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Jaimes portait le titre de comte de Majorque

par les soins du gouvernement deNaples, laissait la Provence à elle-même; Marseille était redevenue r(''publique libre sous un podestat qui publiait les remarquables statuts pour toutes les transactions maritimes. Aix, Arles, Forcalquier, se proclamaient villes indépendantes. L'empereur d'Allemagne Charles IV crut le moment opportun pour invoquer son vieux droit dans la souveraineté : il vint se faire couronner roi d'Arles K La cité impériale déploya toutes ses magnificences ; la Provence fut pleine de tournois. Les chroniques disent qu'à l'occasion de ce couronnement, on célébra les fêtes des fous^ au milieu des roses et des genêts en fleurs, espèce de saturnale du moyen Age, moitié païenne, moitié chrétienne. Le couronnement de Charles IV fut le dernier acte de la souveraineté des empereurs sur la Provence, qu'ils possédaient comme héritiers des Césars de Rome.

Cette terre était si belle que chacun se la dis-

1. Charles IV était venu à Avignon pour visiter le pape (ann. 1365); il s'était fait accompagner à Arles par le comte (le Savoie et le duc de Bourbon ; il fut couronné par l'archevêque d'Arles.

2. La fi'te des fous ou des innocents l'tait la représentation d'un mystère. Il a été fait plusieurs dissertations sur ce sujet ; elles ont été recueillies dans la collection de Cohen et Leber.

putait coiiime une robe de soie brodée de pierreries! Leduc Leicester, lils d'J']douard Jll, roi d'Angleterre, invoquant les droits d'I^léonore, son aïeule, envahit le Languedoc jusqu'à Nîmes. Le duc d'Anjou, frère de Charles V, roi de France, revendiquait à son tour le royaume d'Arles, qui lui avait été concédé par l'empereur Charles IV ; glorieusement entouré de Gascons et d'Angevins, l'étendard fleurdelisé de France avec lambel fut arboré à Tarascon. iMais la noble chevalerie provençale défendit sa liberté et ses privilèges; elle préférait la domination de Jeanne de Naples, trop éloignée pour être redoutable : on en vit un exemple dans la libre démarche que fit la ville d'Aix auprès de Jeanne. La reine deNaples, trèsprodigue, continuellement aliénait les domaines des comtes; la ville d'Aix, inquiète de ces actes, députa vers Jeanne un des notables, du nom de Rostang, pour la prier de cesser ses dons. La reine-comtesse le promit, et pour montrer sa volonté très-prononcée, elle autorisa les habitants de la commune d'Aix à résister, même par la force, à de pareilles concessions, seraient-elles autorisées par les chartes les plus authentiquement scellées K

1. Art de im/ier les dates, Bénédictins, t. III, p. 248. Édition in-4°.

Dans la Pioveiice, alors si heureuse, les cités jouissaient de leurs droits souverains. La ville d'Arles, livrée à elle-même, put résister aux armes du comte d'Anjou; elle acquit et mérita sa souveraineté et la beauté de ses armoiries dont j'ai j)arlé : d'azur au lion d'or assis et léopardé. Aix, toujours capitale, garda son blason à quatre pals de gueules; elle y ajouta le chef tiercé au premier et à la croix potencée d'or.Tarascon porta d'azur au château d'argent massoné, sablé, accompagné en pointe d'un dragon sans aile à six jambes (dit Tarrasque) de sinople.aux écailles d'argent. Forcalquier porta de gueules à trois pals d'or; Draguignan, de gueules dragon d'argent ; Caslellane, de gueules à un château semé de trois tours d'or; Saint-Maximin, d'or à cinq pals de gueules; Fréjus, d'argent à la croix de gueules;Manosqueécartelad'azuret de gueules, à quatre mains paumées d'argent ;Saint-Remy, d'or à quatre pals de gueules et au chef d'azur; Tretz, d'argent à trois trèfles de sinople; Toulon, d'azur avec croix d'or, à la ditférence de Marseille, qui portait d'argent à la croix d'azur : Toulon, ville de fondation romaine *, devait sa force, ses dé-

1. Toulon avait jiour fondateur le consulaire ïelo Marcius. La cité, ravagée aux douzième et treizième siècles, fut reconstruite et fortiliée par les comtes de Provence.

veloppomenls aux comtes de Provence. Grasse, la cité des fleurs, porta d'azur à un agneau pascal ayant son guidon ou étendard d'argent. Apt porta de gueules à une épée d'or dans son fourreau de sable ; Martigue, de gueules à un château rond d'argent, à côté de deux clefs posées en pal. Nobles images, beaux souvenirs qui reproduisaient les attributs de gloire des cités, comme les blasons des familles rappelaient les vieux exploits dechevalerie, les grandes alliancesdes races! 11 y avait dans les pièces de blason des signes mystiques que les cœurs fiers comprenaient et interprétaient avec émotion dans un pieux orgueil de leur passé liistorique '.

La reine Jeanne continua à gouverner le royaume de Naples et l'Apulie avec éclat; son mariage avec Jaimes d'Aragon dura treize années. Le reine déploya toujours une haute fermeté. Belle encore, toujours ardente, quoique vieillie, veuve une troisième fois, elle épousa un quatrième mari, Othon de Brunswick, de la race germanique, prince jeune et aux formes viriles -.

1. J'ai cherché à rétablir les blasons des antiques villes de Provence avant que la monarchie de France les eût altérés par les fleurs de lis , qui formèrent désormais la base de toutes les armoiries municipales.

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