II , PRÉFACE
— On ne m'éditera un livre destiné à révolutionner la science que si j'obtiens une préface de vous.
— Une préface!... Cest que....
— Voyons, un petit bout de préface, un tout petit bout de préface! Qu'est-ce que cela vous coûte? »
On a beau être académicien, on n'en est pas plus cuirassé pour cela contre les dangers de la presse. Un monsieur que l'on connaît à peine et qui vous demande un bout de préface, comme ce serait tentant de l'envoyer promener! Oui; mais s'il est influent et qu'il devienne Un ennemi? Autant promettre la préface. Promettre n'est rien, tenir est autre chose.
Je mê trouvais précisément l'autre matin chez un de mes amis qui est de l'Académie française. Je ne vous dirai pas qui; cherchez le plus charmant. Il était à sa table, la tète dans les niains, comme un homme désolé qui poursuit des idées récalcitrantes. Ses traits respiraient la sôufirance d'un patient qui va se faire arracher trois dents du fond chez un dentiste américain et qui attend l'heure de l'extraction.
ce Mon Dieu! qu'est-ce que vous avez aujourd'hui?
— J'ai promis une préface.
— Pour qui?
— Je connais à peine l'auteur, et je n'ai pas lu son livre, bien entendu.
— Aïe! je comprends votre martyre.
— Vous pouvez me plaindre , vous ne me plaindrez jamais assez! »
Et il me fit comprendre la férocité des quémandeurs de préfaces s'adressant à un auteur qui forcément, par le simple complément de sa signature : «... de l'Académie française »,