‹ Les courses de chevaux en FranceChapitre 7 sur 76 · LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT DEVANT LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT DEVANT LA CRITIQUE

Voici le résumé des propositions de M. Thuasne :

« Les courses de Fontainebleau ne donnant que de faibles recettes, il faudrait d'abord les supprimer, pour ne conserver que celles de Paris et de Chantilly, auxquelles on ajouterait les deux journées de Fontainebleau et sept journées nouvelles, de façon à porter, à quarante le nombre de courses sur ces deux terrains.

« Pour que le spectacle, devenu plus fréquent, continue à présenter le même intérêt, il faudra un plus grand nombre d'acteurs, et, pour se l'assurer, il sera nécessaire non seulement de bien payer les bons, mais encore de donner de quoi vivre aux mauvais, et de faire participer tous les éleveurs aux bénéfices dont ils auront été la cause principale. »

Les moyens proposés pour y parvenir sont :

I" La création, jusqu'à concurrence d'une somme de 28oooofr. environ, de prix affectés aux chevaux ayant été placés second ou troisième, un nombre de fois déterminé.

T L'allocalion d'une somme de looooo francs environ à distribuer, par les soins du Comité, aux écuries malheureuses, bien que méritantes:

3' Le prélèvement, sur le montant de chaque prix, de 5 pour loo à partager entre le propriétaire de l'étalon et celui de la jument ayant produit le gagnant.

4** Le maintien des entrées, pour empêcher les engagements de fantaisie, mais sous réserve du remboursement de ces entrées en fin d'exercice, intégralement s'il y a un excédent de recettes suffisant, proportionnellement dans le cas contraire.

5* Restriction aux prix actuellement existants de la disposition du règlement qui oblige la Société à réserver tous ses encouragements aux chevaux français, et affectation de la plus grosse part des 400 000 francs qui formeront la dotation des nouvelles journées à la création de prix internationaux ouverts aux chevaux étrangers, et notamment d'un prix international de 5oooo francs le dernier jour de Chantilly, et d'un handicap international de de 100 000 francs le dernier jour de Paris, à l'automne.

Enfin, comme l'augmentation du nombre des concurrents et la création des luttes internationales pourraient bien ne pas attirer et retenir suffisamment le public, et qu'il faut cependant faire sortir de sa poche l'argent qu'elles coûteront, on lui garantira l'exercice d'un droit auquel il tient impérieusement : celui d'avoir, dans une certaine mesure, un intérêt personnel dans les courses, le droit au pari.

Les paris sont la conséquence nécessaire des courses ; ils se font sous différentes formes, mais il n'y en a qu'une qui soit légale.

Le pari à terme, dit courir ou payer ^ est irrégulier : le hasard y prédomine trop sur le raisonnement ; il n'est admissible que de la part des propriétaires pariant pour leurs propres • chevaux. Entre les bookmakers et le public il ne se comprend pas " il expose trop l'une des parties à l'improbité de l'autre, et l'exercice de ce pari, autrement qu'au livre, doit être absolument interdit.

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Les jpoules organisées par des industriels qui prélèvent une commission sur l'ensemble des mises sont un véritable scandale ; il y a là un bon coup de balai à donner.

Le pari mutuel constitue une spéculation sans risques ; il prête à la fraude et, même pratiqué honnêtement, il doit être condamné pour ces deux raisons majeures :

I"* Le parieur, au moment où il fait son pari, est dans l'impossibilité d'en apprécier les conséquences.

2* L'ingérence de l'entrepreneur qui prélève une commission sur les mises, transforme les champs de courses en maisons de jeu public, qui tombent sous le coup des lois pénales.

Il n'y a donc, en dernière analyse, qu'un seul pari à admettre sur les hippodromes : c'est le pari fait à la cote, au comptant, dans les conditions définitivement déterminées par les deux parties. Malgré certaines décisions de justice qui en ont condamné l'exploitation vicieuse plutôt que le principe, ce pari a un caractère absolument légal.

Or il n'y a que le bookmaker qui puisse, à ce jeu, donner la réplique au public; interm^iaire nécessaire entre les parieurs plutôt que parieur lui-même, il est d'un commerce sûr :

Et sMl n^cxistait pas, il faudrait Pinventer.

Mais les bookmakers sont trop souvent intéressés à peser sur les résultats des courses pour n'être pas tentés de les fausser à leur profit : de sorte que, d'une part, les paris sont la condition sine qua non du développement des courses; que, d'autre part, ils ne sont possibles qu'avec les bookmakers, et que cependant les paris et les bookmakers sont susceptibles de déconsidérer et de dénaturer l'institution des courses elle-même. Que faut-il faire pour sortir de cette impasse?

Rien de plus simple : il suffira que la Société d'Encouragement reconnaisse ouvertement la nécessité des paris et revendique hautement le droit de les réglementer et de les surveiller, de façon qu'ils ne se transforment jamais en un- instrument de fraude, en un pillage organisé.

La Société d'Encouragement a le plus grand tort de laisser le premier industriel venu exploiter, à son profit personnel, les places occupées par les bookmakers. Qu'elle fasse ses affaires elle-même. En exigeant 20 francs par piquet dans le pesage et 10 francs sur la pelouse, elle ne réalisera pas moins de 240000 francs par an au bénéfice des éleveurs, sans que cet impôt puisse être considéré comme une taxe sur le jeu.

Qu'en vertu d'un règlement, qui lui est apporté tout rédigé en neuf articles, la Société d'Encouragement soumette l'exercice du pari au comptant aux règles suivantes :

Interdiction des poules, paris mutuels et opérations à terme.

Exclusion de tout individu ayant subi une condamnation ou ayant été convaincu d'indélicatesse en matière de courses.

Autorisations d'opérer accordées, refusées ou retirées, à la discrétion de la Société.

Obligation de représenter à toute réquisition les livres, où toutes les opérations devront être consignées.

Obligation de verser dans la caisse de la Société un cautionnement de 5 000 francs pour les bookmakers du pesage, de 2 000 francs pour ceux de la pelouse. Ces cautionnements seront affectés à la garantie du remboursement des enjeux déposés par le public entre les mains des bookmakers qui ne voudraient ou ne pourraient pas exécuter leurs engagements.

Le public applaudira à ces réformes, et les bookmakers sérieux en sauront gré à la Société.

Il ne reste plus qu'à donner au théâtre, où l'intérêt du spectacle et l'organisation des paris ne peuvent manquer d'attirer la foule, une ampleur et un confortable qui font absolument défaut à l'installation actuelle. Pesage, tribunes, pelouse, tout est à changer.

Il faut disposer dans un ordre harmonieux des tribunes architecturales pouvant recevoir 5o à 60000 spectateurs. A l'emplacement des tribunes actuelles, un pesage monumental, avec ses galeries couvertes, ses jardins et les bâtiments nécessaires.

A droite et à gauche, des tribunes à 5 francs, donnant 17000

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places. Sur l'emplacement du moulin actuel, un vaste hémicycle servant de lien à l'ensemble des constructions; i5o mètres de façade et 5ooo places à 2 francs.

De l'autre côté du champ de courses, faisant face au pesage et aux tribunes à 5 francs, les tribunes populaires avec toutes les dépendances réclamées par la foule qui les occupera. Façade 600 mètres, 20000 places à i fr. 5o.

A l'extrémité du terrain, du côté de Boulogne, emplacement d'une g-are pour une voie ferrée qui se raccordera, à Auteuil ou à Passy, avec le chemin de fer de Ceinture, et, plus tard, avec le grand Métropolitain.

Remaniement de la pelouse, qui restera ouverte au public de toutes places, oîi l'on ne permettra pas aux bookmakers de s'installer de façon à gêner la vue des courses, et où l'on devra ménager des avenues d'un sol solide praticables par tous les temps. Un devis sommaire porte à 7 millions en chiffres ronds la dépense à faire pour exécuter ce programme.

Les recettes sont évaluées à 5 200 000 francs pour 40 jours de courses, tant à Paris qu'à Chantilly, à raison de i5i 000 francs en moyenne par dimanche, et de 89000 francs par jour de semaine *.

Nous voici arrivé à la conclusion. Comment constituer le capital nécessaire à la réalisation de cette vaste entreprise? Le moyen le plus simple et le plus économique serait que la Société d'Encouragement se chargeât elle-même de la besogne, en y affectant ses réserves, et en y ajoutant quelques millions au moyen d'un emprunt.

Mais l'auteur du projet prévoit qu'elle pourra bien se refuser à tenter l'aventure, et il lui propose d'en charger une société

I. Nous devons faire remarquer que le produit des 3i journées de courses existant annuellement à Paris et à Chantilly est légèrement inférieur à i 800 000 fr.

En admettant que ce produit augmente proportionnellement par suite de Faddition de 9 journées, il serait de 2800000 fr., c'est-à-dire inférieur de 2900000 fr. à l'évaluation ci-dessus.

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financière qui se constituerait au capital de lo millions. Un projet de contrat en dix-huit articles est joint au mémoire, et il peut se résumer ainsi :

Moyennant la cession, pendant trente années, du produit des droits à percevoir à Paris et à Chantilly d'après des tarifs à déterminer d'un commun accord sur : r les entrées du public ; 2» la vente des programmes ; 3" les restaurants, buvettes, vestiaires, chalets de nécessité; 4" location des emplacements et installations spéciales aux bookmakers, etc., etc., la Société fermière s'oblig-e :

A solder entièrement toute la dépense à faire pour la nouvelle installation de l'hippodrome de Long-champ selon les plans convenus ;

A supporter toutes les dépenses d'entretien et d'administration :

A payer annuellement à la Société d'Encouragement 3 millions de francs.

De son côté, la Société d'Encouragement s'oblige à employer ladite somme de 3 millions en prix de courses, dont elle restera libre de fixer le programme et les conditions, sous certaines réserves qui restreignent singulièrement cette liberté.

Elle devra porter de 3i à 40 le nombre des journées de courses à Paris et à Chantilly. A cet effet, les deux réunions de Fontainebleau seront supprimées et transportées à Paris, où il sera créé 7 nouvelles journées, consacrées à des courses internationnales, auxquelles la Société devra aff'ecter une somme de 400000 fr.

Dans ces réunions internationales, tous les prix au-dessus de 5 000 francs seront ouverts aux chevaux étrangers, notamment un prix de 5oooo francs le dernier jour de Chantilly, et un handicap de 100 000 francs le dernier jour de Paris. La Société d'Encouragement devra, en outre, aff'ecter un crédit de 280000

*4 reporter 680000 fr.

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