LES HARAS DE VILLEBON ET DE LA CELLE-SAINT-CLOUD
A quelques minutes de Palaiseau, le haras de Villebon se trouve en pleine campagne, sur la hauteur, d'oia la vue s'étend au loin et domine une riche vallée.
Les herbages du haras sont devant le château, en ce moment inhabité, et dont la silhouette blanche se dresse, triste et solitaire, et contraste avec le ton vert des prairies qui l'entourent de toutes parts. •
Villebon a déjà son histoire. Fondé en i858 par le baron Nivière, le haras vit naître plusieurs grands chevaux : Géologie, puis Gontran, qui enleva la Poule d'Essai et le Derbj* en i865; Surprise ,' mère de Sornette, Finlande.
Après la victoire de Gontran, le baron Nivière céda Villebon et son écurie à M. Laffitte, associé de Khalil-Bey, qui fit courir sous le pseudonyme de major Fridolin. Les successeurs du baron Nivière furent plus heureux encore que leur devancier, et l'année 1870 vit le triomphe de leurs couleurs dans la plupart des principales épreuves : Sornette gagna le prix de Diane, la Grande Poule des Produits et le Grand Prix de Paris, où elle était montée par Charles Pratt, et Bigarreau, complétant l'heureuse série, enleva le Derby; Ferragus, Gitano, Gourbi sont également des élèves du haras. Puis M. Malapert eut quelques années Villebon ; il vendait tous ses produits au comte de Meeûs, qui en 1879 prit le haras avec le baron de Cartier.
M. Edmond Blanc l'a loué pour en faire une succursale de la Celle-Saint-Cloud .
Le haras principal de M. Edmond Blanc se trouve à quelques
OR
minutes de Paris, entre Vaucresson et Versailles, non loin des bords fleuris qu'arrose la Seine. Son altitude, plus élevée que celle de la terrasse de Saint-Germain, en fait un point stratég-ique, qui fut occupé par des batteries prussiennes pendant la guerre.
Plusieurs sportsmen connus l'ont possédé depuis quelques années : M. le baron de Schickler, puis M. Delâtre, qui en a été le principal créateur.
Associé avec M. Nanquette avant la guerre de 1870, il fit l'acquisition de plusieurs chevaux de mérite, entre autres Dutch-Skater et Cerdagne, Un étalon, sur lequel on fondait des espérances que l'avenir a déçues, Marksmàn, y vint ensuite faire la monte.
De sa vieille réputation il ne reste plus aujourd'hui qu'un lointain souvenir.
En se séparant de M. Nanquette, M. Delâtre garda quelques années la Celle-Saint-Cloud, qu'il céda à M. Edmond Blanc après la victoire de Frontin dans le Grand Prix de Paris.
Chaque haras a son style et sa physionomie particulière : Bois- Roussel est champêtre et rustique; Meautry brille par le luxe; Avermes est vaste et confortable; le haras de la Celle-Saint- Cloud est petit et coquet.
Entre un herbage réservé aux poulinières et une prairie où des yearlings font leurs premiers galops, on traverse un jardin anglais, agrémenté des massifs les plus artistiquement fleuris.
Le haras de la Celle-Saint-Cloud respire ainsi un air de gaîté qui le distingue à son avantage.
Nubienne est une des gloires de la maison. Elle est grande lauréate de Longchamp et de Chantilly avec deux victoires, dans le prix de Diane et le Grand Prix de Paris, où Salieador ne put lui opposer qu'une faible résistance.
La victoire de Nubienne fut le signal de réjouissances dont on n'a pas oublié le souvenir. Les échos de ki Chapelle-en-Serval résonnent encore du bruit des chansons de cette fête, qui aurait pu avoir son pendant après le prix du Jockey-Club, gagné par CloYcr,
On trouve à la Celle-Saint-Cloud des poulinières de toutes les
origines et de tous les pays, triées avec un soin qui dénote un grand discernement chez le jeune éleveur qui les choisit.
Il suffit, pour s'en convaincre, de citer les noms des juments envoyées par M. Edmond Blanc à la dernière exposition chevaline du Cours-la-Reine. Le lot se composait de : Asta, par Cambtislang txLady Siiperior; Échelle, par Trocadéro et Orpheline i Euxine, par liing-Tom et Varna ; FrivoU, par George Frédé-
Princess Catherine.
(D'après une pholographie de M. Dellon.)
rick et Madame Èglanline; Galopade, par Galopin et Lextia; Gladia, par Tournametit et Garenne; Hermila, par Hermit et Affection; Modesl-Marlha, par Holy-Friar et Mangosteen; Nubienne, par Ruy-Blas et Nice; Perçante, par Dollar et Parllelt; Porcelaine, par Cymbal et Planète; Rêveuse, par Perplexe et Rêverie, quatrième prix des poulinières; Swift, par Kingcraft et Sycée; Tarlatane, par Mars et Tartane; Tilania, par Pero Gomez et Charade; Violette, par Ferragus et Feronie. On doit à M. Edmond Blanc trois importations d'étalons très précieuses pour notre élevage.
PRINCIPAUX ETABLISSEMENTS D ELEVAGE. I2Q
D'abord Scottish-Chief, un des plus célèbres étalons de son époque ; Scottish-Chief^ par Lord of the Mes et Miss-Ann^ eut entre autres produits Marie Stuart. Né en 1861, Scottish-Chief était âgé de vingt-deux ans quand il arriva à la Celle Saint-Cloud ; c'était un sang précieux à introduire dans un haras qui se créait. La preuve, c'est que deux des meilleurs chevaux que l'Angleterre nous ait montrés ces dernières années, Melton et Donovan, sont issus de filles de Scottish-Chief. Il a laissé en France deux générations avant de mourir, et parmi ses produits se trouvent des poulinières dont on est en droit de bien augurer. A Scottish-Chief succéda Energy.
Né en Angleterre en 1880, ce brillant descendant de Sterling a fourni une carrière de courses des plus remarquables; pendant jaquelle il affirma sa grande qualité en battant les meilleurs sujets de son époque, entre autres Tristan et Bendigo. Après une année de monte dans son pays, chez le capitaine Matchell, il fut importé en France par M. Edmond Blanc en 1886.
Il est mort au commencement de 1890. Cette perte est d'autant plus regrettable pour notre élevage, que ses débuts d'étalon semblaient lui assurer un magnifique avenir. Ses premiers produits de deux ans avaient gagné l'année dernière près de .5oooo francs, et dans les productions suivantes se trouvent des poulains d'une grande valeur. Il était chez nous l'unique représentant du sang si précieux de Sterling. Energy avait obtenu le premier prix des étalons de pur sang à l'Exposition internationale de Bruxelles et le second prix, dans la même classe, à la grande Exposition du Cours-la-Reine, à Paris, en 1889.
Pour combler le vide que lui causait la perte de son étalon Er^rgx, M. Edmond Blanc a acheté à lord Bradford l'étalon Retreat, L'origine de Retreat est des plus remarquables : il est fils de Hermit et de Quick March (la mère de Bug le Marché Manœiivre, Battlefield, Quick Stream, etc.), par Rataplan et Qui Vive (propre sœur de. Vedette), issue de Voltigeur, et Mrs. Ridgway par Birdcatcher,
Il réunit ainsi le sang de Hermit, le plus illustre des étalons.
l3o LES COURSES DE CHEVAUX.
de cette dernière période, au sang- de Stockwell, propre frère de Rataplan, et à celui de Voltigeur, dont la descendance a fourni les grands vainqueurs de Tannée dernière : Donovan, Signorina et Semolina.
Les performances de Retreat n'ont point démenti cette illustre origine. Né en 1877, il a gagné, en 1881, les Royal Stakes a Epsom. Peu après, il arrivait premier dans les Ascot Stakes (3200 mètres), mais il était distancé pour avoir bousculé un cheval dans la course. Il gagnait cette même épreuve Tannée suivante, portant 64 kil., puis il remportait, sur 1600 mètres, le Rous Mémorial à Ascot, et le Doncaster Cup de 4200 mètres, sous le poids de 57 kil. Il a été entraîné jusqu'à l'âge de six ans, se montrant bon sur toutes les distances et faisant preuve d'une grande endurance. L'importation de Retreat est d'autant plus intéressante pour notre élevage que, depuis la mort de Saint Louis, le sang d'Hermit est représente en France seulement par deux étalons, Gamin et Tristan.