‹ Les crépuscules du matin;Chapitre 41 sur 60 · XJ · texte numérisé non relu

XJ

ces rayons de topaze et d'or

Le soir,

Splendeur éparse du soleil

Qui vibre en l'air et que reflète

L'eau du marbre et des miroirs !

O l'aquatique et musical essor 1

Ces éclats que les vitres caillent

Gardent les feux de la mer

Et des rutilantes écailles

Et des bijoux et des éclairs 1

Flots d'or et de topaze

Eclaboussant les vases,

Perlant au coin verdi des cadres;

Cascades,

Jour coulant de la terrasse,

Accords !

Le calme, le royal décor

Mon enfant, que pour vos extases

Vous offre ainsi que topazes

Le soleil d'or.

O les parfums tiédis du soir

Dans les jardins,

Le goût rose et lilas des fleurs I

Le ciel a moins de chaleur,

L'eau vibre moins

Sous les futaies il fait plus noir,.*

O la langueur sombre du soir,

L'adieu des feux et des regards,

Les brumes vagues,

La voix des nuits et des étoiles !

Tiédeur sentant la jacintke,

Silence déferlant au loin

D'appels et de crainte ;

Les mains dans les mains, les secrets,

Les soupirs, les mots, les tendresses I

O ce décor calme et royal,

Mon enfant, que pour vos désirs,

Vous abandonne, comme un saphir,

Le soleil descendu dans le soir !

Tu n'es plus que le soir où Ton glane, et j'en pleure *

Toi qui passas auprès de ma demeure

Du printemps sur la tête et le soleil au yeux,

Toi dont la chair était fuyante et lumineuse

Comme un beau jour de Mai sous les ramures vertes,

En T ombre tu disparais sans qu'il me reste

Ni la moindre fleur morte

De toi

Et de nos rêves.

Et cependant voici nos bois, Hêtres et frênes.

Courbant les flots de la lavande et des troènes, A travers cent parfums lilas et dorés Je te voyais venir, D'abord lointaine. . .

Et de tes bras fluaient des fleurs pourprées,

Des épis languissaient parmi ta chevelure,

L'eau des fontaines

Que les baisers n'ont pas ternie,

Lustrale,

Nacrait ta bouche,

Rose conque

Volubile , . .

Je t'attendais»

Blanche anémone fragile

Et souple,

L'azur aux yeux, déjà.

De ton désir.

Tristes pas, Vains soupirs î

On a fauché la houle heureuse des épis.

Mes bleus convolvulus brunissent chaque soir.

Je pense à toi, mon pâlissant espoir,

Je te vois fuir

Comme une folle épave

Noire

Sous la lune,

Et tu n'es plus

Pour moi

Qu'un souvenir hâlé que Novembre saccage,

Qu'un jardin matinal et pourtant mutilé ;

Lointaine, morte, froide, impure,

O femme,

Tu n'es plus

Qu'un coin de ciel roussi parmi les nuages,

Fuyant mes blés,

Au crépuscule.

-ta-

NON, mon âme, L'amour n'est pas ce jeu vernal Que l'on poursuit dans les bocages, Orgueil du chant joyeux des eaux Et des roseaux.

L'amour n'est pas ce blond mirage Où dans le lointain vespéral S'envole Et nage

Une galère aux panneaux d'or.

Non, l'amour N'est pas cela, mon âme, Pour nous.

L'amour est au-delà du soir,

L'amour a plus d'amertume,

L'amour est dans la nuit cet oiseau noir

Et taciturne.

L'amour est le morne océan

Des solitudes,

La mer livide qui se redresse sur son séant,

La pleine mer,

La mer nocturne . . .

Le veiit géant

Qui raille, souffre, fuit et rage

Et qui se tord dans les sinistres nuits d'orage

Sur les falaises.

Ôh! pourquoi ce réveil brusque

Et par ce matin rose,

Blanche baigneuse aux cheveux blonds,

Une aussi lourde incertitude

Et tous ces songes ?

Pourquoi cette ombre sur les yeux,

Ce goût amer et suave au cœur

Et la saveur,

Framboise acide ou blonde pêche,

Dont s'empourpraient soudain ses lèvres ?

L été

Frissonnait de jeunesse et d'air rose.

Les oiseaux,

Voix des jardins et leur clarté,

Fusaient comme éclats de soleil,

En chansons vibratiles

D eaux adamantines.

La mer

Lourde d'odeur saline et vague

Laissait voler en jeux nacrés

Sa chevelure

Jusqu'au rivage.

Et moi,

Le regard alourdi d'un cœur triste, Le cœur plein d'une étrange infortune/ Lassé des œillets et du miel,

je regardais

Là-bas,

Lentes étoiles,

Entre les eaux et le ciel

Disparaître

Une à une

Des voiles !

J'ai dit:

Qu'on ferme le parc automnal

Où s animaient souples mes rêves ;

Mes beaux lévriers ont bondi,

Blanc, bai, brun, noir,

Dans le soleil.

J ai dit :

Laissez à sa tristesse

Mon parc aimé,

Quil se délabre

Et que le hêtre, le frêne, 1 érable

S effeuillent

Dans les bassins du soir !

On a fermé le parc en deuil

Autrefois clair,

Dans les bassins,

De ses brocarts ;

Et nul essaim

Depuis lors

Ne s y pose ou ne le traverse.

On Ta fermé

Car les désirs de ma jeunesse

M'ont fui,

Ailés

Comme des flèches ;

Et depuis lors

Mon parc est môrne,

Ses vasques sèches

Gardent les feuilles

Et j'y suis seul.

Or

Te n'ai pas toujours été le passant triste

Qui se mire

Dans les bassins constellés d'or,

Le frère étrange et taciturne des fontaines,

Le solitaire,

Non.

Je fus le compagnon des routes

Qui jettent de clairs baisers

A l'ombre

Des cyprès,

L'ami rêveur des vierges blondes

Qui les sut chastes

Et dans le soir

Qui les sut lasses,

Celui qui chanta sous les treilles

En cherchant des fruits pour ses sœurs,

Les fruits de joie

Dont on regarde avant de les cueillir la flamme

Sur le ciel bleu.

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