LE MANNEQUIN
Le Violet, amitié, douceur, mélancolie, loyauté, reconnaissance ;
Le Jaune, richesse, sagesse, magnanimité, prudence ;
Le Vert, beauté, amour, joie, jeunesse ;
Le Gris, pauvreté, simplicité, patience, espérance, désespoir;
Le Noir, douleur, constance, pénitence, loyauté, science.
L'auteur, en multipliant les significations, risquait moins de se tromper ; mais il y avait des malins qui ne craignaient pas de lire dans les couleurs composées plus aisément qu'on ne lit en un livre, et ils prétendaient ceci :
Le tanné blanchâtre signifiait l'innocence simulée ; le tanné rougeâtre, le courage feint, la grande douleur, l'âpre souci ; le tanné obscur, la tristesse, les soucis, la douleur, le tanné gris, la petite espérance, le réconfort d'ennui ; le gris violent, l'amoureuse espérance, la souffrance par amitié ; le gris blanchâtre, la patience en adversité, la joie ; le gris
obscur, la crainte dans l'espoir, la liesse dans la douleur ; le bleu violent, l'amour loyal, la douceur courtoise.
Si vous poussez plus loin ce petit jeu et que vous vouliez d'autres combinaisons — on en peut
trouver des centaines et des centaines — vous avez de quoi marquer d'une nuance différente tous les villages de la carte du Tendre.
Au dix-huitième siècle on baptisait les tons, et les noms de baptême étaient parfois singulièrement imprévus. J'en ai donné quelques-uns plus haut : en voici d'autres qui vous laissent qvielque peu rêveur.
(Magasin des modes de iy8^ à iy88) : queue de serin, larmes indiscrètes, cuisse de nymphe, entrailles de petit maître, soufre tendre, carmélite, ventre de carmélite (!)
(Modes lySS-iySp) : souci d'hanneton, pistache, cou de canard, suie des cheminées de Londres, ramoneur, cannelle, crapaud, ruisseau, houe de Paris, carnation de vieillard, jaune ventre de hiche, poil de bœuf, et beaucoup d'autres, puisque clans la nomenclature établie pour un recueil technique, par un teinturier, à la date de 1788, je n'ai pas compté moins de 438 tons... et ce n'était pas tout, parait-il!