaine a dépensé sa verve et sa jeunesse dans cet intérieur, où le vin était spirituel et la folie philosophique.
De rétablissement de ces petits ménages sans bruit et sans faste, il faut tirer ces conclusions :
Que souvent Thomme sort de la bonne compagnie sans que la femme sorte de la mauvaise ;
Qu'on ose se donner des vices cachés, durables et à bon marché, et qu'on n'ose pas afficher des vices éclatants, magnifiques et passagers;
Et conmie l'a dit Etienne Bequet,
Que tout célibataire est plus ou moins marié