‹ Les coutumes indigènes de la Côte d'Ivoire. Documents publiés avec une introduction et des notesChapitre 66 sur 75 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

SECTION I. — JURIDICTIONS INDIGENES

La justice n'est organisée en aucune façon.

Quand un ou plusieurs indigènes ont à se plaindre d'un autre, ils vont trouver le chef de leur tribu, si l'individu contre lequel ils agissent en fait partie, ou tout autre chef Néyau influent.

Le chef saisi de l'affaire mande le coupable, mais il n'a aucun recours contre ce dernier, s'il ne répond pas à son appel. Il ne peut que le saisir lorsqu'il vient à passer sur son territoire.

Dans la plupart des cas, les indigènes craignent de s'attirer l'inimitié du chef en refusant son arbitrage.

Dès que les deux parties sont en présence, le chef commence le palabre, tous ceux qui veulent y assister le peuvent.

Un individu choisi par le chef sert de porte parole et c'est à lui que tous les discours sont adressés.

o"04 LES COUTUMES INDIGÈNES DE LA CÔTE D'iVOIRE

lise lient au milieu du groupe et répète textuellement au chef les paroles du plaignant et de l'accusé.

Chacune des deux parties apporte son cadeau au chef qui doit régler le différend et il est inutile d'ajouter que c'est toujours celui qui a donné le plus fort cadeau qui gagne le procès.

Les décisions d'un chef, en pareil cas, sont plutôt un arbitrage qu'un jugement; elles n'ont pas force de loi. Il peut cependant les faire respecter s'il est assez puissant pour employer des moyens de coercition et s'il est assez fort pour n'avoir pas à craindre l'inimitié de la tribu de ceux qu'il mécontente.

C'est, en un mot, l'arbitraire sans aucune forme de procédure.

L'individu qui est condamné peut, quelque temps après, soumettre l'affaire à un autre chef et ainsi de suite. C'est ainsi que des différends entre indigènes sont encore pendants, après avoir traîne pendant plusieurs générations.

La preuve testimoniale est admise mais le chef qui sert déjuge n'en tient pas toujours compte.

Pour les cas de vol, ou de crime, pour les accusations de sorcellerie, les épreuves judiciaires (huile bouillante, bois rouge, fétiche, etc.), ont force de loi.

Le rôle des féticheurs est très effacé dans les cérémonies de ce genre.

Ils sesouraetlent les premiers à l'épreuve, puis restent à côté de l'huile bouillante ou du fétiche jusqu'à ce que tous les accusés aient été éprouvés.

Je ne crois pas qu'il y ail beaucoup de supercherie ou de charlatanisme dans l'essai par l'huile bouillante. Chacun y plonge bien réellement la main à son tour et en retire une graine de palme. Le hasard seul fait le reste.

Tout le monde a le droit de donner le bois rouge à quelqu'un: l'infusion de ce végétal passe en effet pour être inoffensive si celui qui l'absorbe n'a commis aucun méfait.

Si l'accusé en meurt, c'est qu'il est coupable, donc, d'après la coutume du pays, aucun reproche à faire au chef ou au féticheur qui a donné la drogue.

Ces derniers doivent toujours en absorber une partie avant de la distribuer.

II est inutile de dire qu'ils s'arrangent de manière à l'empoisonner après l'avoir goûtée ou à la rendre inoffensive, s'ils veulent ou non se débarrasser du patient.

COUTUMES DES KROUMEN DU SASSANDBA 505

Comme je l'ai dit plus haut, les chefs qui servent de juges sont payés,

mais ils n'ont aucun tarif.

Ils infligent les amendes qu'il leur plaît d'infliger, et, s'ils sont assez

forts, usent de tous les moyens pour les faire payer.

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