Cassien était né vers l'an
2. Les îles de Lerins sont situées en face de Cannes et du golfe antique de Napoule; elles portent le nom d'îles de Saint- Honorat et de Sainte-Marguerite: elles sont aujourd'hui un but de pèlerinage pour les antiquaires chrétiens de Marseille.
Provence, le refuge de la population, comme les lagunes de Venise furent une retraite pour les habitants de l'Italie.
Cassien s'abrita dans les murailles de Marseille, où il fit construire le monastère de Saint- Viclor^ dont les tours noircies et ruinées sont encore l'orgueil antique de Marseille. La chapelle de Saint-Victor n'avait pas été la première église construite et consacrée au vrai Dieu; le splendide temple de Diane, sur le promontoire, fut transformé en cathédrale; les marbres de Paros, voués à la déesse, avaient servi à élever les autels dans la nouvelle église qui reçut le nom de Major (la mère, la suprême, la principale)*. Le monastère de Saint-Victor fut construit dans la forme gothique, pour servir d'abri aux compagnons de saint Cassien, qui devaient se défendre contre les barbares : de hautes murailles en pierres carrées, cimentées à la façon des édifices romains, percées de meurtrières, surmon-
1 . Il est dit dans les œuvres de Cassien qu'il avait sous sa règle ou sous sa loi plus de cinq mille moines. Les institutions monastiques de saint Cassien sont fort remarquables; elles ont été publiées et traduites par Nicolas Fontaine. Paris- Lyon, 1663-1667.
2. La Major vient d'être démolie : il eût été bien d'en conserver quelques débris. Dans les choses religieuses, l'antiquité vénérable vaut mieux souvent que la richesse et la beauté des formes.
tées de créneaux, entouraient le monastère. Plus antique encore que les tours était la crypte ou souterrain, aussi curieux que les catacombes de Rome ; car elle ne fut pas pratiquée dans la molle pouzzolane' d'Italie, mais taillée dans le granit, à peine rongé par les Ages. On y descend encore aujourd'hui par un escalier rapide et tortueux ; à droite et à gauche sont la place des tombes destinées pour sépulture aux martyrs : un banc de pierre est désigné sous le nom de confessionnal de saint Lazare; on dit que là le frère de Marthe écoutait l'aveu des fautes des chrétiens qui allaient mourir sous la hache du licteur. L'n peu plus loin se trouve la prison ou le saint fut renfermé, semblable à celle de l'église d'Esnay, où les martyrs de Lyon furent plongés ; quelques figures informes se trouvent encore grossièrement sculptées sur ce mur, et une longue voie se prolonge comme les catacombes du cimetière de Saint-Calixte,àRome.Là, le pauvre sacristain (gardeur de la crypte) vous arrête : « Il y aurait péril d'aller plus loin, dit-il; autrefois ce canal étroit passait sous le port et allait joindre l'église souterraine de la Major. » Ainsi, les premiers chrétiens se comn^iuniquaient,de l'une à l'autre rive, les nouvelles de la persécution'.