Bénédictins, Art de vérifier Its dates, p
le geai des plumes du paon : ils portaient un blason usurpé. Charles voulut régénérer la chevalerie ; ce n'était pas un bourgeois timide et marchand qui pouvait suivre l'étendard des comtes allant en guerre : il fallait de braves nobles pour la conquête de l'Italie. Charles mourut à Xaples, dans son palais de Casa -Nova; son corps, un moment déposé en l'église des Dominicains, fut transporté à Aix , où l'on voyait son tombeau à l'église de Nazareth, dépendante aussi de l'ordre de Saint-Dominique'.
L'héritier de Charles fut Robert , créé d'abord duc de Calabre. On vit ce jeune prince dans la cité d'Avignon recevoir l'investiture du pape Clément Y, et presque aussitôt il parcourut la Provence pour s'assurer du serment de fidélité de ses vassaux des villes libres. Quand il eut réuni sa chevalerie, il mena toutes ses forces en Italie; il s'agissait d'assiéger Gênes, qu'il voulait unir à la Provence, et, dans cette expédition , il devait être servi par la rivalité de Marseille etde Toulon contre les Génois. Toute la Provence se leva pendant ce siège, qui dura cinq ans; les banderoles des galères marseillaises s'unirent aux étendards
I. Le testament du roi Charles de Naples est du 16 mai 1308. 11 mourut à Naples, le 13 mai 1309. *
des papes, et il se lit un tel déplacement de vassaux que , lorsque le sénéchal publia son ban de convocation féodale dans le territoire de Toulon, il ne se trouva pas un seul chevalier en état de porter les armes \ Ce dévouement fut récompensé pour la ville de Toulon, qui reçut une charte de commune avec la faculté d'élire ses magistrats, régularisation d'un vieux droit qu'elle avait déjà aux dixième et onzième siècles.
Marseille, que le roi Robert avait servie dans sa rivalité contre Gênes, montra pour son suzerain un grand enthousiasme. On lit dans sa chronique particulière : « Que , lorsque le comte de Provence arriva dans la puissante cité au mois de mai 1319, avec la reine de Naples, sa femme, ils furent reçus sous un dais par le podestat; tous les corps de métiers avec leur s bannières les précédaient ; une foule à pied et à cheval les acclamait partout ; quatre nobles de la ville marchaient à côté du roi, comte de Provence; cinquante damoiselles, toutes velues de beaux atours, vinrent complimenter la reine, comtesse de Provence; cinquante nobles durent rendre le même hommage au roi. Tous mangèrent à la table du festin,
1. Cette revue se fit par le sénéchal, afin d'assiéger Aqua Duhi, en Piémont.
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qui fut brillante comme tout ce que faisait Marseille. » Dans cette cité fut également célébré le mariage du lils du roi de Sicile, le duc de Calabre, avec Akrie, fille de Charles, comte de Valois. Robert ne revit plus la Provence et vint régner à Naples plus de dix années *.
Ce fut une singulière destinée pour la Provence que d'être ainsi toujours rattachée à des seigneuries étrangères, avec cette différence entre les comtes de race catalane, tous nationaux élevés avec les idées et les mœurs provençales (ils en parlaient la langue), et les sires normands, angevins, alliés à la France, à l'Angleterre, que ceux-ci faisaient servir toutes les forces, toutes les ressources de la Provence à leurs folles conquêtes en Italie. Les Angevins enivraient la noblesse provençale de cet esprit d'aventure et de croisade napolitaine qui dépeupla et appauvrit le pays-.
1. Ruffi a décrit cette cérémonie avec son exactitude accoutumée.
2. J'ai mis de l'intérêt à bien fixer la ctuoMoloyie des princes angevins , comtes de Provence :
Béatrix et Charles 124.5-1283.
Charles 11, dit le Boiteux . . 1285-1309. Robert 1309-1349.
Ces règnes très-longs se passèrent à Naples ou en Sicile. J'ai calculé que les trois princes ne résidèrent pas ensemble viiiyt-c;nq ans «;u Pioveiice.
Pendant cette absence des comtes suzerains, les vassalités féodales s'étaient multipliées à l'inlini ; partout dans la Provence s'élevaient de petits châteaux fortifiés, des tours crénelées, avec des juridictions hautes et basses, depuis le Var jusqu'au Rhône : Castellane, au pied des Alpes, comté antique; Bargemont, le pays originaire des Ville-Neuve; Forcalquier*, la pierre précieuse des comtes de Provence, dont les pièces d'honneur écartelaient de gueules à trois pals d'or; Guërs, Hyères, Grasse, parfumées d'orangers, de citronniers dans des champs d'immortelles; la Roche-Bussane, dont les cours de chevalerie étaient si brillantes; Aulps-le-Château, originaire des Blacas, famille célèbre parmi les troubadours; Trets, vieux baronnage; Signe, célèbre par sa galanterie et sa cour d'amour, château d'asile qui recueillit notre famille proscrite; le Beausset (beau site), le Castellet (petit château), jetés sur le flanc des gorges d'Ollioules ; Carpentras, qui fournissait cent hommes d'armes; Mornas,avec ses murs suspendus; Bédarides, la cité des juifs, riches et protégés par les papes; Cadenet, pauvre seigneurie, marquisat antique; Cé-
1. Forcalquier formait un apanage des cadets des comtes de Provence. Le comté de Forcalquier faisait retour aux aînés; ils en prenaient le titre dans les chartes.
reste, fief des Brancas; Caderousse, ville papale; Mirabeau, fief, plus tard acheté par une famille italienne, les Riqueti; Allauch, république, de rudes pastooreaux et montagnards; Lafare, Simiane, Éguille, marquisats, ainsi que Marignane; Martigues, principauté comme Orange : les Martegaux étaient les Béotiens de la Provence, pauvre et crédule population qui portait le poids des railleries avec une joyeuse résignation '.
Telles étaient les belles seigneuries, marquisats, comtés de Provence, lorsque vint s'établir parmi elles une émigration d'Italiens , Génois, Florentins, Pisans, qui, bannis de leur patrie, accouraient chercher refuge à Marseille, à Aix, ou dans les campagnes fleuries d'Avignon. Riches d'écus et de florins, ces réfugiés achetèrent les fiefs, les terres vendues à vil prix après les croisades et les guerres d'Italie. Tandis que la noblesse des vieilles souches provençales, les Castellane, Sabran, Barras, Ville-Neuve, Simiane, d'Agoult, étaient ruinés par les sacrifices faits à leur suzerain, il arrivait des Toscans, Génois,
1. Dans tous les chants marseillais,, les Martcgaux sont jiréseutés comme les liéros d'aventures burlesques : les Martegaux sont toujours étonnùs (fada , simple) ; ceci venait, sans doute, d'une rivalité entre les deux ports et les deux colonies.
Florentins : Riqueti, Alberfazzi, Forbini, Fortia', qui achetèrent des terres, et par leur souplesse ils devinrent les seigneurs considérables de la vieille Provence. Leur origine était-elle pure et élevée? Nul ne le savait; la plupart se disaient issus de haute souche italienne; aventureux et hardis, ils se donnaient les plus nobles titres, les plus beaux blasons, et par exemple les Albertazzi, qui portaient de gueules au loup ravissant d'or : originaire de Montferret, Antoine, leur ancêtre, était venu s'établir en la noble cité d'Apt , oij il épousa Catherine Rogne. De ce mariage, un peu bourgeois, était issue une longue postérité qui acheta les seigneuries de Ner et de Géménos , riches terres au pied des petites Alpes'. Les Riqueti, aventuriers heureux, s'étaient mis au service des comtts de Provence avec un empressement qui leur avait valu la seigneurie de Mirabeau. Quant aux Forbini, leur nom disait assez ce qu'ils avaient été, forbans ou bannis {forbani.hovs la loi). Ainsi était la seconde souche de la noblesse de Pro-
1. Les Fortia se donnaient pour descendants des Sfcrza de MDan ; ils furent Torigine des Kortia de Piles, qui eurent longtemps la viguerie de Marseille.
2. Les Albertazzi s'étaient établis en Provence vers 1360, d'après le livre curieux : État de la Provence dans sa noblesse. Paris, 1693.
venrp, moins pur'\ moins (^le^ée que la première, mais qui, par la tendance des caractères, devait prendre le premier rang. La vieille noblesse provençale gardiait le sentiment d'une dignité tière, de son origine nationale ; la plupart de ses enfants étaient alliés aux comtes de Provence ; les Sabran, lesAgoult', qui portaient pour devise :77o5pitaîité et bonié, marchaient de pair avec le suzerain; ils ne se seraient jamais prêtés à de faciles complaisances. Il n'en était pas ainsi de tous ces Italiens, nouveaux venus d'une grande souplesse et qui s'élevaient à presque toutes les dignités auprès des comtes de Provence. A l'époque de la conquête de Naples, ceux-ci passaient leur vie à Girgente, Castellamare, et ne venaient que par accident dans leur comté héréditaire. Presque toujours la noblesse d'origine italienne servait d'organe à la volonté souveraine du roi de Naples, comte de Provence.
1. Les Agoult faisaient remonter leur origine, par des titres, à Humbert, qui vivait en 903. Le nom Agoult leur venait d'une terre de Agouts (viguerie d'Apt), la cité de grande nob'es.se féodale; leurs armoiries étaient d'or, au loup ravissant d'azur lampassé, armé et vilaine de gueules. Cimier : un loup ravissant, naissant du casque.
LA REINE JEANNE, COMTESSE DE PROVENCE. 1326 à 1381.
Sur un scel en cire jaune pendant à une vieille charte, on trouve l'effigie de Jeanne « par la grâce de Dieu reine de Jérusalem, de Sicile, comtesse d'Apulie, de Provence et de Forcalquier. » La reine est représentée assise sur un trône, ou chaise antique; deux lions rampent à ses pieds, blason de sa race. Jeanne porte la couronne royale au front, le sceptre d'une main , la boule du monde surmontée de la croix dans l'autre: elle est revêtue d'une longue robe qui se déploie avec magnificence et tombe en plis ondoyants. La reine vous regarde de son œil fixe et muet : on la dirait sortie du sépulcre pour reprendre les attributs de la royauté*.