‹ Les courses de chevaux en FranceChapitre 49 sur 76 · HARTLEY · texte numérisé non relu

HARTLEY

Encore un enfant g-âté du public, un jockey très populaire. Il y a des fanatiques de la monte de Hartley, comme il y en a de la monte de Dodge, ou de Rolfe, ou de Bridg-eland ou de T. Lane ou du petit French. Il mérite bien aussi sa réputation. Il n'était pas précisément né pour son métier. Hartley a commencé par être typog^raphe. Apprenti à Manchester, il alignait des caractères du matin au soir à la lueur fumeuse du gaz. Le plein air le tentait. Je ne sais si c'est en composant des articles de sport que sa vocation s'est déclarée et s'il a été séduit par les exploits des grands jockeys de son pays; mais à dix-neuf ans il renonçait aux casses de l'imprimerie pour les boxes d'une écurie de courses. Ça ne lui a pas mal réussi. Glissons sur ses débuts en Angleterre chez Th. Jennings : c'est en France qu'il a fait vraiment son chemin et qu'il est devenu premier sujet, au point de recevoir 8000 francs pour sa seconde monte, retenue par le baron de Rothschild. La première appartient à MM. d'Arenberg et de Juigné.

Hartley est un consciencieux, un laborieux et un économe. Gendre de Charles Pratt, il s'est fait construire à la Morlaye une maisonnette anglaise contre un mur mitoyen de son beau-père. II a gagné le prix du Jockey-Club sur Monarque; il a monté Plaisanterie dans ses deux victoires, le Césaréwitch et le Cambridgeshire. Il a bien marché, l'ex-jeune typo, et son bas de laine est gonflé de ses économies et des cadeaux qu'il a reçus. Il est peu dépensier et sera vite riche, car c'est une vraie fourmi. Je me souviens qu'une année on l'avait taquiné à Deauville, en îui racontant qu'il était descendu dans l'hôtel le plus cher de la plage et qu'on allait l'écorcher vif. Cette perspective empoisonnait son séjour, et on ne s'imagine pas à quel point l'addition de Damoclès le rendait soucieux.

PROFILS d'entraîneurs ET DE JOCKEYS. 278

Ils font rapidement leur pelote les bons jockeys. Pour un oui ou pour un non, on ajoute un billet de mille ou de cinq cents au prix de leur monte. Dans la joie du triomphe, ça ne coûte rien. J'ai remarqué que Hartley était assez sensible aux larg-esses de ses maîtres : les hommes intéressés n'admettent que les hommes généreux. Il a déjà eu beaucoup d'accidents. Mais pour être un peu fait maintenant de pièces et de morceaux, il n'en est pas moins solide.

Sa dernière chute a été fort grave, en 1888, pendant la semaine du Grand Prix. Nogaret, le cheval qu'il montait, est tombé presque en tête du peloton et il a culbuté. Une dizaine de chevaux lui ont passé sur le corps. Au moment où il roulait à terre, il s'était pelotonné comme un lièvre qui déboule, la tête ramassée dans les mains. Malgré cela, il avait été touché au bras gauche et à la tête. Quand il se releva, sans avoir perdu connaissance, il fut obligé de tenir son bras qui pendait, fracturé en deux places, et un jet de sang jaillit immédiatement de sa tête. Deux gardiens de la paix s'approchèrent alors et lui proposaient de le faire transporter en civière.

« Ce n'est pas la peine, leur dit Hartley, j'irai à pied jusqu'au pesage. Tout ce que je vous demande, c'est de me placer entre vous, comme un voleur, et d'empêcher que personne ne me frôle. >

C'est ainsi qu'il fut remis entre les mains de chirurgiens habiles et qu'il n'y a plus trace de l'accident qui l'avait cloué si longtemps à la Morlaye.

Quand on lui demande s'il a beaucoup souffert :

« Oui, dit-il, de l'ennui de ne pas monter! »

Il a repris son service plus vite que ne le voulaient les médecins, et a gagné la première fois qu'il s'est remis en selle.

Hartley n'a jamais donné sujet à la moindre plainte. Il jouit d'une excellente réputation.

Il est aussi parmi ceux qui se maintiennent en condition. Au moment où la saison commence, il dit : « Ce n'est pas tout que les chevaux soient bien entraînés, il faut que je le sois aussi. »

Et régulièrement il fait ses 20 kilomètres à pied après son déjeuner.

Le public commence li connaître ces détails : il sait qu'il y a des circonstances où c'est moins souvent le cheval qui est jîm que l'homme qui le monte, et il risque plus ou moins d'argent selon que l'animal et le cavalier annoncent des qualités qui se complètent

Il y a certainement bien des courses perdues par manque de condition du jockey. Un entraîneur habile devrait veiller à cela. Sous ce rapport, avec Hartley, on peut être tranquille, on ne le trouvera jamais en train de faire la sieste à l'heure de son exercice.

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