ORIGINE DES TROTTEURS. — GRANDES FAMILLES
Y. Rattler, pur sang, par Rattler et une Snape [Mare, né en Angleterre en 1811.
Eastham^ pur sang-, par Sir Ollivier et Cowslip par Alexander, né en Angleterre 1818.
Sylvio^ pur sang, par Trance et Hébé^ par Rubens, 1826. Napoléon, pur sang, par Bob Booty et Pope Mare, 1824. Royal-Oak, pur sang anglais, par Cation et Smolensko, 1823.
L'affirmation de la race trotteuse remontant aux chevaux de pur sang que je viens de citer a véritablement été établie par les six étalons dont les noms suivent :
The Heir-of- Linné, pur sang (i853), par Galaor et Mistress Walker.
Conquérant, demi- sang (i858), par Kapirat et Élisa.
Lavater, demi-sang (1867), par Y, et Candelaria.
Normand, demi-sang (1869), par Divus et une fille de Kapirat.
Reynolds, demi-sang (1878), par Conquérant et Miss Pierce,
Niger, demi-sang (1869), par Phœnomenon et une jument américaine.
Le hasard amena The Heir-of-Linne en Normandie ; cet étalon avait été destiné à la région du Midi. En 1862, faute d'emploi, on l'envoya dans le département de l'Orne, où les éleveurs le dédaignèrent tout d'abord. Placé alors au dépôt de Saint-Lô, dans la Manche, il y réussit à* merveille et ses fils aujourd'hui font race dans les autres régions d'élevage.
Conquérant était fils de Kapirat, étalon méconnu pendant plus de dix années, au point que la Société d'agriculture de Cherbourg, le considérant comme incapable de produire utilement, demandait son déplacement chaque année avec insistance.
L'Administration des Haras, écoutant alors les sages observations du Directeur du dépôt de Saint-Lô, auquel la Normandie doit sans contredit la création et le maintien de la précieuse race de trotteurs qu'elle possède aujourd'hui, envoya Kapirat dans le Cotentin. De son croisement avec Élisa on obtint Conquérant,
Lavater, né et élevé chez le marquis de Croix, ne fut acheté qu'à six ans par l'administration ; son propriétaire avait voulu le conserver pour son haras très célèbre.
M. Froidevaux à ce moment déploya tant d'éloquence, qu'il obtint du marquis la vente de son étalon, pour l'envoyer encore à Saint-Lô, où il était destiné à croiser avec les filles de The- Heir-of- Linné,
A la même époque, la Vendée, qui réclamait un trotteur de race, reçut en partage l'étalon Reynolds, fils de Conquérant et de Miss Pierce, dont la mère, Lady Pierce, avait des qualités exceptionnelles d'allure et de vitesse; mais là encore Reynolds ne fut pas apprécié : on demanda même de le réformer; il revint à Saint- Lô comme les autres !
Il a depuis lors beaucoup et admirablement produit dans ce centre d'élevag-e.
Normand était fils de Divus, Ce dernier paraissait un étalon médiocre; on lui reprochait ses membres légers, sa tête commune, ses longues oreilles et ses mauvais aplombs; il fut peu employé. La persistance du Directeur fit ce qu'elle avait déjà fait pour Kapirat, et une fille de ce dernier produisit avec Divus l'étalon Normand, dont les fils sont actuellement si recherchés.
Voici donc dans cette riche partie de la Normandie une race de trotteurs créée à force de persuasion et de persévérance par les soins d'un homme dévoué à la cause hippique, qui, dans la plénitude de ses forces physiques, aurait su continuer et multiplier ses bons et loyaux services, si des raisons administratives que je ne veux point apprécier ne' l'avaient éloigné d'un poste important qu'il occupait avec une compétence incontestable.
Niger, fils de Phœnomenon et de Miss Bell, une jument américaine, eut dès son début une carrière moins tourmentée; ses brillants succès d'hippodrome, sa conformation très suivie, sa vitesse, lui assuraient la vogue, avant même qu'il eût produit, aux yeux des éleveurs de Normandie.
Cet étalon fut demandé de tous côtés : le Merlerault l'emporta et la circonscription du Pin l'a toujours conservé.
Niger a fait quelques produits classés sur les hippodromes, mais il n'a pas répondu à la confiance qui lui avait été si largement accordée.
. Faut-il attribuer ce peu de succès dans sa production à son origine mal constatée? On supposait que son père Phœnomenon était né dans le l^ïorfolk, on croyait sa mère d'origine américaine. Tout cela était bien vague.
Le peu de régularité de cette production est sans doute le fait d'une particularité de la nature inexplicable pour les hommes de cheval les plus expérimentés, et qui veut qu'un étalon de valeur ayant séduit tous les connaisseurs ne transmette pas mieux à ses produits ses qualités naturelles que ses qualités acquises.