‹ Les courses de chevaux en FranceChapitre 61 sur 76 · A UN FRANC · texte numérisé non relu

A UN FRANC

Malgré ce prix minime, je puis garantir un bénéfice assuré aux Sportsmen.

Vaincre le hasard qui souvent déjoue les combinaisons les mieux établies, tel est mon but. Mes six années d'expérience et d'études, mes succès me recommandent aux joueurs comme un homme sincère dans ses appréciations, ayant fait ses preuves.

Toutes ces affiches se ressemblentj c'est toujours la. fortune

offerte, sous une orthographe bizarre, au commun des mortels, pour la faible somme de vingt sous.

\'oici encore une variante :

Quiconque voudra et sera capable de suivre mes renseignements, sans écouter les racontars, peut compter sur des gains considérables !

Je ne suis pas infaillible ! Non ! Mais je possède les connaissances acquit par six années d'études et une attention de tous les jours.

Mes succès sont mes recommandations!

C'est le même procédé et la même installation que pour la vente de la pommade à guérir les cors aux pieds, la pâte à faire couper les rasoirs ou le savon à détacher les étoffes.

Le hasard étant le grand maître, surtout en courses, il arrive souvent que le prophète à vingt sous en vaut un autre et obtient des succès. C'est comme cela qu'il trouve toujours un certain nombre d'amateurs pour lui acheter l'enveloppe contenant la feuille prophétique.

Sur cette feuille, tirée à Tautocopiste, il y a un gagnant et un cheval placé désignés pour chaque prix et quelques noms soulignés pour attirer plus spécialement l'attention du joueur.

PRONOSTIQUEUR AMBULANT

Le concurrent du pronostiqueur en boutique est le pronostiqueur ambulant. Il se tient debout, à une place où sont sûrs de le retrouver ses nombreux clients, et d'ailleurs il se fait reconnaître, en criant à pleins poumons :•

LE TCRF A VIKGT SOUS. 3^1

c Le renseignement d'Epsom!... Le tombeau des bookmakers! •

Et une foule d'autres choses qui font partie de son répertoire. Il est là, debout, solidement campé sur ses jambes. Rien dans les mains! Rien dans les poches!

Quand je dis rien dans les mains, je me trompe. 11 a dans les mains un jeu de cartons d'une certaine couleur qu'il distribue, moyennant cinq francs, aux personnes qui, pendant la journée, viendront le questionner sur les opérations à faire.

Quand je disais rien dans les poches, je me trompais encore. Dans la poche de côté de la jaquette, à l'endroit où les ■ boudinés • laissent pointer un coin du mouchoir— il y a le crayon magique, le crayon qui sur

le programme de l'amateur doit pointer tous les gagnants de la journée.

■ Demandez le rrrenseignement d'Epsom ! •

Ici, point de travail préliminaire, point de préparation, point de calculs basés sur l'expérience ou sur une longue étude des performances. C'est le renseignement d'écurie, le tuyau da la dernière heure qu'on ne vous fera connaître que quelques minutes avant la course.

Le pronostiqueur ambulant doit être un habile homme, à en juger par l'empressement qu'un grand nombre de personnes mettent à l'entourer dès son arrivée sur le turf et à prendre une carte donnant droit à ses conseils.

A peine a-t-il poussé le premier cri i • Demandez le rrrenseignement!... > que vingl bouches lui chuchotent dans l'oreille

droite et vingt autres bouches dans l'oreille gauche. Sa tête n'est plus une tête. C'est un appareil téléphonique. On lui téléphone mille questions et il retéléphone les réponses dans l'appareil acoustique de ses interlocuteurs, tout cela avec un mystère et un sérieux tout à fait étonnants.

Quelques impatients s'approchent :

« Vous n'avez rien pour le handicap?

— Tout à l'heure, répond-il; revenez entre la deuxième et la troisième ; rien avant ! »

Les autres s'éloignent pieusement, bien décidés à venir prendre le mot d'ordre à la minute indiquée. Et comme cela m'amusait et que, paraît-il, je n'avais pas l'air de prendre la scène au sérieux, une dame s'approcha de moi :

« Vous n'y croyez pas, qjonsieur? me dit-elle.

— Mais je vous demande bien pardon, madame; aux courses, je crois à tout, j'admets toutes les combinaisons, tous les calculs.

— C'est que ce jeune homme est très fort!

— Je n'en doute pas.

— Tenez ! il m'a donné un tuyau impossible.

— Lequel?

— Il m'a dit : Prenez tel cheval, après qu'il aura couru quatre fois sans gagner, et qu'il sera à dix, un jour de pluie.

— Et cela a réussi?

— Parfaitement. »

Voilà un homme qui, s'il fût né deux siècles plus tôt, eût été brûlé vif.

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