‹ Les crépuscules du matin;Chapitre 7 sur 60 · LE SOUVENIR · texte numérisé non relu

LE SOUVENIR

Votre image est encor dans mon âme : elle y chante. . . Tel au piano, le soir, un paresseux andante.

C'est en moi le parfum chantant de mille fleurs. O souvenir des jours fanés ! Regards ! Douceurs !

Vous avez fui, pareille aux rives bienaimées Qui disparaissent — • loin dans la mer embrumée.

Mais dites : notre espoir n'est pas un port lointain Pâlissant de l'ennui d'un rivage incertain.

J' ai rêvé qu'il ressemble à la première étoile, La plus prompte à flétrir l'illusion des voiles.

Souvenez-vous des eaux soyeuses, de ces soirs Qui vousparaient, très lents, d'unmanteau rose et noir.

Souvenez-vous des bleus midis, des nuits profondes Où vous avez faibli contre moi, loin du monde.

J'ai respiré le clair printemps de votre chair, Beau pavot rose, épi vermeil, blond souffle d'air.

Vous avez la douceur des vagues azurées,

Vos grands yeux bleus sont pleins d'aurores ignorées.

Te vous aimais dans le silence des soirs d'or... Votre image rayonne en moi comme un accord.

La réponse

CE que je veux de vous ? je ne sais pas ; j'ignore Si c'est le blond jardin de la chair que j;adore En vous, si c'est Yotre esprit caressant. Je veux Et la rieuse averse au soir de vos cheveux Et la chaude langueur de vos regards d'amante, Plus douce que ne l'est la pelouse odorante Avec l'haleine de ses lys, un soir d'été. Ce que je veux de vous, c'est l'exquise bonté De celle qui pardonne et caresse et console, La finesse de fruit, la fraîcheur de corolle Que l'on doit retrouver sur votre jeune corps Selon qu'on le découvre et le presse et le mord Tendrement, comme on respirerait une rose Des siècles attendue et de ce jour éclose. Ce que je veux de vous ? Vous le savez : l'amour Qui se confond la nuit et se cherche le jour, Qui partout se retrouve et sourit sous son voile, Que ce soit le jet d'eau, l'hirondelle, l'étoile, Le papillon, les blés florissants ou la mer Où transparaisse, heureux, son plaisir le plus cher. Ce que je veux? Vos yeux, vos mains et votre bouche, La lèvre frémissante et mûre que Ion touche De sa lèvre, qu'on goûte et qu on presse, doux miel Qui verse dans le cœur une flamme du ciel. Ce que je veux, c'est vous atteindre, vous entendre, C'est vous aimer, c'est vous connaître et vous défendre Et vous dire à quel point loin de vous j'ai pleuré, Désespérant de votre amour tant désiré, Me sentant misérable et faible et seul au monde, Avec la mort, loin de vos bras, la nuit dans l'ombre. Et puis vous dire encor mon orgueil, mon courroux,

Car vous m'avez souri, car je n'aime que vous,

Car vous êtes l'enfant compatissante et bonne,

Et si l'épi de Juin rayonnant vous couronne

Vousn en gardez pas moins au fond de vosyeuxpers

La tristesse, à midi, qui rêve sur la mer.

Ce que je veux de vous, vous le voudrez peut-être.

Vous sentiriez alors le clair printemps renaître

Et le monde et la vie apparaîtraient soudain

A vos grands yeux, comme apparut dans le matin,

Sur le divin cheval aux ailes embrasées,

A la blonde et craintive Andromède, Persée.

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La détresse

MON visage est pareil à ton visage en pleurs. Accoudée au rebord du vaisseau ravisseur Qui laisse dans le soir la rive bien-aimée, Tu cherches le passé, là-bas, dans la fumée Eparse tristement entre Tonde et le ciel. Il n'y a rien que l'horizon, la nuit, le fiel D'une angoisse inconnue et qui ne veut se taire ; Il n'y a que des pleurs en ton cœur solitaire. L'amour, la mort, le repentir, le lendemain Te montrent tour à tour leur sourire inhumain. Tu n'as plus le désir des aurores futures, Tu n'as plus de désir, tu n'as qu'une âme pure. Tu voudrais ne plus vivre et cependant sentir Le baiser bienheureux dont chacun veut mourir, Ce baiser dont on meurt en riant à la vie. Et voilà qu'en un grand sanglot, la tendre envie De consoler, comme un refuge, s'offre à toi. On ne peut vivre seul de semblables émois. Tu n'as jamais connu d'aussi fortes alarmes. Mon visage est pareil à ton visage en larmes.

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AU LARÔÈ

Navire, emporte-moi sur la mer magnifique, A travers l'inconnu des vagues atlantiques, Vers un nouvel Ophir et d'autres Amériques !

Cabre ton bel avant face à l'horizon d'or

Et que ton vol infatigable de condor

Me mène sur les pas des vieux conquistadors.

Sytr le ciel orageux dresse ton envergure, Navire ; que le vent chante dans ta mâture, Plissant tes pavillons comme une chevelure.

Avance sur les flots, tel un soleil levant, Fais jaillir l'écume chantante, va bravant Le caprice de l'insondable azur mouvant.

Porte -moi sans faiblir au pays de mes rêves, Par delà les remparts formidables qu'élève Au loin, la nue où T éclair brille. Va sans trêve.

Va ; j'ai de merveilleux golfes à découvrir Dont les plages sont d'or et les eaux de saphir, Ou j'ai voulu, vainqueur, le premier atterrir.

Va : je sais qu'une autre Andromède aux divins charmes Qu'emprisonne T orgueil des rochers et des armes, M'attend là-bas, silencieuse, tout en larmes.

Va : ta carène est forte et tu peux sans péril Ouvrir, altier, ton grand sillage de béryls ; Ta barre obéit à l'ardeur d'un bras viril.

Assouplis sur le ciel la courbe de tes voiles, Que le matin suspende un brocart à tes toiles ; Dans la nuit, sois l'archet vibrant sur les étoiles.

Emporte-moi loin du deuil brumeux des cités, Vers plus d'azur et plus de vent, dans la clarté Du soleil irisant la glauque immensité !

Venge-moi d'un passé ténébreux, des nuits noires, Chante dans le matin rutilant la victoire, Monte vers le soleil ainsi que vers la gloire,

Vole jusqu'au domaine éclatant des midis Comme en un diamant sans limites ; bondis Parmi la joie; atteins l'azur du paradis I

D'UNE STELE

A mon Père ;

Santa- Marta, décembre mcmih.

Donc il s'en revenait vers la cité natale. Déjà, de ce regard ardent qu'a l'exilé, Il la voyait venir à lui sur les flots pâles, Comme un navire ailé.

Le phare, une oriflamme, un toit vermeil, le temple Envoyaient un à un au roulis du vaisseau Leur salut fugitif et doré. Le ciel ample Rêvait de vieux assauts.

Et Lui, droit sur la proue orgueilleuse et languide Et devinant au loin plutôt qu'il ne voyait, Héroïque, attestant les siens, fiers Niobides Dont pas un ne veillait;

Lui, drapé de passé, de solitude et d'ombre, Morne du désabus qui succède au désir, Il se disait, pressentant soudain les décombres Mais rêvant à loisir :

« Le voici le rocher d'où je voyais, avide, La mer traîner ses tourbillons de lourdes fleurs, Et m'ôuvrir, comme une arche, ô paradis splendide, Le monde et ses grandeurs.

Je voulais posséder tout le soleil du monde ! Les navires aux carènes de pourpre et d'or Quand ils disparaissaient sous les brumes profondes Me laissaient dans la mort.

Là-bas, c'étaient défis, batailles, fastes, fêtes, Et T orgueil inconnu des frontons m'attirait, Et je voulais que resplendissent sur ma tête La gloire et ses attraits.

Mes mains sentaient déjà de lourds cheveux de femme, L'or qui déferle entre les perles des colliers ; Je croyais voir, quand je suivais l'envol des rames, Mon jeune amour briller.

Depuis j'ai connu de pompeuses capitales, Cent fois les côtes m'ont ouvert leurs lourds remparts ; Mon talon s'est posé sur le marbre des salles Et sur l'aile des chars.

J'ai goûté le matin, le midi, la ténèbre A des calices d'or, de cristal et d'onyx. Enfin je me vis seul et voûté, soir funèbre, En l'attente du Styx.

Etlesyeuxpleins d'adieux sous mes chaudes paupières, Désir suprême, j'ai voulu revoir le seuil D'où j'emportai jadis ce qui fut ma lumière Avant d'être mon deuil.

Mais proche au but pieux de ma course j'hésite. L'ombre, l'oubli, la mort auront tout ravagé ; Ce n'est plus là la ville où ce que j'aime habite, Je m'y sens étranger.

Autrefois ma ville était jeune, forte, fière, Et y y mirais, ardent, ma joie et ma vigueur ; A présent la voici s'effriter pierre à pierre Au rythme de mon cœur.

Je m'éveillais parmi les chants clairs et les cloches Et je courais voir les voiles et les drapeaux Et j'ai crié, foulant les plages et les roches : Mon Dieu, l'azur est beau !

Le soir est sur mes yeux. Ma ville, il ne subsiste De ta magnificence et de ce blond passé Que ma demeure antique, ici, et ma voix triste, Le reste est dispersé.

De l'amour merveilleux d'une jeunesse avide, Plus rien que ma maison où d'autres vont dormir, L'oméga dédoré de cette tombe humide Et mon seul souvenir ! »

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