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LE DUC DE HAMILTON

J'ai presque chaque hiver la bonne fortune de rencontrer sous les palmiers de Monte-Carlo un amoureux de soleil, qui est en même temps le plus aimable sportsman que j'aie connu, le duc de Hamilton.

Je ne saurais dire le nombre de souvenirs agréables qu'éveille

en moi la rencontre du seigneur anglais, qui fut une physionomie parisienne à Theurèuse époque où la grande vie battait son plein!

Nous nous rajeunissons volontiers de vingt ans et nous bavardons. Le duc a toujours son même type particulier, sa même tournure, la même finesse de sourire. Il a peu changé.

« Qu'est-ce qui vous amuse le plus maintenant?

— Voyager. »

Il a de temps en temps de légers accès de goutte.

« Je m'en vais dans la mer Rouge, et le climat les fait passer. »

Bien que je ne doute pas de l'efficacité du remède, je ne me hasarde pas trop à le recommander, car il n'est pas à la portée de toutes les bourses.

Vous ne voyez pas, par exemple, le premier bourgeois venu allant chez son médecin pour un rhumatisme et celui-ci lui disant :

« Rien de plus facile que de vous en débarrasser : il vous suffira d'acheter un yacht de 3oo 000 francs et de vous tremper dans la mer Rouge. »

A part la navigation, le noble yachtsman aime toujours les courses.

Naturellement, c'est un plaisir dont on ne guérit pas facilement.

Nous parlons du bon temps, de l'époque de Lamplugh, qui était bien pour un grand propriétaire le plus merveilleux entraîneur qu'on puisse rêver. C'était un étonnant cuisinier qui préparait un succès à son maître, comme Vatel préparait un morceau de venaison.

Il le servait sur un plat d'argent, et il n'y avait plus qu'à le savourer. « Mylord, disait-il, vous pouvez mettre n'importe quelle somme sur votre cheval ; il est sûr de gagner. » Ça ne manquait jamais.

Malheureusement les Lamplugh sont rares. Celui-ci mourut à Bade, dans la villa Hamilton, que possédait la mère du duc. Il fut d'abord remplacé, si j'ai bonne mémoire, par Page, qui avait été un excellent jockey, mais qui fut un piètre entraîneur. La

casaque rose et gris perle n'eut plus la même fortune. Elle se releva cependant entre les mains de Planner, et poursuivit encore une carrière brillante.

Pas plus qu'en Ang-le terre, le duc n'eut jamais chez nous ce qu'on peut appeler une veine carabinée. Il compta d'assez bons chevaux, comme Gouvernail, qui gagna la Poule d'Essai et fut un grand favori dans le prix du Jockey-Club, gagné par Suzerain; Little Agnès, qui gagna le prix de Diane et la Grande Poule des Produits en 1872, et des chevaux comme Barbillon, qui fait encore la monte.

Il a bien gagné dernièrement les Mille Guinées et les Oaks, mais sa pouliche était favorite, et dans les Oaks il n'a pu gagner, en pariant, qu'un millier de livres, qu'il a partagées entre son jockey et son entraîneur.

Il s'est tenu dans les demi-veines : je ne me rappelle pas que son bonheur de sportsman ait jamais été complet. On ne voit figurer son nom ni sur la liste des vainqueurs des Deux Mille Guinées, ni sur celle des vainqueurs du Derby d'Epsom. Mais, comme il a eu Ossian dans le Saint-Léger en i883, et qu'il a eu Miss Jummy dans les Oaks, tout espoir n'est pas perdu. Pour qu'il s'amusât complètement, il lui eût fallu un Gladiateur ou un Donovan.

Ce semblant d'impossibilité à décrocher les Grands Prix a souvent maintenu le duc de Hamilton dans un état d'agacement qui se traduisait par des : « Diable ! diable ! mais ça ne va pas tout à fait comme je veux. »

Avec un peu plus de philosophie, il se fût contenté d'être un des plus riches seigneurs d'Angleterre, ce qui lui eût évité de se faire le mauvais sang d'où fleurit le rhumatisme. Il est vrai qu'alors il n'eût pas eu de prétexte sérieux d'aller dans la mer Rouge, où il a pu faire un ravissant voyage, commencé à Monte- Carlo par une heureuse série, non moins rouge que la mer destinée à porter son yacht.

25o LES COURSES DE CHEVAUX.

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