‹ Les crépuscules du matin;Chapitre 40 sur 60 · LES TENDRESSES PASSIONNEES · texte numérisé non relu

LES TENDRESSES PASSIONNEES

E suis las de voir les abeilles

Entremêler

Sous l'arbre clair

En fils d'argent, d'azur et d'or

Leurs blonds essors,

Tomber par grappes des treilles

Et vivre encor JEt disparaître dans les roses

Dont l'âme est éparse dans l'air,

Comme des mains dans des corbeilles.

Je suis ivre de toute chose,

De ce qui passe, chante ou dort,

Des jeux des oiseaux dans les chênes,

De l'invisible fontaine,

D'un vague accord,

Des frissons noirs, pourpres et pers,

Des frissons d'or

Couleur des blés,

De tous les frissons rutilants des ramures

Et des bruits clairs et des murmures

Et des parfums de l'été en nage.

L'été me caresse et me lassé

Comme un enfant tendre et volage,

Un bel enfant blond qui passe,

Ami des cerceaux et des cordes.

Il m'a souri mais, vrai, qu'importe

Mon silence à sa libre gaieté ?

Quelque chose m'oppresse et m'enivre.

O la lucide ébriété

Qui fait ployer mon cœur sur sa faible tige

Rose trop lourde parmi les roses !

Je suis ivre de toute chose,

De ce qui danse, chante et luit;

Mes corbeilles sont trop pleines de fruits,

Le miel à ma bouche est amer

Et cette flûte a trop chanté.

Je t'envie, bel enfant, sous l'été,

Toi qui ne sais rien de l'amour

Et qui peux capturer ton désir...

O l'opiniâtre et lourd loisir,

O l'inutile ardeur des roses,

O l'équivoque et vaine bonté 1

Je suis las, mais las des abeilles

Et de l'azur et des corbeilles...

Ahl je voudrais que le vent m'enlève.

Non ; je suis las de tous les rêves 1

Je suis ivre. Ecoutez :

Il ne faudrait à ma tristesse,

Il ne faudrait qu'un frais sourire à ma tristesse,

Il ne faudrait

Qu'un soupir lointain venu d'Elle,

Il ne faudrait à ma tristesse

Q,u'un peu d'amour pour l'apaiser !

JE pense à vous dans l'ombre O chère absente D'entendre au fond de ces miroirs sombres Leau des fontaines.

Elle est persistante et lointaine Et semble vivre Parfois

Désespérer ou mourir Tant sa voix

A de sanglots faux qui supplient.

Je pense à vous De suivre Dans le demi -jour La chanson lisse et fugitive De la brise Humectée de nuit.

J'ai cru te voir

O mon amie

Blanche et blonde au fond de ces sombres miroirs

Tel un bel astre

Me sourire.

Hautaine, grave ou chaste

Qu'importe I

Tu es là,

Souriante à l'ombre étrange de la porte.

Saurais-je pas, insaisissable et chère âme,

Te capturer dans les réseaux de mon espoir ?

N'entends-tu pas l'eau des fontaines

Cnanter avec plus de tendresse

Et de tristesse ?

N entends -tu pas la voix dolente

Et douce et lente

Des arbres dans le vent ?

N'entends-tu pas ma confidence

Dans les ténèbres?

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