DIOULAS
Monsieur le Gouverneur,
J'ai l'honneur de vous adresser la première partie du travail sur les « Coutumes indigènes » pour la circonscription de Bondoukou.
Cette partie concerne les Dioulas.
Il semble, quand on examine d'une façon superficielle les mœurs et les coutumes des « Dioulas », que l'on se trouve en présence d'une race parfaitement organisée et l'on est d'autant plus fondé à le croire que cette race professe la religion musulmane depuis des temps très reculés et que plusieurs de ses membres savent lire et écrire l'arabe.
Il semble donc que, tant en ce qui concerne l'organisation de la famille qu'en ce qui touche à la propriété, à la justice, etc., etc.. enfin lotit ce qui fait une société organisée, il semble, dis-je, que ces Dioulas en fidèles observateurs de leur religion, doivent suivre les prescriptions du « Koran ».
Or, il n'en est rien, et si l'on s'avise de pousser à fond les recherches
276 LES COUTUMES INDIGÈNES DE LA CÔTE D'iVOlHE
et les investigations sur leur organisation sociale, l'on s'aperçoit bien
vite qu'il n'existe rien ou presque rien.
Propriété, justice, famille môme, tout est réglé suivant le bon plaisir non seulement d'un chef de clan ou de quartier, mais d'un chef de famille.
Aucune sanction n'est prévue pour des délits bien caractérisés.
On se réunira, il est vrai pour faire un palabre et régler un différend, mais, la plupart du temps, la sentence ne sera pas exécutée.
Cet état de clioses est parfaitement reconnu par quelques chefs plus instruits qui voudraient appliquer les lois musulmanes et ils sont les premiersà reconnaître leur impuissance etàdéclarer qu'en fin décompte chacun agit à sa guise.
Je n'ai pas besoin de dire que presque toutes les coutumes signalées dans le travail ci-joint sont rarement observées dans la pratique, ou qu'elles ne le sont que par une minorité.
Quoi qu'il en soit, ces coutumes codifiées et modifiées dans le sens du progrès que l'on doit chercher à réaliser, sans toutefois trop s'en éloigner au début, seront.j'en suis certain, parfaitement acceptées.
II ne faut pas oublier en effet que, si elles ne sont pas suivies ou acceptées par tous les « Dioulas », c'est, qu'il n'existe pas à l'heure actuelle de pouvoir pouvant en exiger l'observation.
Veuillez agréer, Monsieur le Gouverneur, l'hommage de mes sentiments les plus respectueux.
Benquey.