Placita de quo warranto, p. 836, col
L'ile de Serk était d’ailleurs considérée comme relevant de Guernesey.
L'île de Serk, fort petite et peu peuplée, était sans importance. Elle ne devait peut-être de n'être pas tout à fait déserte, qu’à l'existence d’une chapelle de Saint-Magloire, desservie par quelques religieux de l’abbaye de Montebourg, qui y possédaient un moulin à eau et des pâturages. — Au xvr° siècle, après la suppression des prieurés étrangers et la Réformation, il n’y eut plus de moines à Serk : bientôt il n’y eut plus d'habitants du tout. L'île, déserte, devint un repaire de malfaiteurs. Le fait est attesté, notamment, par un passage de Rabelais, qui parle à la fois de Serk et de la petite île d'Herm, auprès de Guernesey :
«a Cest, dist Panurge, bien et doctement parlé. Ha, da, da, ne descendons jamais en terre des voleurs et larrons. Je vous asceure que telle est ceste terre icy quelles aultres fois j'ay veu les Isles de Cerq et Herm, entre Bretaigne et Angleterre, telle que la Ponerople de Philippe en Thrace, isles des forfans, des larrons, des briguans, des meurtriers et assassineurs, tous extraictz du propre original des basses fosses de la Conciergerie. Ne y descendons point, je vous en prie. » 2
Pour mettre fin à ce fâcheux état de choses, il n’y avait qu’un moyen, c'était de peupler de nouveau l’île de Serk. Un gentilhomme jersiais, Hélier de Carteret, seigneur de Saint-Ouen, l'entreprit. Il demanda à la reine Élisabeth la concession de l'île de Serk, pour lui et ses héritiers, s’engageant en retour à la tenir toujours peuplée d'au moins quarante hommes. La concession demandée lui fut accordée, à condition qu'il paierait à la reine 40 L. sterl. pour entrer en possession, qu’il tiendrait l’île directement de la reine, qu’elle formerait un fief qui serait compté pour le 20° d’un fief de haubert, enfin qu’il en rendrait une redevance annuelle de 2 1. 108. sterling, payables chaque année à la Saint- Michel. Les lettres patentes par lesquelles cette concession fut
1. Voir sur cet établissement des religieux de Montebourg à Serk une brochure de M. de Gerville : Recherches sur les Îles du Coteniin en général, et sur la mission de S. Magloire en particulier, par C. de G., correspondant de l'institut; Valognes, 1846, in-8°, 45 p.
2. Rabelais, Pantagruel, 1. IV, chap. 66 (édition Montaiglon, t. II, p 423). Ce passage de Rabelais a déjà été signalé par l’auteur d’un article sur les îles normandes, publié dans la Revue des deux mondes, sous la signature € Un exilé de février », en décembre 1849 (p. 965), et par M. Th. Le Cerf, L'archipel des îles normandes (Paris, 1863), p. 309.
faite sont en date du 6 août 1565. Quoique ce ne fût pas, semblerait-il, le rôle de la reine de proclamer elle-même qu’une partie de ses états était un repaire de brigands, ses lettres pour Hélier de Carteret confirment pleinement le témoignage de Rabelais. Elles déclarent que l’île de Serk, déserte et abandonnée, est devenue un repaire où se cachent en temps de guerre les ennemis, en temps de paix les pirates, larrons et autres pareils. Hélier de Carteret était tenu, par sa charte, de faire en sorte que l’île de Serk fût habitée au moins par 40 hommes (viros). Il s'adressa pour cela à ses compatriotes les Jersiais, et principalement à ses hommes de sa seigneurie de Saint-Ouen. Il leur partagea les terres de sa seigneurie nouvelle. Ce furent ces Jersiais qui colonisérent Serk, et c'est d'eux que descendent les Serkiais d'aujourd'hui. Le dialecte qui se parle à Serk est une variété du patois jersiais, et, des divers dialectes de Jersey, celui auquel il ressemble le plus est, dit-on, celui de la paroisse de Saint-Ouen. Les Jersiais entretiennent peu de rapports avec Guernesey. Ceux qui arrivaient à Serk, sous la conduite du seigneur de Saint- Ouen, ne songeaient guère, apparemment, qu'ils entraient dans le ressort de la cour royale de Guernesey. Venant coloniser une ile déserte, il dut leur sembler tout naturel de s’y gouverner comme ils l’entendraient, à la mode de leur pays. Ils ne songèrent donc qu’à se donner une constitution calquée sur celle de Jersey. Le 27 octobre 1579, quatorze ans après la première concession de l’île, Ja colonisation étant achevée, les habitants de l’île s’assemblèrent en présence du fils du seigneur, Philippe de Carteret, et, d’un commun accord, ils établirent une «' cour et juridiction », « pour et afin que les lois, coutumes et usages, d'ancienneté gardés et observés en l’île de Jersey, fussent dorenavant entretenus, gardés et observés en ladite ile de Serk en chaque point ». On créa un hailli de l'ile, douze jurés, un « procureur de la majesté de la reine et aussi du dit seigneur en la dite île de Serk », un « sergent de l'épée » (dénonciateur), un sergent ordinaire, un connétable, un centenier, deux vingteniers ; tous ces officiers furent assermentés séance tenante!. La cour royale de Guernesey laissa faire pendant deux ans, puis s’émut tout à coup. Le 2 octobre 1581, « est ordonné qu'ill sera signifié à Hellier de Cartheret, fermier (sic) de l’île de Serk,