Autour (lu scpI, on trouve cette légende : Joatia Dci
C'est un drame tout entier que la vie de Jeanne reine de Naples, comtesse de Provence. Née en 1325, fille de Charles, ducdeCalabre, petite-fille du roi Robert, ell^avait épousé, à l'âge de sept ans ', son cousin André, fils de Charles Charobert, roi de Hongrie, mariage politique confondant toutes les prétentions sur cette royauté ardemment aimée et que la maison d'Anjou avait conquise à Naples et en Sicile. A quatorze ans, Jeanne était d'une grâce, d'une beauté parfaite, pleine d'élégance dans les formes et d'esprit dans la parole^; elle aimait les fêtes, les plaisirs de la chevalerie sous ce soleil brillant, et Jeanne était passionnée comme le climat. André, élevé dans les sombres forets de la Hongrie, au milieu de ces peuples demi-sauvages, hautain et monacal', prétendait régner par lui-même, en vertu de son droit héréditaire, aussi légitime que celui de Jeanne. Lh
gratia regina Jcrusalcm et Sicilùr, diccaUts Apuliœ , comitissa Provinci.T, Forcalqucri.
1. André en avait huit. Ce n'était pas le mariage, mais une sorte de fiançailles; l'Église n'admettait le mariage qu'à la puberté.
2. Jeanne succéda à son aïeul le 19 janvier 1343; elle avait dix-sept ans.
3. André, que les Napolitains nommaient Andreasso, ne fut pas couronné; il ne portait que le titre de duc de Calabre.
fut une première cause de dissensions et de ruptures.
La reine Jeanne, charmante et facile de mœurs, s'était éprise du prince de Tarente', d'une belle figure anglo-normande, un de ces féodaux qui avaient fait leur lit de chevalerie dans les fiefs de Sorrente et de Castellamare, comme un faucon éperonné dans une corbeille de fleurs. Le prince de Tarente vivait à la cour de Sicile, où il avait si glorieusement brisé des lances. L'amour de Jeanne et du prince de Tarente, ardent et secret, était favorisé par une femme dont l'action mystérieuse apparaît dans ce drame, une vieille Catalane, la pauvre fille d'un pêcheur, du nom de Philipina, simple lavandière d'une grande beauté et que la duchesse de Calabre avait donnée pour nourrice à son fils. La Sicile et Naples conservaient les mœurs de l'anlique Rome, retracées dans les comédies de Plante et de Térence, oi!i la nourrice joue un rôle si actif; et la scagjia andalouse, traduite en provençal :
Lou rey a une nourrice Belle comme lou jour,
se chantait à Naples. Philipina devint toute-puissante en servant la galanterie de la duchesse de
1 U se nommait Lnuis et était de la maison d'Anjou.
Calabre ; elle conserva la même faveur auprès de dona Sancha d'Arafîon, la nouvelle femme de Robert, roi de Naples : dans ces contrées énervées et paresseuses sous le soleil, une esclave affranchie, obséquieuse, devait nécessairement dominer la volonté d'une maîtresse molle et efféminée; Philipina devint en si grande faveur que la reine lui fit épouser le jeune et gracieux Catabana, maître d'hôtel du roi '.
Fortune égal^^mentétrange '.jeune Sarrasin* né en Sicile, esclave acheté par le comte Catabana', il avait inspiré une tendre amitié à son maître, qui lui avait légué, en mourant, son riom et sa dignité. Le roi, également épris de l'esclave, Tarma chevalier de sa main et lui accorda Philipina pour femme. Catabana était devenu grand sénéchal, et la Gatanaise, sa femme, ainsi que le peuple l'appelait, vieillie mais toujours pleine d'ardeur, d'intrigue, fut mise auprès de Jeanne enfant pour la diriger dans sa jeune vie et lui faire connaître les habitudes siciliennes. La Gatanaise
1. Lenglet-Dufresnoy a fait de grandes recherches sur la Catavaise dans une dissertation spéciale : La Catanaise , Histoire secrète des mouvements arrivas au roijavmr de Naples sous la reine Jeanne 1". Paris, 1731.
2. La Sicile était peuplée de Sarrasins, esclaves ou affranchis.