EN
BAPTISTE
n | à Et ben....d’puis qu’mon frère et ma sœur sont mariés, ça fait dix personnes de plusse qui s’tutoyent dans not’ famille, sans compter ma femme pi moé, vu que j’reste pas avec eux autres.
LARIVÉ Comment ca ?
BAPTISTE (lentement)
C'est ben simple... (Vivement.) Mon frère et sa femme, deux; ma sœur et son mari, quatre; mon frère pi mon beau-frère, six ; ma sœur et pis ma belle-sœur, huit ; mon beau-frère et ma belle-sœur, dix.
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© LARIVÉ (à part) C’est un drôle de type. (Haut.) Quel âge as-tu ?
BAPTISTE
Vingt-neuf ans aux prunes de c’t’automne.
LARIVÉ
: Mais tu n’as presque plus de cheveux.
BAPTISTE
C'est pas étonnant. J'en avais pas pantoute quand j’su venu au monde.
LARIVÉ
Le T
| Allons! trève de plaisanterie, je suis pressé. Il | me faut recevoir le ministre de l’agriculture dans
#é dé
trois jours et s’il n’en vient pas d’autres pour demander la place, je te donnerai une réponse favorable.
BAPTISTE
Merci, m’sieu le député... mais j'ai un’ p'tite lettre que m’a donnée M. Quintal, le maire de cheu nous, pour vous r’mette. (1! lui donne une lettre.)
LARIVÉ (à part)
Voyons cette lettre. ( Lisant :) ‘ Mon cher Larivé, je te recommande fortement Jean-Baptiste Cousineau, le porteur de cette lettre, et sa femme. Je crois qu'ils feraient ton affaire pour les travaux que tu as à confier.Ils sont honnêtes, travailleurs et beaucoup plus intelligents qu’ils n’en ont l’air. Mets-les à l'épreuve et je suis persuadé que tu seras satisfait. Ton ami, Charles Quintal.” Allons, il m'est difficile de renvoyer un protégé de Quintal, c’est un des chefs conservateurs les plus influents du comté et il m'a diablement aidé dans mon élection. (Haut.) Les personnes dont j'ai besoin doivent être matinales ; l’es-tu toi ?
BAPTISTE
J’pense ! mais ma femme est encore plus matinale que moé...Tous les jours a s’lève, fait l'déjeuner, les chambres et les littes, avant qui ait personne de réveillé dans la maison.
LARIVÉ
La moitié. de cela ferait mon affaire.
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BAPTISTE
Ben...écoutez don’! allez-vous nous engager ? Qu'est-ce que c’est que nous aurons à faire ?
LARIVÉ
Ta femme fera la cuisine et tous les travaux d’intérieur ; toi tu fendras le bois, tu soigneras les animaux, laveras l4 voiture ; tu m'’aideras à servir à ma table quand j'aurai des invités à dîner, puis tu auras mes chaussures à cirer, mes habits à brosser...
RAPTISTE C'est-y tout ?
LARIVÉ Sais-tu écrire ? .
BAPTISTE Un peu.
LARIVÉ
Eh bien ! je te ferai copier mes discours ainsi que des articles politiques pour les faire publier dans les journaux, puis je t’enverrai distribuer ces journaux dans les villages du comté.
BAPTISTE Dites donc, m’sieu l’député, y a-t-y moyen d’avoir de la terre glaise par icitte ?
LARIVÉ Pourquoi ?
D pu
BAPTISTE
Eh ben ! quand j'aurais rien à faire, j’pourrais vous faire d'la brique.
LARIVÉ
Lt 4
C’est bon ! Si vous êtes prêts à vous mettre à l'ouvrage, ta femme et toi, vous pouvez vous installer ici aujourd’hui si c’est possible, car j'attends le ministre dans trois jours et il faut que tout soit prêt pour que je puisse le recevoir dignement.
BAPTISTE Merci, m’sieu l’député. Ma femme est dans le village et je cours la cri avec notr’ bagage qu'est pas ben gros. Dans une demi-heure j’serai icitte. Nous nous mettrons à l’ouvrage tout d’suite. Au revoir, m’sieu. (On entend un grand bruit de voix confuses au dehors, Bautiste ouvre la porte et reste dans l’embrasure en regardant au dehors.) Qu'est-ce que c’est qu’ea ?
LARIVÉ Serait-ce déjà le maire de l'endroit ? Je ne l’attends que dans une heure.