LES TENDRESSES PASSIONNEES
E suis las de voir les abeilles
Entremêler
Sous l'arbre clair
En fils d'argent, d'azur et d'or
Leurs blonds essors,
Tomber par grappes des treilles
Et vivre encor JEt disparaître dans les roses
Dont l'âme est éparse dans l'air,
Comme des mains dans des corbeilles.
Je suis ivre de toute chose,
De ce qui passe, chante ou dort,
Des jeux des oiseaux dans les chênes,
De l'invisible fontaine,
D'un vague accord,
Des frissons noirs, pourpres et pers,
Des frissons d'or
Couleur des blés,
De tous les frissons rutilants des ramures
Et des bruits clairs et des murmures
Et des parfums de l'été en nage.
L'été me caresse et me lassé
Comme un enfant tendre et volage,
Un bel enfant blond qui passe,
Ami des cerceaux et des cordes.
Il m'a souri mais, vrai, qu'importe
Mon silence à sa libre gaieté ?
Quelque chose m'oppresse et m'enivre.
O la lucide ébriété
Qui fait ployer mon cœur sur sa faible tige
Rose trop lourde parmi les roses !
Je suis ivre de toute chose,
De ce qui danse, chante et luit;
Mes corbeilles sont trop pleines de fruits,
Le miel à ma bouche est amer
Et cette flûte a trop chanté.
Je t'envie, bel enfant, sous l'été,
Toi qui ne sais rien de l'amour
Et qui peux capturer ton désir...
O l'opiniâtre et lourd loisir,
O l'inutile ardeur des roses,
O l'équivoque et vaine bonté 1
Je suis las, mais las des abeilles
Et de l'azur et des corbeilles...
Ahl je voudrais que le vent m'enlève.
Non ; je suis las de tous les rêves 1
Je suis ivre. Ecoutez :
Il ne faudrait à ma tristesse,
Il ne faudrait qu'un frais sourire à ma tristesse,
Il ne faudrait
Qu'un soupir lointain venu d'Elle,
Il ne faudrait à ma tristesse
Q,u'un peu d'amour pour l'apaiser !
JE pense à vous dans l'ombre O chère absente D'entendre au fond de ces miroirs sombres Leau des fontaines.
Elle est persistante et lointaine Et semble vivre Parfois
Désespérer ou mourir Tant sa voix
A de sanglots faux qui supplient.
Je pense à vous De suivre Dans le demi -jour La chanson lisse et fugitive De la brise Humectée de nuit.
J'ai cru te voir
O mon amie
Blanche et blonde au fond de ces sombres miroirs
Tel un bel astre
Me sourire.
Hautaine, grave ou chaste
Qu'importe I
Tu es là,
Souriante à l'ombre étrange de la porte.
Saurais-je pas, insaisissable et chère âme,
Te capturer dans les réseaux de mon espoir ?
N'entends-tu pas l'eau des fontaines
Cnanter avec plus de tendresse
Et de tristesse ?
N entends -tu pas la voix dolente
Et douce et lente
Des arbres dans le vent ?
N'entends-tu pas ma confidence
Dans les ténèbres?