PRÉFACE
On a eu depuis deux ou trois ans une manie singulière : la manie des belles préfaces. Dès que devait paraître un livra traitant d'agronomie, d'astronomie ou de botanique, réditeur disait à Tauteur :
« Votre livre n'a rien d'extraordinaire ; cependant je consentirais à l'éditer si vous obteniez une préface d'un maître.
— D'un maître?
— Oui ; pSiT exemple, connaissez-vous Meilhac, Sardou, Halévy ou Dumas ? Le duc d'Aumale serait encore meilleur.
— Mais c'est très difficile.
— Alors je ne vous édite pas. Vous comprenez que le succès de la vente est possible si nous mettons sur la couverture : ce Précédé d'une préface de M. ***, de TAcadémie française » ; autrement nous ne vendrons pas cinq cents exemplaires. On n'achète plus que les romans pimentés et les livres qui ont une belle préface. »
Il arrivait parfois que l'auteur, étant en relations plus ou moins intimes avec un académicien, le guettait au passage, dans un couloir de théâtre ou en soirée.
« Cher maître, vous pouvez me sauver la vie!
— Comment?