LES ROTHSCHILD
Dans la maison hippique des Rothschild, on a longtemps fait mentir le proverbe qui dit que l'eau va toujours à la rivière. Il a fallu une persévérance inouïe pour ne pas se décourager des résultats négatifs d'un élevage aussi important que celui de Meautry.
Meautry, avec son organisation si luxueuse, a souvent ressemblé à ces berceaux princiers où l'on n'élève pas de princes, si bien qu'on s'imaginerait que les nouveau-nés ont été changés en nourrice et qu'on leur a substitué des enfants de villageois. Rien n'est cependant négligé pour que les résultats soient satisfaisants.
Ce qui est surtout remarquable, c'est l'activité déployée par les barons, qui pourraient si bien vivre tranquillement de leurs rentes. A côté du surmenage intellectuel de leur travail de bureau, ils se donnent le nouveau tracas de mener une écurie de course; ce qui suffirait à absorber le temps de gens qui n'ont pas autre chose à faire, car on aurait tort de supposer que le soin de conduire l'écurie est abandonné à tout autre mandataire : ce sont les maîtres qui dirigent et ordonnent d'une façon absolue. Qu'ils n'épargnent pas leur argent, c'est bien naturel ; mais qu'ils soient si peu économes de leur temps, c'est inexplicable. Entre les deux barons, l'entente est parfaite, aussi bien pour la direction des chevaux que pour chaque autre branche de leur gouvernement si compliqué, et chaque victoire de la casaque bleue procure aux deux baronnes des joies non moins vives qu'à leurs maris.
On le devine bien au rayonnement de leurs physionomies chaque fois qu'après une course gagnée on voit, comme en partie carrée, le baron et la baronne Alphonse, le baron et la baronne Gustave aller complimenter leur entraîneur et le jockey triomphant, et même caresser l'encolure du vainqueur.