‹ Les courses de chevaux en FranceChapitre 55 sur 76 · LA GRANDE SEMAINE · texte numérisé non relu

LA GRANDE SEMAINE

Elle est bien changée, cette fameuse semaine de Chantilly, dont il conviendrait de fêter le cinquantenaire. Qu'est-clle devenue cette grande semaine, dont nous retrouvonsJa trace dans les chroniques d'EupJne Chapus?

* Le prince royal, voulant que l'éclat des fêtes compensât leur peu de durée, a fait iiguTÇT la chasse à courre dans leur programme. Il y a eu aussi spectacle, bal et concert de nuit sur l'étang où se reflètent les tourelles du château. De cette heureuse diversité dans les plaisirs résulte, comme on le pense, une cause de très vive attraction pour le monde parisien. 11 y a un air d'aristocratie et de haute existence à respirer en allant â Chantilly. Les favorisés de la grande fortune ont coutume d'y louer une maison pour le temps si limité des courses où l'on colonise tout le luxe de Paris.

■ Pour ceu.x qui appartiennent réellement au monde du sport

parisien, Chantilly est un rendez-vous obligé; mais il le devient aussi pour ceux qui veulent faire croire qu'ils ont des chevaux et des équipages.

« Chantilly est vraiment unique par la bizarrerie du rang de ses visiteurs. C'est un pêle-mêle d'individualités qui font contraste : gentilshommes de bon aloi, grandes dames, comtesses et duchesses orthodoxes, gens de distinction éminente et de fortune aussi, puis haute bohème, cohue profane et douteuse, célébrités de finance, foule incolore, prosaïque, débraillée, dédaigneuse des bonnes traditions. Tous affluent à Chantilly, dont ils occupent à l'avance les hôtels, les appartements et les chambres garnies, souvent bien peu garnies.

€ Pour beaucoup, parmi ceux qui accourent à Chantilly par le chemin de fer ou à grand bruit de poste, à grand étalage de landaus et de calèches, l'amour des chevaux n'est qu'un prétexte de déplacement. Aussi chacun suit-il son courant pour se réunir momentanément, une fois par jour, au signal des courses ou de la chasse.

« Le jeu, les galas, les danses remplissent une grande partie des heures. Les tables dressées sont en permanence, ici couvertes de tapis verts, là de mets exquis et de flacons variés d'encolure.

« Dès que la nuit arrive, les lumières luisent aux vitraux de toutes les maisoiK, les plaisirs prennent des allures plus vives. Des femmes vêtues de blanc glissent sur l'herbe de la pelouse comme des cygnes qui regagnent leurs demeures. Ici, malgré l'heure avancée, c'est le dîner qui chemine encore.

— Garçon, du Champagne! garçon, du Champagne!

« Le Moèt et le Rœderer coulent à pleins verres sans mousse, c'est de rigueur.

« Ailleurs, c'est le jeu qui s'engage.

— Cinq cents louis ! Banco ! A moi la main !

« Et honni soit qui mal y pense! Là-bas, c'est le bal qui débute, et plus loin, c'est le feu d'artifice ; le vacarme est si terrible, la pluie d'étincelles incendiaires si abondante, qu'aubergistes et propriétaires sont tentés de crier au feu.

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