NOMBRE P. CENT
Propriétaires, rentiers. 11 1.28
Employés de banque et de commerce. ..... 66 7.68
Commerçants, fabricants 32 3.72
Professions alimentaires 6S 7.56
Ouvriers d'ateliers et de fabriques 131 17.57
Ouvriers du bâtiment et du mobilier 92 10.71
Professions agricoles (journaliers, domestiques), 348 40.51
Nomades. 46 5.35
Sans profession 48 5.58
On remarque 9 propriétaires et 2 retraités : 1 gendarme et 1 facteur des postes.
Les employés de banque et de commerce comprennent : 20 individus remplissant des emplois divers (encaisseurs, commis-voyageurs, etc.), 20 garçons d'hôtel et de café, 13 coiffeurs, 5 comptables, 4 employés du chemin de fer, 2 courtiers de vin, 1 agent d'afïaires, 1 pianiste.
Nous avons classé :
Parmi les commerçants et fabricants : 14 marchands (de vins,
grains, étoffes, volailles, cochons, chevaux), 11 commerçants et négociants, 1 banquier, 1 liquoriste, 1 limonadier, 1 aubergiste, 1 mercier, 1 coutelier, 1 brocanteur.
Dans les professions alimentaires : 23 boulangers, 17 marins et pêcheurs, 13 cuisiniers, 10 bouchers, 2 pâtissiers.
Au nombre des ouvriers d'ateliers et de fabriques : 34 cordonniers, 18 mécaniciens et ajusteurs, 15 tailleurs d'habits, 9 mineurs, 9 imprimeurs, relieurs, typographes, lithographes, 6 forgerons et maréchaux-ferrants, 6 chaudronniers, 5 galochiers, sabotiers et sandaliers, 5 carriers et marbriers, 4 tanneurs et mégissiers, 4 fîleurs et tisserands, 4 foudriers et tonneliers, 4 fondeurs (mouleur, tourneur, manœuvre de fonderie), 3 chauffeurs, 3 ferblantiers, 2 horlogers, 2 bouchonniers, 2 bijoutiers, 2 électriciens, 2 potiers et faïenciers, 2 charrons et carrossiers, 1 photographe, 1 layetier, 1 matelassier, 1 verrier, 1 coloriste, 1 armurier, 1 puddleur, 1 chifïonnier-trieur,
1 chemisier, 1 scieur d'usine.
Figurent parmi les ouvriers du bâtiment et du mobilier : 33 maçons, 21 menuisiers et ébénistes, 9 charpentiers et scieurs de long, 8 peintres, 7 serruriers, 4 plâtriers, 2 tuiliers,
2 carreleurs, 2 tapissiers, 1 ferblantier-zingueur, 1 chaisier, 1 cimenteur, 1 tailleur de pierres.
Dans les professions agricoles (journaliers, domestiques) se trouvent : 128 journaliers, 97 cultivateurs et laboureurs, 25 charretiers, voituriers et camionneuj's, 18 terrassiers, 15 portefaix, chargeurs et hommes de peine, 15 manœuvres, .11 jardiniers, 10 cochers, 10 bergers, 9 domestiques et valets de chambre, 2 fermiers, 2 bûcherons, 1 vigneron, 1 charbonnier en forêt, 1 infirmier, 1 garçon laitier, 1 garçon d'écurie, 1 toucheur.
Nous avons considéré comme nomades : 25 marchands ambulants (étalagistes forains, marchands de bonbons, chiffonniers, camelots, colporteurs, revendeurs), 8 artistes lyriques (musiciens, acrobates et bateleurs), 7 contrebandiers, 1 tondeur de chevaux, 1 remouleur, 1 archéologue, 1 ancien militaire, 1 fabricant d'allumettes, 1 ex-commissaire de police.
Dans les sans profession, qualifiés ainsi par le Parquet, on compte 48 individus.
eu. PERRIKU
Ces 859 condamnés peuvent être groupés en 6 catégories :
— l^'En tête se placent les yj/cA-y^oc/^ez^s, chevaliers d'industrie et rats d'hôtel.
Chez la plupart, l'instruction fait défaut ; en revanche, ils ont l'intelligence vive.
C'est à la façon de soutenir le regard qu'ils se reconnaissent. Tandis que le mecque baisse les yeux, l'ouvrier, lui, regarde hardiment et en face, tâchant de découvrir les membres de sa famille.
Ceux-ci sont pour le nouveau venu une Providence. Ils s'enquièrent de ses besoins, lui évitent les ennuis du bleu et le mettent à l'abri.
Il existe entre eux la plus étroite solidarité : le lettré fait la correspondance ; le tailleur fournit les bérets de fantaisie et recoupe les pantalons. D'autres se chargent de procurer des petites femmes.
Ce sont eux les véritables organisateurs de la camelote, les pourvoyeurs du tabac à chiquer, à priser et à fumer.
Les trois quarts, il est vrai, possèdent de l'argent clandestin, enfoui dans les profondeurs du rectum. Un étui en métal leur sert de pochette (porte-monnaie). Cet étui [voir planche I), connu sous le nom de planq, se visse par le milieu et peut contenir jusqu'à 300 francs en jonc (or).
Pour rouler le guet pénitentiaire, ils ne sont pas à court de moyens. Ils font tout à petit bruit et se dérobent avec la souplesse du serpent aux exigences administratives.
Leur atelier préféré est celui où la fatigue est nulle.
Ils sont, en général, très propres dans leur personne; souvent actifs, rarement passifs. Les vieux seuls se laissent, aller parfois, k jouer au bouchon. Et encore s'arrangent-ils de façon à ne pas ébruiter le secret de leurs petites manies.
Ils sont si malins les ouvriers de la machinette!
— 3" Cette catégorie ne manque pas de variétés.
Les individus qui la composent (faillis, banqueroutiers, employés infidèles, etc., escrocs médiocres ou faiseurs) sont généralement intelligents et jouissent d'une certaine considération.
Même ici, le prestige de l'éducation s'impose.
C'est parmi eux que l'administration recrute les comptables, moniteurs, etc.
A quelques exceptions près, leur mise est réglementaire.
Ce qui les différencie des pickpockets, c'est un moindre raffinement dans les moyens employés pour se procurer « l'impossible ».
Un sentiment de fierté les distingue ; chez quelques-uns, il est poussé jusqu'au ridicule.
D'aucuns cherchent à épater les copains par des phrases ronflantes.
D'autres ne sauraient manger sans la traditionnelle serviette; ils se lèvent à minuit, s'attachent le mouchoir au cou et grignotent un morceau de pain, traduisant ainsi leur habitude de souper « au café anglais ».
Pour forcer les nigauds à les appeler « Monsieur », il en est qui appellent « Monsieur » tout le monde; ils disent: « Monsieur le balayeur », « Monsieur le vidangeur », Monsieur le voisin ». Ceux-là, quand ils se saluent, se donnent du « bonjour, marquis », a salut, baron », etc.
Ils font bande à part, ne fréquentant volontiers que les chevaliers d'industrie.
Pleins de mépris pour le rnenu fretin dont la grossièreté les choque, ils se gardent de toute impolitesse à son égard et ne veulent pas entrer en discussion avec lui.
Toujours bien vus par l'administration lorsqu'ils s'acquittent de leurs devoirs, ils parviennent à favoriser des amis.
Ils les passent en consigne au comptable général qui les propose, le cas échéant : « Essayez d'un tel », dit-il. Et si les débuts sont difficiles, on se mettra trois et même quatre pour aider le titulaire à arrêter sa fin de mois.
Beaucoup en sont. On fait venir lo, fille k l'atelier, dimanches et fêtes, sous prétexte de travailler, et on turbine sur le flanc.
Un cervelas, un fromage, quelques cigarettes, etc., sont le prix de l'opération.
Quelquefois même le comptable y va à l'œil; le môme espérant ainsi gagner ses bonnes grâces.
Ils forment la société chic delà prison.
C'est là qu'on se rit des paperasseries administratives, qu'on épluche toutes les imperfections de la procédure et qu'on revise le Code deux et trois fois par an.
— 3° Ici se rangent : les paysans, les ouvriers et tous ceux qu'un accident a jetés en dehors de la route, les violents chez qui la colère a pu obnubiler momentanément la raison et les individus condamnés pour crimes contre les mœurs, sujets ordinairement à des impulsions maladives.
Sans qu'il y paraisse, la plupart n'ont que du mépris pour le monde dans lequel ils sont appelés à vivre.
On les voit toujours doux, paisibles et taciturnes, ne récri-minant jamais, « faisant les morts».
L'administration les qualifie: bons détenus.
— 4° Vol, mendicité, vagabondage, outrages à magistrats, souventes fois aussi attentats à la pudeur, tels sont les motifs de leur condamnation.
Petits voyous, trimards, souteneurs timides, voilà les noms qu'on leur donne.
On les rencontre éparpillés un peu partout. Sous les verrous, ils vivent sans groupement, isolés, volant leurs codétenus et se volant entre eux.
Dans les situations diverses où ils se sont trouvés, quelques intervalles ont été marqués par un tel sentiment de bien-être, qu'en les remémorant, ils en sont affectés comme s'ils y étaient encore (J.-J. Rousseau).
Ils fournissent des tuyaux sur les fermes et hôtelleries de leur connaissance et s'initient à la façon de dévaliser un poivrot (ivrogne) étendu sur un banc.
La grande majorité ne possède aucune instruction.
Ceux qui ont l'esprit vif ne l'ont pas juste.
Toutes leurs actions ont le caractère de l'insouciance.
LES CRIMmELS 9
Comme malpropreté, à eux le pompon.
Sans cesse ils se plaignent ; ils ont toujours peur de trop travailler.
C'est parmi eux que se recrute a le bataillon des demoiselles )).
Les plus connues sont : « le Niston n, « Marcelle )), « la Lyonnaise >', a leMinon )), « la Cantinière », « l'Espagnole aux grands yeux », « la Négresse, à la peau noire, mais au cœur blanc ».
Au premier plan brillent deux étoiles que n'approche pas qui veut : « la belle G... » et « la parisiennes... ».
Généralement, c'est à la « salle de repos » qu'elles vont se faire taper dans les baguettes. « Là, c'est franc ; on peut marcher toute la nuit . »
A leurs allures, on distingue aisément ces dames des autres détenus.
Elles cherchent à se donner une voix douce et portent des sabots à pointes lisses et à talons Louis XV.
Volontiers, elles se décollètent et couchent a à poil », sous prétexte qu'il fait trop chaud.
Quelques-unes se maquillent et il n'est pas de ruses qu'elles n'emploient pour attirer à elles les pigeons de leur sexe.
Une d'entre elles que la nature a moins bien traitée plastiquement que ses rivales, naguère encore, arborait crânement le strapontin, pour se donner des airs de Vénus callipyge.
Toutes affichent cyniquement leur passion dégoûtante : (( Oh ! ce vieux chameau! il me donne un Jupon (caleçon) tout froissé. » Ainsi parlait au prévôt qui distribuait le linge de corps, l'une de ces impudentes créatures.
Elles excellent d'ailleurs dans l'art de faire « casquer » les bi bassons douillards (vieux riches) et se moquent d'eux avec un micheton de leur monde.
Pour avoir leurs aises, les individus de cette catégorie vendraient père et mère; ce sont des mouchards. Ames viles, cœurs lâches, ils sont capables de toutes les infamies, de toutes les déchéances.
— 5" C'est le rebut non seulement do la société, mais même de la prison.
10 CH. PERRIEU
Souteneurs avérés et voyous tragiques rentrent dans cette catégorie.
Leur nombre est grand.
Sous la livrée pénitentiaire perce chez la plupart une pointe de fantaisie.
De larges brides en cuir verni garnissent leurs sabots très souvent sculptés.
Pour montrer leurs chaussettes bigarrées de noir, de rouge et de blanc, ils retroussent le pantalon à la façon des gentlemen.
Leur béret, de travers sur la tête, a des allures de casquette par devant.
Ne pouvant s'offrir une large ceinture « couleur arc-en-ciel », ils se sanglent d'une bande de flanelle blanche qu'ils font descendre très bas, au-dessous des reins .
Ils prennent en marchant un grand air débraillé et gondolent le buste sur les hanches — cela s'appelle : faire la chaloupe.
Dès leur condamnation, leur marmite les plaqua; aussi, se racontent-ils leurs malheurs.
Quand, par hasard, l'un d'eux reçoit une tune (écu de 5 francs) de son ancienne persilleuse, il faut voir avec quel orgueil il répand cette heureuse nouvelle.
La soif delà célébrité les dévore: « Comment! on ne me reconnaît pas! Je suis André dit le Tonnerre. » — « Et moi, reprend un long et stupide sécot, on m'a nommé : Ceroellele-Grand. »
Et quelle morgue !
Habitués à frapper, ils veulent paraître terribles, quittes à adoucir leur voix quand ils trouvent à qui parler.
Il n'y a pas gens plus bornés ni plus têtus que ces prétendus fins d'esprit qui étalent avec un cynisme révoltant leur grossièreté, leur ignorance et leur présomption.
Chez eux, l'argot est très en honneur ; les tatouages abondent.
Pour tirer une goulée (fumer) ou griller un peu, comme ils disent, d'aucuns se priveraient du nécessaire et même donneraient un mauvais coup.
Chose curieuse, tel qui hausserait les épaules d'avoir été pris
en flagrant délit de crime, rougirait d'être soupçonné d'un acte de pédérastie passive.
Ils aiment à vanter le faux éclat de leurs exploits et se consolent de leur condamnation par la préparation de nouvelles affaires.
Le mal, ils le font aussi consciemment qu'ils auraient fait le bien si l'éducation et les exemples reçus avaient été autres.
Pour eux, surtout, la prison est l'éoole du vice.
— 6° En général, les peines infligées pour crime anarchiste (attentats ou actes préparatifs) ne sont pas subies sous le régime de la vie en commun.
A l'exception d'un seul, les individus considérés comme anarchistes ont été condamnés pour des faits étrangers à ce crime.
Anarchistes ! mais six sur huit ne le sont pas. Et s'ils ont parfois affiché des idées subversives, c'a été par pose ou dans le but d'exploiter la bonne foi des anarchistes convaincus.
Il est même à croire que les seules idées de réforme qui ont pu germer dans leur cerveau visaient les perfectionnements à apporter aux divers systèmes de perforation des cofïres-forts ; le vol qualifié étant, communément, leur principal moyen d'existence.
Contrairement à ces faux anarchistes, les deux autres — les vrais, ceux-là — sont portés à l'étude et ne manquent pas d'intelligence.
Ils ne 'cherchent pas à faire d'adeptes ; la prison les rend plutôt réservés.
L'un d'eux possède quelque instruction.
Les détenus au milieu desquels ils vivent les déclarent excellents camarades et d'une conduite toujours franche et correcte.
« Je suis étonné, nous écrit un rat d'hôtel, de l'importance que le gouvernement a donné aux attentats anarchistes, persuadé que la plupart des explosions qui ont eu lieu à Paris, en 1893 et 1894, n'ont pas eu pour auteurs des anarchistes, Emile Henri et Vaillant exceptés.
« Ces attentats ont été le fait de malfaiteurs se disant anar-
chistes et voulant se venger des rigueurs de la justice en l'efErayant.
« Je connais en effet un café — lieu de réunion des voleurs — qui a servi d'officine pour la préparation des engins explosifs.
« De là, partaient les lettres anonymes (composées au milieu de grands éclats de rire) à l'adresse des membres du parquet .
« Quelques-unes de ces lettres furent prises dans le sérieux ; et, au grand contentement de tous, la police garda pendant plusieurs semaines les maisons des citoyens menacés.
« Lors du procès Ravachol, le président du jury de la Seine en reçut trois en pleine audience.
« C'est bien à tort qu'on les mit sur le compte des anarchistes. ))
Les crimes et délits qui ont motivé la condamnation sont les suivants :
NOMBRK P. CKNT
Vol simple (complicité, tentative, recel) 361 42 02
Vol qualifié (complicité, tentative, recel) 138 16.06
Vol, vagabondage, mendicité 20 2.32
Vagabondage, outrages à magistrats 28 3.25
Violences, coups et blessures, rébellion 90 10.47
Coups et blessures ayant occasionné la mort 17 1 97
Menaces de mort 3
Suppression d'enfant 1
Tentative d'empoisonnement If q j^q|
Tentative d'homicide 1
Assassinat 1
Tentative d'assassinat 2
Meurtre 22 j
Tentative de meurtre 12 ( 36 4.19
Complicité de meurtre 2 )
Attentats et outrages à la pudeur 63 7.33
Viol. . 1 0.11
Détournement de mineurs, enlèvement 3 0.34
Escroquerie, abus de confiance, banqueroute, faux, etc. 75 8 73
Fausse monnaie (fabrication et émission) 12 1,39
Incendie 5 0.58
Fabrication d'engins explosifs 1 0.11
Tel est le classement que nous avons adopté.
Il nous a été suggéré par la notice épinglée au dossier de chaque condamné, précieux document qui émane de l'autorité judiciaire et qu'il nous a été permis de consulter à titre de médecin de l'établissement.
Après avoir réparti, dans chacune de ces catégories de crimes et délits, les observations qui nous ont paru les plus intéressantes, nous avons groupé nos pensionnaires en « criminels contre les personnes » et en « criminels contre les propriétés ».
Cela fait, nous les avons considérés dans leur ensemble et les avons examinés à 38 points de vue différents.