A.-E. DODGE
Au point de vue de ses mérites tout le monde est d'accord. C'est la première cravache de France. Nul mieux que lui ne monte dans une course, ne sait ce qu'il fait dans une course et ne finit une course. L'énergie de Dodg-e est proverbiale ; il semble que, quand la lutte l'exige, il tire de son cheval ce qu'un autre n'en tirerait pas. Il méduse ses adversaires quand il les rejoint à quelques mètres du poteau ; il s'en empare comme d'une proie terrifiée ; il leur arrive sus comme un ouragan et les avale comme un œuf. Le petit public des courses, qui a de l'esprit, avait donné à Andrews, le jockey de steeple-chase, le surnom de Crocodile, sans doute parce qu'il engloutissait ses concurrents dans sa terrible mâchoire. Dodge a été bien autrement crocodile qu'Andrews. Tout au moins il l'a été plus souvent.
Que de courses il a gagnées d'une tête et de la tête! En 1888 notamment, il remporta d'une courte tête le«prix du Prifice de Galles sur Brisoîer et le prix de Seine-et-Marne sur Bavarde — sans parler du prix de Diane et de l'Omnium enlevés sur Solange et Dauphin^ mais sans effort. La qualité dominante de Dodge, à mon sens, c'est la condition — comme on dit en escrime; il est toujours en armes, en muscles, si vous aimez mieux. Aussi, quand il s'agit de l'effort final, est-il en parfaite possession de son souffle, qui fait défaut à ses rivaux, aussi forts
peut-être, mais moins régulièrement exercés. Dodge est lourd : en hiver, il pèse beaucoup plus que son poids, et on n'imagine pas le travail effréné auquel il doit se soumettre pour arriver à la mesure réglementaire.
J'ajoute que comme Dodge est un soigneux de sa personne et qu'ayant gagné pas mal d'argent, il tient à en jouir le plus longtemps possible, il évite, pour se maintenir en condition, de recourir aux moyens factices. Il aime mieux se donner beaucoup de mal et se faire moins de mal. Il n'admet ni les trop grandes suées d'une marche rapide, ni les suées du Hammam, ni surtout les médecines.
Il a vingt-neuf ans et n'a jamais monté avec un gramme de plus que son poids. Comment fait-il?... C'est le mouvement perpétuel. Il monte à l'exercice à ses deux promenades, chasse, marche, grimpe sur un bicycle.
Dodge ne se fait pas les revenus fabuleux d'Archer. Mais on peut bien évaluer à une cinquantaine de mille francs par an le produit de ses montes. Il reconnaît la supériorité de ses grands confrères d'outre-Manche, mais seulement sur les courtes distances. Ils ne font que cela tous les jours et, dame! plus on monte, mieux on monte. Mais pour les longues distances nos jockeys n'ont rien à redouter. J'évalue à cent cinquante les montes annuelles de Dodge. Il a piloté 48 vainqueurs en 1888 et 45 en 1887. Il a été particulièrement heureux pour certains propriétaires, notamment pour M. Robert Hennessy.
lia commencé comme apprenti en Angleterre, chez Peter Price, à Newmarket.
Il y a débuté comme jockey pour MM. Tattersall, courant sous le nom de Sammerville. il a monté aussi pour M. Bowes et