L'acte signé est du 19 juin
2. Klle fit son entrée à Naples h la fin fl'août 1348. Jeanne
lut ferme, intelligent. Naples lui dut ses principaux monuments , le château neuf qui dominait et protégeait la cité. Le nom de Jeanne devint populaire. Un seul souvenir l'inquiétait, la tourmentait comme un remords : le meurtre du roi André, que l'opinion du monde lui attribuait comme un crime personnel, ou accompli par sa volonté et sous ses yeux.
Tous les actes se faisaient en Provence, au nom de la comtesse Jeanne; elle invita, elle provoqua ses officiers à demander au pape une enquête sérieuse sur le lugubre événement du 18 septembre 1345'. La commission fut acceptée par l'officialité pontificale, qui constata les faits suivants : 1" Jeanne avoua qu'elle n'aimait pas son mari; qu'en vain elle avait voulu vaincre cette répugnance, et que sans doute une sorte de maléfice avait été jeté sur elle; 2" que les conjurés savaient cette haine, et s'étaient servis de son nom royal pour exécuter leur affreuse entreprise; mais que la reine Jeanne n'avait jamais trempé la main dans le sang de son mari. En conséquence, un arrêt de la Cour pontificale la dé-
ne voyait jamais la Provence qu'en passant, et pour lever des hommes et de l'argent.
1. Le procès fut instruit à Avignon avec un soin particulier.
chargea de toute complicité au moins matérielle dans le crime justement flétri et vengé '.
La reine avait besoin de toutes les forces provençales déployées sous son étendard, carNaples et la Sicile étaient menacées d'une nouvelle invasion de Hongrois. Louis revenait à la tête de ses magnats pour reconquérir la couronne qu'il avait déjà possédée; souvent vainqueur, il fut arrêté dans sa marche rapide devant la petite place d'Aversia, où il ne put vaincre et forcer un corps de braves chevaliers provençaux. Epuisé d'armes et de vivres, Louis traita directement avec Jeanne, et reconnut sa souveraineté en assurant son héritage dans la lignée d'André*; il accepta même, comme une vérité constatée, la sentence pontificale qui acquittait la reine et proclamait son innocence.
Joyeux temps pour le royaume de Naples que ce gouvernement de Jeanne, entourée de Provençaux et d'Angevins! Belle et galante, elle établit des fêtes, des processions, des tournois où se passaient les plus nobles scènes de chevalerie.
1. L'enquête fiu tribunal avait duré plus de trois années, et les pièces existent aux arcliives des papes; elles ont été analysées par Baronius.
2. La reine Jeanne avait eu un enfant d'André de Hongrie; il fut reconnu comme héritier, mais il mourut trois ans après.
Les chroniques disent que ce fut une féconde époque pour le royaunne épuisé. La reine délivra le peuple des oppressions tyranniques et féodales; elle comprinna l'anarchie des hauts barons; ses lois, ses institutions furent généreuses; elle promulgua un code fort lumineux de lois civiles ; elle enivra son peuple de beaux spectacles. Jalouse et voluptueuse, elle avança la vie du prince de Tarente, son second mari', qui mourut d'épuisement sous ses ardents baisers. Veuve quelques mois seulement, au mépris des promesses qu'elle avait faites à Louis de Hongrie, Jeanne, insatiable dans ses désirs, épousa un troisième mari, Jaimes d'Aragon-, de la race aimée des Provençaux, l'héritier de la première dynastie des comtes catalans qui avaient laissé de profonds souvenirs en Provence.
Le long éloignement de la reine Jeanne avait produit dans le Midi un renouvellement d'ardeur pour la liberté : noblesse et villes, accoutumées à se gouverner elles-mêmes, s'étaient affiliées dans une confédération. La reine, absorbée
1. Le savant Ruffi ne peut s'empêcher d'un peu de style fleuri, et il dit, à cetts occasion : « Louis mourut peu de temps après, pour avoir voulu paraître plus vaillant champion de Vénus que n'avait été André, premier mari de sa femme. » Le prince de Tarente mourut le 26 mai 1632.