‹ Les cours d'amourChapitre 50 sur 65 · La Vierge de la Ganle est la protectrice îles matelots · texte numérisé non relu

La Vierge de la Ganle est la protectrice îles matelots

OU pèlerinages qui plaisaient à la race voyageuse; l'ermitage représentait la solitude ; le pèlerinage satisfaisait l'esprit errant et curieux; on se groupait en processions à travers les voies, à pied, sur de beaux chevaux ou sur de pauvres ânes, et la foule sillonnait le flanc des pics jusqu'à la chapelle bénie*.

Le valeureux comte Louis, comme sps prédécesseurs, passa sa vie féodale à combattre en Italie, dans la guerre des Guelfes et des Gibelins. Les galères marseillaises le secondèrent dans toutes ses expéditions; et on lit dans les chroniques que pour la première fois ces galères se servirent de l'artillerie du canon'. Trompé par la trahison de ses ennemis nombreux, le comte revint en Provence, où il demeura quelques années. Les historiens disent qu'il fonda le premier parlement. Erreur grave ! i.a cour de justice qu'établit le comte Louis était une simple institution financière destinée à faire rentrer les domaines aliénés: elle se composait de dix conseillers et

1. Les manuscrits du moyen âge reproduisent en miniatures quelques-uns de ces pèlerinages pittoresques.

2. Il y avait presqu'un siècle qu'on se servait de canons. Le savant Du Gange dit que les Français s'en servirent pour la première fois au siège du Puy- Guillaume (1.338). A la hataille de Crécy (1346), Edouard III avait quatre canons. (Voy. Glos-iaire de Du Cange.)

d'un procureur fiscal. Cette cour mit de l'ordre dans l'administration des terres de la Provence et des liefs de la couronne.

Bientôt le comte fut appelé dans son duché de famille (l'Anjou), menacé par une soudaine invasion des Anglais; il marchait vailîamment à la guerre lorsque la mort le saisit ^ Louis II laissait six enfants, trois garçons et trois filles : Louis, René et Charles; Marie, femme de Charks VH, roi de France; Yolande, unie à François de Bretagne, et Nathaire, qui épousa le comte de Genève, tous héritiers et héritières de ses vastes domaines. La loi des grands fiefs consacrait la succession des femmes au même degré que celle des hommes.

Un enfant de douze ans, Louis III, succéda au comte de Provence, sous la tutelle de Yolande, sa mère, de la maison d'Aragon. A peine revêtu de l'armure de chevalier, Louis lit tous ses préparatifs pour une expédition en Italie; il ne vit la Provence que pour recueillir des milliers de florins d'or; il s'embarqua dans le port de Marseille pour l'Italie. Sa noblesse marchait sur Rome; Sforza, le vieux et courageux condottiere, au service du souverain pontife, devait le secon-

1. Louis H , comte de Provence . mourut à Angers le 29 avril 1417.

der. Il y eut des alternatives de revers et de victoire: proclamé duc de Calabre, le jeune comte de Provence quitta deux fois l'Italie et ne la revit que pour mourir à Cosenza, capitale de son nouveau duché de Calabre ' .

Il s'était passé durant son absence de graves événements en, Provence: les Catalans avaient supris Marseille par un coup de main hardi. Le roi d'Aragon venait revendiquer la vieille souveraineté de la Provence, que sa maison avait autrefois possédée. Les Marseillais, un moment soumis, prirent les armes pour secouer le joug; les paysans firent la guerre à coups d'arbalète sous l'ombre des oliviers et des pins. Le monastère de Saint-Victor, protégé par ses hautes murailles, servit d'asile aux barons dévoués à la ville. Dans le territoire semé de châteaux fortifiés, aux Tourres, Saint-Loup, Mazargue , Allauch, il se forma des bandes d'archers, arbalétriers, qui attaquèrent les Aragonais de droite et de gauche, sans répit ni miséricorde. La Provence fut encore libre, après avoir chassé les Catalans, qui l'avaient plutôt surprise que dom|)tée.

1. Louis III mourut le 23 novembre 131^1; il avait épousé Marguerite, fille du duc de Savoie.

Page 1