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UN ESSAYAGE

se fait étroite par le bas, si étroite même que pour n'être point une entrave dans la marche, il en est qui sont ouvertes sur le côté.

Ah ! les chapeaux de femmes î On n'a pas eu assez de diatribes contre leur ampleur ; mais qu'importe ! Paris, dont les modistes célèbres sont des collaboratrices du goût, dignes de ses grands couturiers, ne cesse de voir naître une, floraison admirable, incroyable, éclatante, autant qu'inimitable, de chapeaux : sur la forme, qui subit tous les caprices, les garnitures s'amoncellent, se nouent, se piquent, se chiffonnent, se tordent, se crispent, s'étalent, s'écrasent, surgissent, s'épanouissent, régnent en un mot, inédites, imprévues, spirituelles, cocasses, jolies, aguichantes, audacieuses, menaçantes, combatives, pléthoriques, et toujours triomphantes. Rubans, étoffes, fourrures, fleurs, plumes, oiseaux entiers exilés des tropiques, feuillages qui

semblent arrachés aux branches, en passant ; que ne trouve-t-on pas sur les chapeaux? Ce n'est pas seulement la soie, le velours, la gaze, le satin ; c'est le printemps en boutons, c'est l'été, c'est l'automne aux broderies mordorées, ce sont les saisons et bien d'autres choses encore, sans oublier les métaux précieux, les perles, les pierreries et le reste. Et n'allez pas croire que c'est de la folie : c'est de la beauté, c'est de la grâce, c'est de la poésie, de cette poésie que les poètes du dix-huitième siècle savaient chanter en petits vers aimables, car vous entendez bien que pour les chapeaux de femmes notre temps n'est qu'un vulgarisateur génial en même temps qu'un consommateur gargantuesque. Les belles aïeules d'il

y a deux cents ans demandaient à des chapeaux, d'un volume non dépassé, le complément de leur élégante coquetterie.

« Toutes les semaines, écrivait Mercier, vers 1782, vous voyez naître une forme nouvelle dans l'édifice des bonnets. On a raffolé surtout des bonnets au parc-anglais; on a vu sur la tête des femmes des moulins-à-vent, des bergers et des bergères, un chasseur dans un taillis. Mais, comme ces coëffures ne pouvaient plus entrer dans un vis-à-vis, on a créé le ressort qui les élève et les abaisse : dernier chefd'œuvre d'invention et de goût. »

On n'a d'ailleurs qu'à feuilleter le Magasin de modes, dont les gravures sont des documents si précieux aujourd'hui , pour constater l'invraisemblable débauche d'imagination à laquelle les grandes modistes du dixhuitième siècle s'abandonnaient dans la forme et la parure des chapeaux et des bonnets. Ce sont les chapeaux à la Voltaire, à la Saint- James, à la redoute chinoise, au trophée militaire, au glorieux destin, au désir de plaire, à

VAndrosmane, au hateau renversé, à la hussarde, à la Caisse d'Escompte (!), au honheur du siècle, aux cœurs volans, à la nouvelle Clarisse, à la Devonshire, à l'indépendante, à la pucelle d'Orléans, à la petite mere^ au paratonnerre^ à la courtisane^ à l'énigme, à la Pensjylvanie, et cent autres; les bonnets aux berceaux de l'amour, à l'accord des plaisirs et des richesses, au bandeau de l'amour, aux bienfaits de l'am.o%ir, à la caravane, à l'Argus, au lever de la reine, au nouveatt Colysée, à la crue de la Seine (déjà?), à la Gabrielle de Vergy, aux grandes prétentions, à la veuve du Malabar, aux sentimeiits repliés, à la prêtresse de Vénus, à la conquête assurée, aux délices de la cour, à la paysanne de la cour, au triomphe des grâces, aux trois ordres réunis, à la débâcle, à la bonne maman.

à la brouette du vinaigrier ; et Ton pourrait continvier longtemps encore.

Et l'étonnement que nous éprouvons aujourd'hui à étudier les modes du passé, j'imagine que la postérité le ressentira lorsque, dans deux siècles d'ici, elle feuilletera l'immense quantité de documents que lui aura légués la mode de notre temps. Mais je suis certain qu'à distance, les caractères généraux qui se répètent étant plus sensibles, ce qui,

à l'heure actuelle, nous semble expressément dicté par une fièvre créatrice, révélera des attaches traditionnalistes, et, sans que cela diminue en rien le génie des inventeurs, précisera les

éléments initiaux qui feront de ce

toilettes, pour nous nées de la

fantaisie du moment, des

costumes vraiment

historiques.

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