EGLOGUE D'OUTRE-MER
*f Toici de l'ombre. Elle est bleue et tout embaumée. * Les flots de la jonchaie et ceux de la ramée L'irisent, frémissants d'insectes. Les chansons En averse d'azur s'effeuillent des buissons. L'aigrette au vol de lait verdit sous les perruches. On entend, comme un jet d'eau d'or, l'essor des ruches. La brise, en sa fraîcheur de plume, sur les eaux Brouille la forêt glauque où brillent des oiseaux. Un flamant va peut-être éblouir l'anse noire, Un rouget faire errer son velours sous la moire, L'antilope aux beaux yeux se cabrer sur le bord Et boire un long moment l'eau de nacre et l'eau d'or.
Votre hutte à bambous a des fraîcheurs de mousse. Les bleus des colibris vous seront chers et douces Les écharpes du vent où chantent des parfums. Les arbres sont les paons au plumage divin, Mainte ocellure en flamme y lèche mainte écaille, Ce sont des filets noirs qui gardent dans leurs mailles Lourdes d'algues, des fleurs d'écume et de corail. Par le treillage vous verrez ce chaud vitrail. Moi, ma pirogue libre au fil de la rivière, Je vais scruter la nuit sonore à ses lisières. Adieu ! les bois en voûte ont de sombres couleurs. Le soleil qui s'éloigne est une rose fleur.