‹ Les crépuscules du matin;Chapitre 17 sur 60 · ADOLESCENCE · texte numérisé non relu

ADOLESCENCE

'ai traîné mon amour, Paris, dans les soirs doux Pleins d'ombre et de feux qu'on allume, Parmi le rêve astral, verdâtre et flou

Des maisons dans la brume.

Tendres soirs, clairs de blancs cortèges indécis

Et qui nous bercez pour qu'on pleure, Mon rose espoir vous l'avez obscurci

Quand j'atteins ma demeure !

Il eût fallu me prendre d'un bras languissant Et me dire que la journée S'était passée à voir en paressant Une rose, fanée.

Tourner vers moi un visage matutinal

Aux souples lèvres anxieuses, Avec des yeux riches comme un canal De Venise soyeuse.

Tenir un long moment son mouchoir dans sa main Sous ma narine caressée, Vivre d'un rien, sans peur du lendemain Et de l'ombre passée.

Pencher sa blonde tête au point que ses cheveux

Auraient frôlé mes cils, ma lèvre ; Dans l'ombre, brusquement, où l'on s'émeut, Soupirer sous ma fièvre . . .

Soirs de ma ville, éblouissants de jaspe et d or4, Où l'âme lente et féminine

Des bouquets si près de nous glisse et tord Sa spirale câline,

J'ai traîné mon espoir inconnu sous vos feux, J'ai désiré de souples rondes Qui me laissaient, en s'éteignant, un peu De leur paresse blonde.

éi

Page 1