RÊVES
LOIN dans mon rêve oriental et maritime, Au crépuscule, étrange et riche à l'horizon, Venise avec ses ors, sous le nimbe des cimes, Se détache comme un blason.
Douce, mélancolique et somptueuse ville 1 C'est là qu'il ferait bon, quelque soir, atterrir, Où parmi les reflets, les chants, les campaniles On voudrait aimer et mourir.
La ville des palais, des eaux, des verreries, Aux gondoles s' ornant de musique et de nard, Aux escaliers de marbre et dont le ciel charrie Un festin de couleur et d'art.
Je la vois pavoisée et pleine de galères, Un cortège éblouit le parvis de Saint-Marc. Elle est rose sous tant de fleurs et de bannières, Le soleil est d'or sous les arcs.
Venise est resplendissante comme une fête. Mes désirs d'océan, de ciel et de soleil S'en vont à elle en un essor blond de mouettes Qui danse sur les flots vermeils.
Tous mes songes, splendeur future, amour et gloire, Je les lui tends, vogueur ténébreux et royal ; Ses couchants ont pour moi des salves de victoire, J'ai d'elle un orgueil filial.
Et pourtant je ne sais si je dois la connaître, J'aurais voulu y vivre un triomphe irréel. J'eusse aimé sous ses eaux plus que partout peut-être Dormir d'un sommeil éternel.
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