LE HARAS DE LONRAY
La terre de Lonray est située à 5 kilomètres d'Alençon, dans le département de l'Orne et dans le voisinage du Merlerault ; elle possède ces prairies, les plus riches de France, dont la célébrité remonte aux époques reculées de notre histoire. Sa contenance est d'environ 900 hectares, dont 3oo sont entourés de hauts murs en granit, qui servent à enclore un vaste parc d'aspect anglais, au milieu duquel se trouve le haras.
Le château, de style Louis XIII, est entièrement entouré de larges douves à eau courante. Bâti il y a plus de dix siècles par les Neuilly, bâtards et écuyers des seigneurs d'Alençon, il a successivement appartenu, ainsi que le rapporte M. du Hays, à plusieurs familles illustres. Aux Silly ont succédé les princes de Goyon-Matignon, Colbert, Seignelay et les Montmorency.
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Puis, ainsi le voulut le destin, il passa, il y a plusieurs lustres, entre les mains de M. de Seraincourt, qui le restaura et contribua à en faire une des plus belles et agréables demeures de France. Il voulut également y établir une jumenterie, mais la mort vint le surprendre avant qu'il eût pu donner suite à ce projet. Ce fut l'un de ses amis, M. Armand Donon, qui, devenu propriétaire de ce domaine, y fit construire le haras et aménager les prairies avec un soin tout particulier, ne négligeant rien, depuis près de trente ans, pour arriver à perfectionner son élevage.
Les produits de Lonray, à l'origine, en i863, passaient, par suite d'un accord, à l'âge de dix-huit mois dans l'écurie de courses de M. le duc de Morny et revenaient, à l'âge de cinq ans, à M. Donon, qui conservait un intérêt dans les prix gagnés par eux.
Après la mort du duc de Morny, le même contrat fut fait avec M. le comte de Lagrange, qui avait associé M. Donon pour une part dans son écurie; puis l'on créa une Société qui exploita elle-même les produits et dans laquelle figuraient MM. Armand Donon, le vicomte Paul Daru et A. Staub.
Par la suite, M. Donon redevint seul propriétaire de tous les chevaux, avec son fils, M. Pierre Donon, sous les couleurs duquel ils courent actuellement.
Il faudrait entrer dans de longs détails pour décrire l'intérieur du château, ses chambres et ses salons garnis de meubles anciens et de tableaux de maîtres ; je veux citer toutefois la bibliothèque, occupant une vaste salle de style Louis XV, aux boiseries blanches aménagées pour contenir les 7000 volumes qui la composent, et la chapelle, située au premier étage, au haut d'un large escalier conduisant aux appartements. Le château est relié à Paris par le télégraphe, avec un bureau spécial ; il communique, à l'aide du téléphone, avec le haras, qui en est distant de quelques centaines de mètres.
Il y a près de trente ans que le stud-groom Forget, qui le dirige encore aujourd'hui, arrivait à Lonray avec deux poulinières, Blétia et Ne m* oubliez pas. Dans le courant de la même saison,
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Péronnelle, Fidélité, Aima, Belle Angevine, venaient se joindre aux précédentes.
C'est un produit de Péronnelle, Péripétie, par Sting, qui porta pour la première fois en public les couleurs du nouveau haras ; et Ton se souvient qu'entre autres succès, elle gagna le prix de Diane, en 1869, battant Cerdagne et L'Oise. Aux noms de Péripétie et de Perplexe, dont Lonray se fait gloire, sont venus s'ajouter ceux du Destrier, de Stockholm, d'Alphonsine, d'Escogriffe et de Sttiart,
Il fut un temps où chaque année M. Pierre Donon envoyait trois ou quatre poulinières en Angleterre pour y être saillies par les étalons de tète de ce pays d'élevage par excellence ; mais ce système avait de grands inconvénients et offrait des risques sérieux. Aujourd'hui les juments sortent peu du haras, et sont présentées au Destrier, à Escogriffe ou à Stuart, qui se montraient si bien, côte à côte, à l'Exposition internationale chevaline de 1889.
Les logis des étalons sont luxueux et des plus confortables.
Dans les récents travaux exécutés au haras pour le développer et l'embellir, on leur a construit des boxes élégants, dont les murs sont recouverts de panneaux en bois vernis, ornés d'une large bande rayée lilas et noir, aux couleurs de l'écurie ; sur le fond, formé de briques rouges, est un fer à cheval portant le nom de l'étalon.
Les autres boxes sont au nombre de soixante, on en a construit de nouveaux tout dernièrement pour les produits de dix-huit mois, formant un corps de bâtiment séparé.
Les poulains et les pouliches ont chacun leurs prés, où ils sont lâchés du matin au soir : pendant l'hiver, ils habitent des prés élevés et secs ; pendant l'été, au contraire, on les transporte dans les prairies ombragées et traversées par une petite rivière nommée La Briante.
Les poulinières vides ont aussi leur paddock, les juments suitées en ont également plusieurs. Les meilleures poulinières à citer sont Stockholm, née à Lonray en 1880, par Caie/ et Stockhausen ; elle a produit Solitude par Le Destrier en 1887, vide en 1888,
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Sahel par Le Destrier en 1889. Stockhausen, par Slockwell et Ernestine (importée), née en 1867, a produit Stockholm par Cadet en 1880, Sapristi par Trocadéro en 1881, Stromboli par Le Destrier en i883, iSjro/> par Le Destrier en 1884, Stuart par Le Destrier en i885, Soliman par Le Destrier en 1886, Symphonie par Pérégrine en 1888. Constance, par Consul et Corinne, a donné Constantin par Zm/ en i885, Carmosine par Caterer en 1886, C4- /fne par Le Destrier en 1887, C«//>a par Le Destrier en 1888. Ferveine, par Braconnier et Vestale, a produit Ffce Fer^a par Le Destrier en i885, Foict par Greenback en 1887, Velours par Le Destrier en 1889. Céréale, née à Lonray, en 1876, par £^o/e // et Céramique, a produit Cassiopée par Caterer en i883, Clarinette par Le Destrier en 1884, Cascade par Le Destrier en 1886, Ca/>- /ain Cocktail par Le Destrier en 1887, Chansonnette par -E^éogriffe en 1888, Coriolan par Le Destrier en 1889. L^//a (importée), née en 1869, P^ ^^/ ^^ Braxey, a donné Escogriffe par Caterer en 188 1, Extra par Trocadéro en 1882, Étendard par Le Destrier en i883, Étoile par Le Destrier en 1884, Elle- Même par Caterer en i885, Eventail par Le Destrier en 1886, Esbrovffe par Péré- ^rme en 1888. Khabara (importée), née en 1877 par Hennit et Sultana, sl donné Korrigane par Le Destrier en 1886, Kivalapar Le Destrier en 1887, Kairouan par Le Destrier en 1889. Cette poulinière vient de chez M. Chaplin et a été payée 3o 000 francs. Couniess of Salisbury (importée), née en 1873 par Knight of the Garter et Adeliz, a donné Sultan II par Le Destrier en 1886; elle est morte l'année suivante. Léoline (importée), par Fermott/ et Léonie, vient de chez M. le duc Hamilton; elle a donné Léopard par Stracchino en 1882, Lionne par Hermit en 1884, Lorédan par Le Destrier en 1886. ye55/e (importée), par /îTfn^ 0/ 5cof 5 et Nelly-Hill, a produit Joyeuse par Le Destrier en i883, Jovial par Le Destrier en 1884, Jactance par Le Destrier en i885, Jonciole par Le Destrier en 1886, Juliette par Greenback en 1887, La Jeunesse par Brwce en 188S, Junior 'paiv Escogriffe en 1889; elle était pleine par Stuart en* 1890. La Flandrie, par Vertugadin et Slapdash, a produit F/am^o/an/ par Caterer en 1884, JV. ie /a
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Flandrie par Le Destrier en i885; elle est morte en 1886. Clé-mentine, par Mortemer et Régalia, a été achetée 40 000 francs à l'amiable, après la vente du comte de Lagrange ; elle a produit Z.e Connétable par Rayon d'Or en i883, Coppélia par Le Destrier en i885, Camélia par Le Destrier en 1887, Carrousel par Esco^ griffe en 1888, Mlle de Lonray par Le Destrier en 1889. Clémentine a obtenu le premier prix des poulinières à l'Exposition internationale chevaline à Paris en 1889. Péripétie^ née à Lonray en 1866 par Stinget Péronnelle, est la mère de Perplexe par Vermout; elle a, dans les dernières années, donné Pénélope par Ca tereren i883, Prédestinée par Le Destrier en 1884, Porte-Plume par Catereren 1 885, La Poupée par Pérégrine en 1888; elle était pleine par Stuart en 1890. Alphonsine, née à Lonray en 1878 par Flageolet et Aima, a donné Aliboron par Caterer en 1884, ^rcen-Ciel par Archiduc en 1887, Auréole par Brwce en 1889. La Dheune, par Black-Eyes et Furie, est la mère du Destrier, par Flageolet, Cette jument, âgée de vingt et un ans, a sa légende à Lonray. Elle avait été prise pendant la guerre de 1870 par un officier prussien, qui se proposait d'en faire sa monture. Dès qu'elle le sentit sur son dos, elle le désarçonna. L'officier la reprit et remonta en selle. La jument partit alors à fond de train et, marquant un violent écart, lança à terre pour la seconde fois son cavalier, qui, n'ayant pas lâché la bride, parvint à l'arrêter. Ce fut en vain cette fois qu'il essaya de se remettre en selle, la pouliche se débattant à outrance. Dans un accès de colère, le uhlan tira son sabre, lui en appliqua deux coups sur les genoux et la relâcha dans la campagne. C'est dans cet état, et pouvant à peine se traîner, qu'elle revint au haras, où les soins les plus empressés lui furent prodigués, comme bien on pense.
J'ai à citer encore, parmi les jeunes poulinières : Prenez- Garde, par Flageolet et Péripétie ; Spinning-wheel, par Julius et Happy- Wife ; Sapristi, par Trocadéro et Stockhausen ; Diaprée, par Rayon d'Or et Doucereuse ; Pénélope, par Caterer et Péripétie; Prédestinée, par Le Destrier et Péripétie; Lionne, par Hermit et Léoline, Comme il est impossible d'avoir de bonnes prai-
ries sans bêtes à cornes, on fait à Lonray l'élevage des durhams ; on y aperçoit aussi des troupeaux de vaches d'Angus, importées d'Ecosse, au poil long:' et noir, sans cornes et d'un aspect absolument sauvage; tous les animaux remportent chaque année des prix dans les différents concours régionaux, mais ce n'est lu
(D'après une photographie de M. Delton.)
qu'un accessoire pour cet élevage oii le cheval est roi, ei où l'on ne s'intéresse qu'à lui.
Comme partout ailleurs, les naissances sont le grand événement du haras; on pronostique sur les performances futures des nouveau-nés, sur leurs exploits et la gloire qui les attend : à Lonray comme ailleurs, on n'est point insensible aux charmes de cet innocent passe-temps, tout en ne l'employant qu'avec réserve; mais c'est avec impatience qu'on attendait les premiers fils de Stiiarl.