‹ Les crépuscules du matin;Chapitre 16 sur 60 · MELANCOLIE · texte numérisé non relu

MELANCOLIE

MON âme est comme un chant qu'on ne peut pas entendre, Un chant qui vibre sur un lac, au fond du soir, Un chant pur à l'égal du ciel pur, et très tendre, Et plus triste que l'ombre sur l'eau des pins noirs.

Un bonheur inconnu se mêle à la détresse De ce chant qui revit sitôt qu'il paraît las ; C'est dans le souvenir incertain la caresse Du regard adoré, son éclair. C'est cela.

Le bonheur de ce chant vient de sa solitude, La solitude de ce chant fait sa douleur. . . Quel amour invoquer désormais ? Lassitude ! Mais l'amour est aimant de baisers et de pleurs.

Oh ! ce rêve des mains attendries et suaves Où tiendraient les parfums mourants d'un soir d'été, Ces mains qui sauraient rire à nos visages graves, Où l'on aurait le cœur avant la volupté 1

Oh ! ce désir de pouvoir marcher côte à côte Et rien qu'à deux, le soir venu, près des étangs, De n'être pas qu'un chant d'amoureux qui sanglote, Un arôme qui s'offre à Vénus, en montant,

A la première étoile ouvrant sur le mystère

Ses beaux yeux las, pleins de sagesse et de candeur,

A celle qui berça de grands cœurs solitaires,

De grands cœurs à jamais oppressés, de grands cœurs !

GALERES

E soleil rosi du soir, S'attardant sur les façades, Fait briller d'un rouge espoir L'ennui de mon cœur nomade.

Oh I d'un navire ailé, voir Le rubis vif de la rade ; Débarquer lorsqu'il fait noir Dans le port aux sérénades.

Les yeux voilés de langueur Etreindre contre son cœur Quelque nocturne créole . . ♦

Goûter de riches liqueurs, S'enivrer de sombres fleurs Au son lent des barcarollçs I

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