DESTINEE
A vie est un vaisseau qui marche à la dérive Et va des profondeurs d'un pôle à jamais noir A l'orgueil entrevu des palais sur les rives.
C'est une épave immense allant, sans rien savoir De son futur, vers la délivrance ou l'abîme, Pesante des clameurs de détresse et d'espoir.
A l'avant, la Victoire aux ailes d'or, sublime, Surmonte sans fléchir la glauque horreur des flots, Abritant ceux que hante une voile, une cime.
Mais la poupe est dans l'ombre et l'insulte de l'eau La recouvre et dévore ainsi qu'un monstre étrange Ceux qui sont à genoux, la chair lasse, en sanglots.
Et moi, dominant seul à mon bord ce mélange De bravoure et d'effroi, calme par volonté, J'attends, dur au reproche, insensible aux louanges.
J'espère en le sourire au loin de la clarté, Cependant l'agonie à mes yeux se précise Où se débat mon vieux navire épouvanté.
Aussi, demain verra son bris sur la banquise Et le naufrage à pic et l'angoisse et la mort, Ou le salut royal de la cité promise
Et l'amour et la gloire au front couronné d'or.