LES TAILLEURS
joyeuses, bavardes, un peu sentimentales, émues d'un petit bouquet de fleurs ou d'un vol d'oiseau qui monte dans le ciel bleu ; raisonneuses plus que réfléchies, impulsives par foucade, mais bonnes et probes, au demeurant, et artistes, sans le savoir, parce que les rudesses et les exigences de l'existence ne les empêchent pas de demeurer très femmes.
Et, quand elles s'en vont au travail, si simplement, si distraites de l'ambiance, et si naturellement libres et « elles-mêmes » dans leur allure, le spectacle n'est pas seulement d'une incontestable beauté, il est également, on le comprend dans son sens le plus concret, d'une très grande noblesse, la noblesse qui s'attache à cette fonction humaine : le travail.
/■< Les hommes ont le tort, a écrit le moraliste anglais, Robert South, de considérer le travail comme une partie de la malédiction divine prononcée contre le premier homme; il n'y a donc rien d'étonnant ' "1 EL/ " à ce qu'ils fuient le travail. Il en résulte que peu
i^^k^=JÈ^.== d'entre eux connaissent leurs forces, faute de les
exercer. Ils se croient ainsi incapables d'une foule de choses; l'expérience leur démontrerait qu'ils ont plus d'habileté pour les accomplir que de volonté pour les essayer. »
Franklin, avait dit également : « La paresse rend tout difficile, le travail rend tout aisé. Celui qui se lève tard s'agite tout le jour et commence à peine ses affaires qu'il est déjà nuit. La paresse va si lentement que la pauvreté l'atteint bientôt. Poussez vos affaires, et que ce ne soient pas elles qui vous poussent. » C'est en cela que l'exemple est bon de
sous LES TOITS
cette vie intense qui se rue, dès le matin, à l'effort du labeur, dont la résultante est de créer de la grâce, de l'élégaHce, du charme, de la séduction, de la beauté. Cela se disait en latin, jadis. Aujourd'hui, plutôt que de le dire, allons-y voir: cette leçon de choses est d'une pédagogie tout spécialement aimable.
Nous voici à la fin de ce travail : est-il nécessaire de conclure ? Q uand il s'agit de mode, le mieux est de ne point conclure: la déesse capricieuse n'aime point l'entrave — celle qui gêne sa volonté, non celle qui gêne ses jambes — et sa volonté est justement de n'avoir jamais dit son dernier mot.
Eh! que nous importe qu'elle le dise jamais, ce dernier mot, puisque pour occuper l'impatience de la femme à être parée, la mode ajoute à sa chaîne ininterrompue des chaînons que des créateurs de génie cisèlent, inlassablement ! . . . .