CASTRES
CS. Vincent Martlyr).
Les souvenirs de notre ordre à Castres remontent à S. Dominique lui-même. Simon de Montfort avait donné l'Église de S. Vincent à des clercs qu'il voulait récompenser. Notre saint y faisait des visites. Les bénédictins dépossédés de leur église parvinrent à en éloigner les elercs de Montfort, mais ceux-ci rétablis cédèrent la place aux dominicains (1258).
Les Frères Prêcheurs trouvèrent à $. Vincent une Église fort ancienne qui s’adaptait mal à leur usage et qu'ils furent obligés de modifier. Bernard Gui nous a laissé, des travaux faits à cette occasion une description d'autant plus intéressante qu’elle émane d’un témoin oculaire : En tête de l'Église, il y avait une tribune voûtée qui dominait un chœur relevé et insuffisant pour la nouvelle destination. Les religieux abattirent une partie de labside circulaire et sans
doute prolongèrent vers l’est leur nouveau chœur (volentes coaptare sibi locum et augmentare
spatium prout poterant diruerunt altarium inferius et magnam partem prefatæ tribunæ). En détruisant l'autel, ils eurent le bonheur de retrouver les reliques de S. Vincent dans une vieille capsa toute vermoulue. Gui nous apprend que dans cette abside on voyait cinq colonnes attachées au mur, qui semblent avoir été conservées dans ces travaux d’appropriation ; il nous dit que leurs chapiteaux portaient en sculpture des sujets du martyre deS. Vincent; il put lire sur lun d'eux ce vers :
Castiliis ferri mactantur membra beati.
Foulques de S. Gilles, plus tard pape sous le nom de Clément IV (+ 1268) exécuta dans le couvent d'importants travaux, il consacra le cloître et le chapitre. Les reliques de $S. Vincent excitaient une grande ferveur, et faisaient rechercher les sépultures dans leur voisinage. Philippe de Montfort eut la sienne disposée à gauche du martyr du côté de la sacristie (1271), son fils Simon de Montfort, mort en Apulie (1275) fut rapporté à Castres par Bernard de Bociac et déposé aux pieds de son père. Jeanne (128%) fille de Philippe, eut son tombeau au bout du chœur à droite. L'illustre famille rangeait ses morts dans le sanctuaire. Jean de Montfort (1300), camérier du roi de Sicile fut enseveli, aux pieds de Jeanne sa mère, devant le grand autel.
Bernard Gui, qui nous montre ce couvent d’une façon si précise en fut le 18 prieur; il
érigea sur le flanc de l'Église deux chapelles importantes ; la première au midi en l'honneur de S. Dominique aux frais de Bérenger Amblard de Castres, la seconde en l'honneur de $S. Pierre martyr, aux frais de sa sœur, la pieuse Fina ; les votes étaient achevées en 1305.
Le réfectoire avait de si vastes proportions que les états du Languedoc purent sy réunir (1595).
En 1563, les protestants ruinèrent l'Église et le couvent. Ces ruines subsistaient en 1674 comme le constate le plan de Picard ; ce plan permet de juger la disposition du couvent qui passe pour un des plus beaux de France. Jacques Gacher nous en a laissé une description
intéressante qui complète cette vue : « Les bâtiments étaient en forme de croix, au milieu de
laquelle s'élevait une construction sur quatre piliers, entre le temple, le chœur et les bras de la croix ; tout est voûté et à l'antique. L'un des bras de la croix avait une porte qui allait à la rue du Pont-Neuf. L'autre bras donnait entrée au cloître. Ce cloître était environné de belles,
orandes et larges galeries bien boisées et couvertes de crochéts. Ce cloître était soutenu alentour
par deux rangs de colonnes de marbre. Dans le cloître il y avait un grand puits et quantité de
cyprès. Entre le cloître et l'Église étaient rangées les chambres des religieux, celle du prieur était fort belle. Passant plus outre vers la rivière était bâtie une grande et belle bibliothèque de 100 bras de long, dans laquelle il y avait trois rangs de pupiîtres sur lesquels les livres étaient attachés avec des chaînettes, et était tout joignant une belle et grande galerie regardant la rivière pour la promenade des religieux ».
De ce vénérable édifice, il ne reste rien pas même des ruines, efiam periere ruincæ.
BIBLIOGRAPHIE
€ BERNARD GUI, Fondatio conventus Castrensis amwpliti collectio 485.
« D. VAISSETTE, Histoire du Languedoc. V. 193, 198.
« Borer, Les antiquités de la ville de Castres, 1649. (L. K7 1689).
€ Plan de Castres par SAMUEL PicarD, 1674.
« Plan figuratif de Castres et des faubourgs 1789 aux archives de la mairie.
€ Bulletin de la cominission des antiquités de Castres 1884. (L. 21. GC. 15 bis). & Louis BARLAY, Annales de la ville de Castres, 1881. « BARBAZA, Annales de Castres 1886. (LK7 2
CHALONS-SUR-MARN
Saint Dominique envoya les Frères Prêcheurs (1220) à l'évêque de Chälons, Guillaume de la Perche, qui les lui avait demandés, et qui les logea dans une maison bâtie l'année précédente. Nous avons peu d'informations sur ce couvent, nous savons que le réfectoire en fut prêté (1460) pour représenter des mystères, plus tard (1590) à des réunions publiques, nous savons aussi qu'il fut plusieurs fois restauré notamment au milieu du xvre siècle.
L'histoire funéraire, qui constitue un chapitre important de l’histoire de larchitecture dominicaine, nous a laissé plus de documents et, grâce aux dessins de Gaignières, nous pouvons
les rappeler aux lecteurs. On voit, dans sa collection, des pierres tombales depuis le xrrre siècle,
d’abord simples avec les efligies sous des tabernacles, avec des anges qui ravissent les âmes en les encensant, avec des chiens sous les pieds. Aux xrve et xve siècles, la sève sculpturale semble s’'animer, gonfler les fleurons qui s’épanouissent sur les frontons, les frises, les chapiteaux ; une multitude de saints rangés sur les pilastres, sont pour ainsi dire convoqués aux funérailles, des armoiries se multiplient, et ces monuments des bienfaiteurs restent au milieu des
religieux pour inspirer leurs prières. Nous avons recherché d’après les épigraphes de G gnières à rétablir la position des tombes dans l’Église en nous aidant de la savante énumération
de M. de Barthélemy.
BIBLIOGRAPHIE
Collection GAIGNIÈË
ES à la topographie nationale.
« Gravure antérieure à 1589.
« Plan de 1635 aux archives municipales.
« Plan de 1711, topographie historique de la ville de Châlons, 1889, 8. « Plan de 1755 donné à la ville en 1865.
PorEerLoT, Plan de 1791.
« Annales archéologiques, 11. 782.
Ed. pe BARTHÉLEMY, Histoire de la ville de Châlons, 1888. 8° (L. K7 1773. A). Archives généralices.
Barpar, Histoire de Châlons-sur-Marne, 1860. 4°. (L. K7 1776).