L'ENCHANTEMENT NOCTURNE
Silence. Respirons les parfums de la nuit. Ce jardin de saphir est entouré de buis. Un invisible mur embaumé nous isole De tout ce qui n'est pas la douceur des corolles, La douceur du feuillage odorant, la douceur De sentir l'univers étoile sur son cœur. Renversons-nous encor. Silence. Tout repose. On dirait que le vent cherche à cueillir des roses, Qu'il est lui-même un fin calice empli de miel ; On dirait qu'un nouvel été fleurit au ciel Ou que le firmament n'est qu'un miroir. Ivresse ! Goûtons la capiteuse et divine paresse, Ce bien d'être, la nuit, dans un jardin désert, Mollement renversés, tout aux parfums de l'air, Ainsi qu'on le serait au fond d'une gondole. Ecoutons soupirer longtemps la barcarolle Qui paraît être enclose au fond de ces parfums : C'est le chant d'un amour qui n'aurait pas de fin ; Il semble que la vasque et les cieux en soient ivres. Suivons la danse des odeurs, écoutons vivre Leur nudité qui va, couverte de bijoux, Dénouer près de l'eau de soyeux cheveux roux. Les rubis, les saphirs jettent des étincelles ; C'est l'âme des œillets s'en allant en parcelles, Ce sont les roses sécrétant une liqueur Où l'on verrait l'azur et la pourpre du cœur. Voici le sombre héliotrope, la jacinthe Qui brille et disparaît comme une opale éteinte Et, soudaine efilorescence de diamants, La tulipe et le lys au regard trop aimant, Puis l'améthyste des lilas, la tubéreuse,
Ëmeraude tropicale et luxurieuse,
Fruit défendu gorgé de sombres élixirs,
Serpent vert qui s'enroule autour des seins, plaisir.
Et voici votre vague, ô jasmins, qui déferle
S illuminant du feu nacré de mille perles...
Enfin tous les esprits des orangers touffus
Et mille autres encor, mille arômes confus ,
Dont le frémissement musical et fugace
Evoque au loin la nuit d'une étrange rosace
Et de glauques accords et des mots jamais dits
Qui nous feraient monter vers de bleus paradis.
STROPHES
STROPHES
CIEL mouvant, plus que toi mon âme est éblouie Par d'étranges soleils, Et je roule de l'ombre et je traîne des pluies Sous des rayons vermeils.
Tour à tour azurés, chatoyants et funèbres,
Ensemble nous suivons, Par les mêmes splendeurs et les mêmes ténèbres,
L'amour dont nous rêvons.
Sans fin tu laisses fuir tes lourdes vapeurs d'ambre
Vers les monts ou la mer ; Sans fin je vois mes jours, de Décembre à Décembre,
Passer tristes et clairs.