‹ Les coulisses tableauvaudeville en deux actesChapitre 30 sur 43 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les Mêmes, ANTOINE \

1 Antoine , sous un costume à la Louis XIII comique et faisant une sortie de scène tragique. Ouf! voilà le sccoud acte fini! j’en peux plus!

Air : Je voulais bien, je voulais pas (la Fiancée, .

I * C'cjt éreintant !

C'est assommant!

: Dieu! qu'un début cause de peine!...

| J'ai dit ma seen' tout d'une haleine ;

Malgré mon succès éclatant.

C'est accablant.

C’est assommant !

Dans toute la salle on bourdonne :

J' suis sûr qu'ou dit : Quel mal il t' donne !

Yoyex , ce pauvre débutant,

C’est assommant (bis).

Malgré mon succès éclatant Vraiment,

C'est accablant.

C'est éreintant, - C'est assommant!

* Florigny, Antoine, le Re’gisicur.

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Je n'ai plus une goultc de salive dans la bouche. Je crois que j'ai produit de l’effet; car j'ai joliment criél Eli Lieu! régisseur... franchement, trouvez* vous que j’ai bien été?

LS RÈGISSECR.

Mais oui, mais oui : seulement un peu froid.

ARTOIRE.

L'n peu froid 1 ah J j’adore la plaisanterie!... un peu froid!... je suis en nage, on me tordrait.

Jci le garçon d'accessoire* change les fauteuils, et préparé

une table et du flambeaux qu'il porte sur le théâtre au plan.

flokicry, lui présentant la main.

Mon cher ami, vous venez partager mon emploi; mais je ne vous en veux pas 1 parole d'honneur, je ne serai jamais jaloux de vous.

ARTOIRE.

Vrai? eh bien! c’est d'un bon camarade.

FLORIGRT.

Je suis comme ça; d’ailleurs vous avez pris le rôle d’une manière toute particulière; c’est un tout autre genre, une toute autre couleur.

ARTOIRE.

Oui, je crois y avoir mis pas mal de couleur, malgré l'émotion d'un début; car j’ai eu un fier taff, comme vous dites I D'abord, quand je suis entré en scène, c’est la rampe qui m’a sauté aux yeux et qui m’a fait loucher en plein. Après ça, le trou du souffleur, où j'avais toujours peur de fourrer mes jambes, dans la chaleur de la déclamation. Ensuite tout ce monde, toutes ccs télés qui me regardaient!... c’est-à-dire que dans le premier moment, je ne savais que faire de mes deux bras. On m’aurait obligé de me les ùlcr; je n’y étais plus. Néanmoins, j’avais entamé ma grande scène d’amour, cl déjà je me livrais à tout ce que la passion a de plus cliaud, de plus dévergondé, lorsque des troisièmes part tout-à-coup uu miaulement ridicule, qui m'arrête tout court au beau milieu de ma tirade. Kouin, kouin, kouin. C'était un mioche en bas ûgc qui réclamait sa pâture du soir! Sapcrlotte, j’enrageais eu me disant : A quoi songe donc M. le préfet de police, de ne pas reléguer toas les enfans au-dessous de cinq ans... avec les cannes et les parapluies!

FLoniGRY, en riant.

On s’en occupe.

ARTOIRE.

Joignez à cela les portes de loges qui sifflent sur leurs gonds quand on le» ouvre, et qui vous feraient croire des choses désagréables, si l’on n’était pas sûr de soi.

florigrt, à part.

Ah I il croit que ce sont les portes qui sifflaient !

ARTOIRE.

Vraiment, monsieur le régisseur, faites -moi graisser vos portes, ça vous regarde.

LE RÉGISSEUR

Soyez tranquille, j’espère que vous n’aurez pas long-temps à vous en plaindre.

ARTOIRE.

Tant mieux, encore! tant mieux.

florigrt, avec lequel le Régisseur disparaît dans la dernière coulisse, riant.

Il est à mettre sous verre, le débutant; il est ravissant !

artoire , les regardant s'éloigner.

Us ont l’air très-content... je crois que je serai engagé. Allons, allons, ça va ; j’ai un bon quart d'beurc à moi, je n’ai plus que ma grande scène du troisième acte. ( Il tire une brochure de sa poche.) Il faut que je la repasse. ( Au pompier gui est toujours assis sur le banc d gauche. ) Pardon, pompier, une petite place, s'il vous platl. {Il marmotte en lisant. } « Oui, mon père... oui , c’est votre tils qui embrasse vos genoux! qui embrasse vos genoux... vos genoux. »

Il cluJie plus Las.

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