SCÈNE V Les MèMEs, LARIVÉ
LARIVÉ (entrant, effaré, avec étonnement).
Eh! bien, mais... -
(Tous se lèvent comme un seul homme ct se rangent gur le côté.)
LARIVÉ Mais, c'était vous qui chantiez ?
FRÉMICHOT
Oui, cousin, nous nous amusions pour passer le temps.
LARIVÉ (à part.)
Ïls vont me rendre ridicule avec leur tapage. Il faut absolument que je les loge ailleurs. (Haut.) Mes amis, je vais vous faire conduire à l'hôtel du Cheval-Blanc, où vous pourrez...
LANTONNARD
Pas la peine de faire des frais. cousin ; ne te gêne pas, nous sommes parfaitement bien ici, pas vrai, les amis ?
Tous Oh ! très bien, très bien !
LANTONNARD
Nous coucherons par terre, et pour la nourriture, tu vois... (11 montre le panier aux provisions.)
LARIVÉ Oui, mais vous comprenez, je vais recevoir le ministre.
Tous
Le ministre.
LARIVÉ
… de l’agriculture.
Tovs
De Pagriculture !
| ARIVÉ
Oui, celui qui a pris en main les roues du char de l'Etat pour le conduire de travers... non... pour le conduire... (courant consulter son manuscrit sur son bureau) à travers le jardin des Hespérides, et les bêtes à cornes primées à toutes les expositions. Rascsemblés duns cette enceinte. ministre, député, maires, conseillers, agriculteurs, taureaux, moutons. cochons, dindons, disent assez que la sollicitude du gouvernement que la province de Québec s'est donné, etc. etc.
Ah! cousin, qu'on à d’lesprit quand on est membre du parlement.
LARIVÉ
Vous comprenez en conséquence que ma maison...
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FRÉMIcHOTr
Compris, compris, M. Léon, c'est trop juste. ’ LARIVÉ
Du reste, j'ai donné des ordres au Cheval-Blanc, vous y serez mieux qu'ici.
JÉRÔME On vez:ra-t-y le ministre. nous autres ?
Li LARIVÉ
Assurément puisqu'il fera l’ouverture de l’exposition.
LANTONNARD
Faudra nous montrer à lui. Je serais pas fâché d’ailleurs de lui parler d’un petit que’que chose, au sujet d’un bout de champ que j’voudrais avoir, mais que je voudrais pas qu’on y mette des taxes dessus. Ce sera rien pour toi d'appuyer ca, cousin? Ë
NARCISSE | Et moi j'voudrais bien qu'il me donne une À | plice à Québec ou à Montréal, j'aimerais bien ça F rester en ville. 4
LANTONNARD (à Narcisse) | Tu nous enverras que’qu’chose sur ton salaire | pour nous aider à vivre, parce qu'on a fait bien 4: | des sacrifices pour t'instruire.
LARIVÉ
| Allons, je ferai le possible pour vous aider, | Î mais...
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JÉRÔME
Et moi, j'voudrais bien qu'il nous envoye un joueur de base-ball pour nous montrer à jouer.
LABROCHE
Tout ça, c'est bon, mais procédons par ordre. Moi, tu sais, mon bon Léon, j'commence à me faire vieux, et d’être suisse à l’église du village puis sacristain, bedeau, il y a bien des fois que ça me fatigue. V'là le garde-chasse de cheu nous qui est malade, et s’il lui arrivait un malheur, pauvre cher monsieur, ça ferait bien mon affaire.
LARIVÉE
Ah! père Labroche !.…
LABROCHE C’est pas sa mort que j'veux, c’est sa place quand ‘il sera mor:, pas plus.
FRÉMICHOT
: C'est évident. Moi je ne demanderai rien au ministre, mais puisque nous avons un parent de député, c’est bien le moins que cela nous profite. Tous Ca, c’est d’la justice.
LANTONNARD
Et ça sera à l’honneur de son bon cœur.
FRÉMICHOT "4
Je ne demande donc rien. Mais voilà trente-sept
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ans que je suis instituteur et mon salaire a toujours été le même. Si le conseil de l'instruction publique voulait me nommer inspecteur, cela me permettrait de terminer honorablement une carrière dans laquelle j'ai vieilli. Ce n'est pas trop demander, je crois.
LARIVÉ
| | On fera son possible. Seulement, attendez que le | fl moment propice arrive. Après l'ouverture officielle ‘4 de l’exposition. le ministre viendra ici et je vous
présenterai à lui.
LANTONNARD Bravo !
LABROCHE
Oh ! le cher petit Léon!
Tous
Nous avons un fameux cousin !